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Full text of "Specimen d'un essai critique sur les œuvres de François Villon. Le Petit Testament"

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SPECIMEN 

d’un 

ESSAI CRITIQUE SUR LES OEUVRES DE 
FRANÇOIS VILLON. 


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SPECIMEN 


d’un 

ESSAI CRITIQUE SUR LES OEUVRES 

DE 

FRANÇOIS VILLON 

PAR 

'U.-,, V- ■-'^■.,.4 

W. G. C. BIJVANCK 

DOCTEUR-ÈS-LETTRES. 


LS PETIT TESTAMENT. 



o 

y, LETDE. 

DE BREUK & SMITS. 
1882 . 


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Ce n'est rien que foi blesse particulière, qui 
nous faict contenter de ce que d’aultres, ou 
que nous mesmes avons trouvé en ceste chasse 
de cognoissance ; un plus habile ne s’en con¬ 
tentera pas : il y a tousiours place pour un 
suyvant, ouy et pour nous mesmes, et route 
par ailleurs. Montaigne. 


Imprimerie de De Breuk & Smits. 


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INTRODUCTION. 


» Villon,” disait, il y a quinze ans, M. Gaston Paris 
dans une critique de l’édition La Monnoie-Jannet, 
»est un de nos grands poètes, et ses ouvrages mé¬ 
ritent d’être traités avec toute la rigueur et tous les 
soins de la critique, à laquelle il offre un champ 
circonscrit, mais épineux.” >) Depuis ce temps deux 
nouvelles éditions du poète ont paru, celle du bibli¬ 
ophile Jacob, 1877, et de M. Moland, 1879; mais 
je crois bien ne pas trop me hasarder en disant que 
ces publications ne répondent pas aux conditions 
posées par le savant romaniste pour une véritable 
édition des oeuvres de Villon. 

Et cependant l’intérêt qui s’attache à l’oeuvre du 
poète va toujours croissant. Les savantes recherches 
de M. Vitu, mais surtout celles de M. Lognon ont 
jeté une lumière vive'sur quelques points de la vie 
de Villon, et en nous représentant le cadre de la 
société où il se mouvait, elles ont éveillé le désir 


*) Revue Critique. 1867. n°. 16. 


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de percer plus avant le mystère qui entoure son 
existence vagabonde. 

D’autre part, celui que Marot nommait le meil¬ 
leur poète parisien qui se trouve n’a pas 
laissé d’exercer son influence jusque sur notre temps. 
Que de fois n’entend-on pas l’écho de ses ballades 
dans les poésies de M. Théodore de Banville et de 
son école: et quant à la forme et quant à cette ma¬ 
nière mi-piteuse, mi-enjouée d’envisager les choses 
humaines, on ne dédaigne pas de l’imiter. J’en atteste 
le témoignage d’un autre vrai poète de nos jours 
M. Jean Richepin et sa Chanson des Gueux si 
poignante et si légère, si émue et si féroce, où je 
trouve ces vers adressés à Villon : 

Et tant pis pour qui te renie, 

Roi des poètes sans billon , 

Escroc, truand, marlou , génie. 

Ballade Villon. 

Plus encore. Grâce à l’influence incontestable que 
l’école française moderne a exercée sur la littérature 
contemporaine de l’Angleterre, le poète Villon a 
trouvé un autre chez soi dans un pays qu’il a dû 
maudire bien souvent et pour bien des raisons pen¬ 
dant sa vie. M. Rossetti, l’initiateur, M. Swinbume, 
le chef de la jeune école anglaise, ont traduit quelques- 
unes de ses ballades, et M. John Payne a publié 
une traduction fort méritoire de l’oeuvre entière de 
Villon. Et voilà le pauvre écolier François 
passé maître et modèle dans la grave Albion. Certes 
ce n’est pas un de ses moindres tours. 

Il serait puéril de soutenir au milieu de l’enthou¬ 
siasme soulevé par le nom de Villon que, jusqu’ici, 
on ait mal compris ses poésies. L’éclat de beaucoup 


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de passages illustres a couvert l’obscurité des autres, 
et l’on juge généralement les poètes comme le soleil 
par la lumière qu’il communique, non pas par les 
taches qui interceptent une partie de sa splendeur. 

Cependant on ne saurait nier que, étudiée et pour 
ainsi dire, serrée de près, la ligure du poète doit 
gagner en relief et en précision, et depuis longtemps 
en présence des textes discordants, des commentaires 
toujours vagues et souvent inexacts, ») je m’étais 
promis de diriger un jour mes études sur tous les 
points spéciaux qui concernent le texte des oeuvres 
de Villon et leur interprétation. 

En recueillant par-ci par-là des matériaux pour 
une histoire des langues et des littératures romanes 
au quinzième et au seizième siècle, je fus ramené 
de force à notre poète, mais avec quelques notions 
critiques de plus acquises par le maniement et la 
comparaison assidues d’un grand nombre de manus¬ 
crits et d’anciennes éditions. J’avais compris que ce 
que disait Clément Marot des oeuvres de Villon 
(entre tous les bons livres imprimez ne 
s’en veoit ung si incorrect ne si lourde¬ 
ment corrompu que celluy de Villon), il 
l’aurait tout aussi bien pu dire de quantité d’autres 
üvres, — j’avais compris que cette superfétation rapide 
de mauvaises leçons, de corrections maladroites et 
de gloses, qui obscurcit le sens de ges poésies, est 
un fait général qui se retrouve chez presque tous les 
auteurs populaires du temps, et que cette substitu¬ 
tion d’un texte incorrect à l’oeuvre de l’écrivain suit 
quelques règles fixes qui nous permettent d’affirmer 


*) J’excepte naturellement de ce jugement l’admirable travail de M. 
Lognon, mais il s’est plutôt occupé de l’homme que du poète. 


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sûrement en présence de deux leçons diverses laquelle 
des deux est l’expression originale de l’auteur. 

Ainsi ces questions fastidieuses et arides de vari¬ 
antes, de métrique et d’orthographe deviennent des 
problèmes généraux qui se rattachent au développe¬ 
ment de la langue et de la pensée, souvent aussi à 
l’avènement d’une nouvelle classe sociale dans la 
seconde moitié du XV e siècle. 

Partant de ce principe, j’ai tâché en remontant 
la route que le texte des oeuvres de Yillon avait 
parcourue , de retrouver autant que possible l’expres¬ 
sion originale de la pensée de l’écrivain. Ensuite 
j’ai essayé d’élucider ce texte en compulsant les di¬ 
verses productions de la littérature contemporaine et 
postérieure : mystères, farces, poèmes didactiques, 
sermons, traités de morale, chroniques, romans, 
chansons, ballades etc. Je n’ai pas négligé non plus 
les écrivains antérieurs, en me procurant, si cela 
était en mon pouvoir, les éditions qui avaient cours 
au temps de Villon. Le fruit de ce travail est un 
commentaire fort incomplet sans doute, mais assez 
exact, je l’espère, qui vise surtout à préciser le sens 
„ des mots et à expliquer la langue comique de Villon. 

Deux essais compléteront cette étude, l’un sur les 
ballades et rondeaux du quinzième siècle qu’on a 
l’habitude d’ajouter aux ouvrages de Villon comme 
son oeuvre ou celle de son école, et que, sur la route 
ouverte par Lenglet-Dufresnoy, M. A. Campaux a 
glanés dans le Jardin de Plaisance et publiés 
le premier dans son étude remarquable sur Villon 
(1859. François Villon. Sa vie et ses oeuvres) ; l’autre 
essai traitera des ballades en jargon de Villon et 
à ce propos des différentes langues secrètes chez les 
peuples romans au quinzième siècle, sujet dont la 


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difficulté a rebuté jusqu’ici les érudits. ') Ces deux 
essais apporteront, croyons-nous, quelques faits nou¬ 
veaux pour l’histoire de la langue et de la littérature 
au XV siècle. 

Nous publions aujourd’hui un spécimen de ce travail 
contenant le texte du Petit Testament de Villon 
avec commentaire, et de deux ballades authentiques qui 
n’ont pas été recueillies jusqu’ici dans les éditions de 
ses poésies, précédé d’une introduction sur les ma¬ 
nuscrits et les principes qui nous ont guidé pour 
la constitution du texte. Nous donnerons l’essai en 
entier aussitôt que nous aurons acquis la certitude 
par le jugement des critiques compétents de n’avoir 
pas fait fausse route, mais de pouvoir être utile en 
quelque sorte à l’étude de la langue et de la litté¬ 
rature françaises. Tout renseignement, tout conseil 
qui nous pourra guider, nous sera particulièrement 
agréable. 

Faut-il ajouter que nous n’avançons pas la préten¬ 
tion ridicule de combler la lacune signalée, par M. G. 
Paris dans les paroles citées au commencement de 
cette préface. Deux choses surtout nous en empêchent : 
d abord nous avons conçu et exécuté notre travail 
loin des grands centres littéraires sur des notes prises 
en différents temps pendant nos voyages, que nous ne 
pouvons contrôler à présent. L’exactitude complète 
fera donc forcément défaut. En second lieu, nous avons 
travaillé isolément et l’on ne tardera pas à s’aperce¬ 
voir de l’absence de quelques qualités qu’on n’apprend 
qu a l’école. En revanche nous aimons beaucoup notre 


) Voir P. Michel. Etudes de philologie comparée sur l’Argot. Intro* 
action p. ym. Scheler dans l’édition de Froissart, Kervyn de Letten- 
ho ™> XIX p. 246. etc. 


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sujet. Combien de fois en perdant un temps précieux 
à la chasse des conjectures et des passages douteux, 
nous nous sommes rappelé une anecdote de Confucius 
— et il sera bien permis à un Hollandais de citer le 
philosophe Chinois. Un de ses disciples lui demanda 
un jour des renseignements sur deux philosophes 
rivaux. »La doctrine de l’unlui répondit le sage 
»est basse comme la muraille de sa maison, en pas¬ 
sant on peut voir par dessus le mur, ce qu’il y a 
dedans ; mais chez l’autre, si l’on veut savoir ce que 
la cour de la maison cache, il faut entrer par la porte”. 

Villon aussi est un de ces hommes, chez lesquels 
on ne voit qu’en entrant par la porte ; c’est à dire 
par une étude minutieuse, souvent renouvelée. Après 
beaucoup d’autres, nous avons payé notre prix d’en¬ 
trée , et nous croyons avoir aperçu quelques détails, 
qui avaient échappé à l’oeil des autres. 


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I. 

Montrons d’abord par un exemple le genre de dif¬ 
ficultés que soulève le texte de Villon, et les diffé¬ 
rents problèmes qu’il faut résoudre. 

Je prendrai les premiers vers qui s’offrent aux 
yeux de quiconque ouvre les oeuvres du poète. C’est 
le fameux huitain du Grand Testament que Marot 
cite dans son prologue aux lecteurs et se pique d’avoir 
corrigé. Les /bons frères du temps se permettant sou¬ 
vent de bpuffonner en chaire, Villon, le bouffon, 
prend le. ton . du prêcheur et commence à moraliser 
de la façon suivante : 

j 

/ Or est vray qu’ apres plainctz et pleurs 

/ Et angoisseux gemissemens , 

/ Apres tristesses et douleurs 

y Labeurs et griefz cheminemens 

j Travaille mes lubres sentomens 

Aguisez rons comme pelote 
) Monstrent plus que les commens 

En sens moral que Aristote. 

C’est la leçon de la plus ancienne étition datée, 



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lî 

celle de 1489'). Voici ce que Marot substitue aux 
quatre derniers vers ; le sens de sa version est suffi¬ 
samment clair à condition toujours qu’on veuille bien 
interpréter lubres sentemens, par senti¬ 
ments instables et non par lugubres pensées 
comme les commentateurs ont proposé *) : 

Travail mes lubres sentements 
Aguisa (ronds comme pelote) 

Me monstrant plus que les comments 
Sur le sens moral d’Aristote. 

c-à-d. ma volonté vacillante fut aiguisée par la souf¬ 
france qui m’apprit plus que tous les commentaires 
sur les Ethiques d’Aristote. 

Villon réaliste par dessus tout et aimant à passer 
sans transition aucune du grave au vulgaire et igno¬ 
ble , ajoute pour bien préciser l’instabilité de ses 



*) Le texte que Marot cite offre quelques variantes insignifiantes. 

*) La fante en est à le Duchat (ed. 1742), ^ui y a vu une syncope 
de lugubre, tandis qu’en réalité 1 u b r e n’est W’un doublet de 1 u- 
brique, comme hérite de hérétique. Dans leVpassage de Yillon 
1 u b r e a gardé sa signification primitive de g 1 i s s aV t, comme 1 u- 
brique l’a encore chez Ambr. Paré (voir Littré), o-ptgrave donne 
seulement : lubrick, filthie. Tous les autres dictionnaires, que je 
connais, l’omettent, et en effet le mot est très rare ; nouà ne l’avons 
rencontré qu’une seule fois (Ane. Poés. franç. éd, Montaiglon et Rothschild, 
XIII. 390. lubre matrone. André de la Vigne). L’usage de l’adVerbe lu- 
brement est plus fréquent, on le trouve dans Froissart, où MSScheler 
ne l’explique pas d’une façon tout à fait correcte (éd. Kervyn T. XIX. p. 
280, de là cet article a passé dans l’édition du dictionn. de Lacurne de 
Ste Palaye), dans la moralité de Mundus, Demonia, Caro (copie ae la 
Valière ms. fr. de la Bibl. Nat. 25-469 fo. 41. 

Le diable: Il me fait faillir la parolle 
En respondant si Librement. 

c-à-d. sans donner aucune prise, glissant entre mes 
mains, ce qui rentre très bien dans le sens attaché par Villon à lubre. 


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sentiments, ronds comme pelote*); l’expres¬ 
sion : a iguiserles sentiments est une image 
çoçvüafcre, dont on retrouve les analogies dans le 
langage de la chaire, p. e. sicut faber limât 
argentum ut clarius sit sic deus suos 
affligit ut puriores sint. (Dictionarius pau- 
perum etc. ed. Jean Petit Paris. 1499 f°. 105), seu¬ 
lement le poète a sauté le tertium compara- 
t i o n i s. 

Oïl pourrait donc croire que Marot nous a rendu 
le vrai texte de Villon; mais voici une grande diffi¬ 
culté qui surgit: les manuscrits et se basant sur 
leu.ï autorité, les éditeurs modernes donnent une 
"version tout à fait différente des quatre vers du 
huitain. 

Nous lisons dans l’édition de Prompsault J ) : 

Travail, mes lubres sentemens 
Aguisez rondz comme pelote, 


*) Comp. Recueil de farces éd. Jacob, p. 60. On disait aussi : „p 1 u s 
vacillant que pomme ronde” (Ane. Poés. franç. XII. 310). 

2 ) Nous suivons l’édition de Prompsault. 1835, parce qu’elle donne pour 
ce passage le texte du ms. fr. de la Bibliothèque Nat. no. 20 041 avec une 
seule exception, et qu’elle ne diffère presque pas des édd. La Monnoije Jannet 
1867 et Moland 1879 au moins pour ce huitain. Quant à l’interprétation 
essayée par les éditeurs, elle ne diffère pas davantage. Le bibliophile Jacob 
a suivi dans son éd. 1877 le manuscrit de l’Arsenal des deux Testaments 
de Villon, qu’il a découvert. Si l’on veut bien se référer à ce que nous 
dirons plus loin des excentricités de ce manuscrit, on comprendra que 
nous n’avons pas à discuter sérieusement le texte qu’il offre. On lit du 
reste dans ce manuscrit (d’après le bibliophile Jacob) : 

Trouve mes lubres sentemens 
Esguisés comme une pelote 
Mou vair plus que tous les commens 
D’Averroys sur Aristote. 

texte Tefait par le.scribe, qui avait mal lu le mot travail et ne com¬ 
prenait pas le reste. 


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M’ouvrist plus que tous les commens, 

Et (1. D’) Averroys sur Aristote. 

L’interprétation de l’abbé Prompsault qui rapporte 
le verbe ouvrir à sentiments, et qui considère 
aiguisés ronds comme pelote, comme un jeu 
d’esprit digne de Villon, — cette interprétation nous 
semble absolument fausse. 

Est-ce que la version de Prompsault comporte donc 
un autre sens ? En aucune façon, le passage n’offrant 
aucun sens plausible. Il faut donc retourner à la cor¬ 
rection de Cl. Marot ? Je ne le crois pas. Une étude 
attentive de l’édition de Marot nous apprend que 
l’on y trouve deux espèces d’émendations du texte, 
celles qui découlent d’un ancien manuscrit et qui 
sont excellentes ; et celles qu’il a trouvées lui-même 
pour rétablir la mesure etc. et qui ne valent rien. 
Si nous ne nous trompons pas totalement, le con¬ 
texte du prologue de Marot indique suffisamment 
que la correction du huitain XII est de sa main; 
donc, il nous est impossible de lire avec Marot 
aguisa contre la concordance des anciennes impres¬ 
sions et des deux manuscrits qui donnent aguisez 
ou esguises, d’autant plus qu’en le lisant: esgui- 
sens (= esguisans) — ce qu’on peut faire sans la 
moindre difficulté en supposant qu’un copiste a 
négligé le trait au-dessus de l’é ») — on peut rétablir 
le texte d’une façon certaine. 


*) On peut rétablir de la même façon le sens d’un passage tout à fait 
inintelligible de la 91e des cent Nouvelles nouvelles. Dans les édd. cal¬ 
quées sur celle de Wright, publiée d’après le ms. de Glasgow, on lit: 
Telles menasses m’espantent pou, je ne vous crain. Touchez 
cela: si j’en démarché etc. Les édd. de Verard 1486, et de Lenoir 
1500 donnent : je ne vous crain de ce faire. Ces trois mots 
ajoutés sont une glose ; il faut lire simplement : je ne vous crain 


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En effet le verbe ouvrir qui alors ne se rapporte 
plus à sentiments, a un sens très spécial, qu’en 
général on n’a pas remarqué et dont entre autres 
le livre de Matheolus >) nous fournit un 
exemple : 

I. 352 ss. Cil qui fist ce decret, songa, 

Point n’a d’escu pour soy couvrir 
Ne le droit ne savoit ouvrir 

c-à-d. expliquer, interpréter.») Montrer que 
donnent les éditions anciennes rend donc assez bien 
la signification d’ouvrir dans ce passage et paraît 
être une ancienne glose qui se trouvait déjà dans le 
manuscrit que le premier imprimeur avait sous les 
yeux. 

Est-il possible de retrouver aussi pour le dernier 
vers du huitain la rédaction originale du poète. Du¬ 
quel choisir de : 


plus que les commens 
En sens moral de Aristote. 


touchens (touchant) cela. Si j’en d. etc. S’il faut apporter 
une preuve de ce que nous avançons, nous rappelons le sens spécial 
que cela, faire cela a au XVe siècle, et ce passage de la 92e nou¬ 
velle: qui estoit sa seur d’armes touchant le mestier et usance 
de la houlette. 

*) Je cite l’édition de Bruxelles 1846 , revue sur quatre manuscrits de la 
Bibliothèque Nationale et les édd. gothiques : édition qui cependant est 
loin de satisfaire aux exigences de la critique moderne. 

*) Comp. aussi le glossaire de troissard de M. Scheler XIX. 326. 
ouvrir=expliquer, l’historique de Littré et Martin Le Franc, L’estrit de 
Fortune et de Yertu : 

Quant fortune comme plaine de rage , 

Ainsi ouvrit les causes de son dueil. 

J’ai corrigé l’édition de Lenoir terriblement défigurée, à l’aide d’un ms. du 
British Muséum Harl. 4474. Les vers cités se trouvent au fo. 4. v®. 


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(que Marot a corrigé 

Sur le sens moral d’Aristotè) 

ou du vers donné par les deux manuscrits : 

plus que tous les commens 
D’Averroys sur Aristote. 

Remarquons d’abord que la correction de Marot 
est inadmissible ; on peut rajuster le vers d’une façon 
bien plus simple en lisant : 

En sens moral de l’Aristote 

car on disait tout aussi bien l’Aristote que Aris¬ 
tote *); et — le Grand Testament étant de 1461 — 
je ne doute nullement que ce ne soit là le vers ori¬ 
ginal , parce que ce n’est qu’en 1473 que Louis XI 
défendit par un édit royal l’enseignement selon les 
doctrines des philosophes nominalistes (Buridan 
entre autres) et enjoignit expressément l’étude d’Aris¬ 
tote suivant les commentaires d’Averroys et des autres 
docteurs réalistes. *) Peut-être cette argumentation 

*) Dans le Curial ou l’Espérance d’Alain Chartier, où les im¬ 
primés font parler l’auteur de la doctrine de Aristote (éd.Galliot 
du Pré f°. 3.), un excellent manuscrit de la Bibliothèque Royale de la 
Haye (n°. 707. f°. 2) lit : la doctrine de l’A r i s t o t e. 

2 ) Ordonnances des rois de France, XYII. p. 610. Du Boulay. Y. 708. 
comparez aussi l’Addition à l’histoire de Louis XI par Gabriel Naudé, 
réimprimée au 4e vol. du Commines de Lenglet Dufresnoy. p. 309 et 
Rénan, Averroës et l’Averroïsme. II. éd. p. 316. La défense de Louis XI 
fut levée plus tard. Le sentiment de Yillon trouve un commentaire curieux 
dans le passage suivant des Quaestiones Buridani morales 
super X libros Aristotelis ad Nicomachum. 1489. f°. 
XIX. v° : bene dicit Aristoteles quod in Olimpiadibus non optimi coro- 
nantur et fortissimi sed agonizantes , unde concludendo videtur verum esse 
quod in predicto libro Seneca dicit auctoritate Democriti : nihil mihi vide¬ 
tur infelicius eo cui nihil unquam evenit adversi, non licuit enim ilium 
se ipsum experiri ergo etc. Hec autem opinio Senece videtur satis catholice 
fidei sonare quoniam in hoc dei confessores et martyres et q. s. 


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pourtaixX ne paraîtra pas encore assez rigoureuse ni 
assez concluante; mais d’autres passages de Villon 
nous apprenant d’une façon évidente que des noms 
propres ajoutés en marge ou dans les interlignes par 
un copiste se sont glissés dans le texte et ont pris 
la place des mots écrits par le poète, il n’est que 
raisonnable d’écarter aussi dans ce passage la leçon 
des manuscrits et de lire les quatre vers de la ma¬ 
nière suivante: 

Travail, mes lubres sentemens 
Aguisens, rondz comme pelote, 
monstre 

M’o u v r i t plus que tous les commens 
Averroys 

En sens moral de l’Aristote. 

c ~~à-d. : La' douleur, aiguisant mes sentiments insta¬ 
bles , m’éclaira plus que les commentaires sur la 
morale d’Aristote. 

Pour élever cette émendation probable à la certi¬ 
tude, il nous faudrait prouver encore deux choses; 
d’abord, que le manuscrit original avait la terminai¬ 
son -en s pour le nominatif singulier du participe pré¬ 
sent ; et en second lieu que tout un système de glo¬ 
ses a envahi le texte du poète. 

Est-ce qu’il est possible de reconstruire dans ses 
traits principaux le manuscrit des poésies de Villon, 
d’où notre texte dérive, et de suivre les différentes 
défigurations que ce texte a subies par les mains des 
copistes? Nous essaierons d’apporter dans les cha¬ 
pitres suivants quelques éléments pour résoudre ces 
questions. 


2 


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18 


» 


II. 

Quatre manuscrits, deux séries d’imprimés s’offrent 
à nous comme les sources d’où il faut tirer la recon¬ 
stitution du texte du Petit Testament. Nous parlerons 
bi’ièvement de chacune séparément, pour considérer 
ensuite les rapports qui les unissent. 

Le manuscrit que l’on met habituellement en tête 
des sources du Petit Testament, et que l’abbé Promp- 
sault a nommé ms. T., est un grand in 4° sur papier 
inscrit au n". 1661 des manuscrits français de la Bi¬ 
bliothèque Nationale. C’est un recueil de poésies 
diverses du XVe siècle formé de pièces de toute pro¬ 
venance , (le Petit Testament en est le n°. 18 et der¬ 
nier) comme on en trouve dans toutes les biblio¬ 
thèques. Quelques-unes sont bien connues : les nos. 14 
et 17. Le bréviaire des nobles et l’Ospital 
d’amours d’Alain Chartier, le n°. 16 l’Amant 
rendu cordelier en l’observance d’amours 
de Martial d’Auvergne, les n os . 1, 9 et 10, Le 
débat de la damoiselle et la bourgeoise, Le 
nouveau marié et Le débat du viel et du 
jeune, ce dernier par Blosseville'), le n°. 11 Les 
épitaphes du r o y Charles par Simon Gre- 
ban*), les n os 5 et 13, Le songe de la pucelle 
et Le serviteur sans guerdon; d’autres 
sont moins connues comme les n os 3 et 6, Le ser¬ 
mon de la choppinerie et La bule du 
pardon d’amours; mais toutes rentrent bien 


1 ) Le débat de la damoiselle et de la bourgoise » 
été publié par M. de Montaiglon au Ve tome des Anciennes Poés. FranÇ*» 
les deux autres débats ont été publiés par lui d’après le ms. 1661 a® 
tome IXe de la même collection p. 148—163 et 216—237. 

*) cfr. Sorel. Notice sur A. et Simon Greban. Corapiègne. 1876. p. 16* 


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19 


dans le genre poétique qui a eu cours pendant le 
règne de Charles VII et le commencement du règne 
de Louis XI. Il est possible de déterminer pour cinq 
ou six de ces poésies la date exacte de leur appari¬ 
tion , mais il ne s’agit ici que de mettre la date à 
la dernière pour pouvoir préciser le temps où le 
manuscrit a dû être écrit. Or le n°. 2 Le martir 
d’a m o u r s ') finit de cette manière : 

Ce fat en l’an mil cccc 

Soixante et quatre que en telz plains 

Me trouve pensif et douions 

En ung lieu de gens moult loingtains. 2 ) 

Voilà la date extrême (1464) que nous trouvons 
et en supposant même que le scribe a ouvert son 
recueil par les poésies les plus récentes dont il avait 
pu trouver une copie (le n°. 1 le Débat de la Damoi- 
selle et de la Bourgoise rappelant la manière de Henri 
Baude ou de Coquillart doit être à peu près de cette 
même date 1460—1470), nous ne pouvons faire re¬ 
monter le manuscrit au-delà du dernier tiers du XVe 
siècle. En’ vérité nous inclinerions à le placer vers 
1480 et à ne le pas-croire de beaucoup antérieur aux 
premières éditions imprimées de Villon, en remar¬ 
quant que vers la fin du XVe siècle le goût se por¬ 
tait justement vers ces recueils manuscrits compilés 


*) L'auteur de cette pièce se nomme dans le vers suivant : 

Fanlx riz actrait en cueur joieux 
il faut.prendre comme il dit d'un chascun mot la lectre 
première mais du quart mot la deusime lectre pour 
la première. 

5 ) Cette date de 1464 fait absolument tomber la supposition de Promp- 
saalt p. 51 et de Campaux p. 367 que le manuscrit remonte jusqu'au 
temps de Villon, même jusqu'à une date où le Grand Testament n'était 
pas encore connu, par conséquent avant 1461. 


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20 


de divers auteurs favoris, faisant concurrence aux 
premières plaquettes et feuilles volantes imprimées, 
jusqu’à ce que la grande compilation publiée par 
Vérard environ 1500 sous le titre de Le Jardin 
de plaisance et fleur de Rethoricque 
les écarta lentement du- marché des livres. 

Quoi qu’il en soit de la date exacte du manuscrit 
(et nous le répétons, elle ne peut pas remonter 
beaucoup plus haut que l’année 1470), la copie du 
texte du Petit Testament nous semble être l’œuvre 
d’un scribe fort médiocre, mais qui était heureuse¬ 
ment assez consciencieux pour transcrire bêtement 
ce qu’il ne comprenait pas, et pour ne pas mêler 
des corrections trop hardies au texte. De cette façon 
on peut retrouver chez lui, avec un peu de peine, 
il est vrai, les traces du manuscrit original dans les 
cas où elles sont tout à fait effacées chez les autres 
copistes et éditeurs. 

Voici deux exemples : 

Au huitain XXVII (je citerai toujours l’édition 
Jannet-La Monnoye) Villon dit qu’il laisse la 
nomination qu’il a de l’Université 

Pour forclorre d’adversité 
Paouvres clercs de ceste cité, etc. 

Un manuscrit donne : s e c 1 u r r e d’a dversité, 
un autre : exclurre les anciennes éditions for¬ 
clorre; le ms. franç. 1661 lit : pour esclan¬ 
dre d’aversité, qui ne peut être autre chose 
qu’une faute d’un homme ayant lu, ou entendu lire 
esclanre 1 ) pour esclaure; et esclore avec 

*) Dans la première moitié du siècle on omettait encore souvent 1® ^ 
entre le n et le r qu’on n'a commencé & ajouter régulièrement que dans 
la dernière moitié du siècle. 


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sot* ot 'thographe capricieuse de e s c 1 a u r e est bien 
ici ^ 6 Seu l mot comique et pittoresque qui convienne '). 
surplus la faute n’ayant pu être produite que 
manière inusitée d’écrire esclore, elle nous 
une indication précieuse sur l’orthographe du 
vos. original d’où notre ms. 4661 dérive. 

Dans le huitain XX, qui a subi beaucoup de re¬ 
maniements, notre ms. que nous appellerons doré¬ 
navant A, a conservé les deux vers suivants : 

Le trou de la Pomme de pin, 

Le dos aux rains, au f eu la plante, 

comme legs à maistre Jaques Raguier, où les autres 
znanus cr it s e t éditions lisent: 

Le trou etc. 

Cloz et couvert, au feu la plante. 

Apparemment Villon a voulu donner à son ami uné 
position comfortable dans ce recoin d’auberge qu’il 
lui lègue, une position comparable à. celle que Rabe¬ 
lais décrit: le dos au feu, le ventre à ta¬ 
ble, et si le ms. A n’offrait pas une variante, on 
pourrait se contenter du vers que les autres éditions 
offrent. Maintenant au contraire, eu régard à la 
leçon d’A ,ce cloz et couverta tout à fait le 
caractère d’un pis aller pour combler une lacune, ou 
d’une glose qui a pris la place du texte. 

Mais que signifie:1e dos aux rains? Promp- 
sault l’a expliqué par : se tenir accroupi, les 
pied s dans le foyer; qu’on se réprésente un 
peu Za belle position ! L’explication doit être fausse, 
parce que, étant accroupi, on ne peut pas exposer 
la pl^m nte de ses pieds au feu. 

') Cot __grave, esclore — to hatch, to disclose. 


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22 


Aussi le bibliophile Jacob dans son édition de 1854 
(le 1 er volume de la Bibliothèque Elzevirienne de 
Jannet) a-t-il essayé une autre interprétation : pour 
lui r a i n s, qui ne peut être la même chose que le 
mot moderne reins »), signifie rameaux, fagots; 
et il fait reposer le dos de maistre Jacques contre 
les fagots empilés des deux côtés de la cheminée. Je 
me demande comment de cette façon on peut avoir 
au feu la plante; en outre le mot rain (ramus) 
pour rameau (et il y a encore quelque distance 
de rameau à fagot) n’est plus usité au XVe 
siècle ; on le voit disparaître des versions modernisées 
du Roman de la Rose 1 ), tout au plus pourrait-on 
alléguer quelque exemple très rare du commencement 
du siècle»). 

*) Au contraire: reins est presque toujours écrit rains au XVe 
siècle; on le trouve dans Villon, dans* les Regrets de la belle 
Heaulm ière 

Et m’eust il faict les rains trayner 

où les commentateurs ont gâté toute la force du passage, en éludant le 
sens pourtant si clair, pour traduire: traîner les fagots (cfr. la 
68e des cent Nouv. Nouvelles : que nous ne puissions les 
rains traisner, et la 72e: estoit tant las qu’il ne povoit 
les rains trayner. L'éd. Yérard donne: les rains tourner; 
l’éd. Lenoir: ses reins tourner). 

*) J’ai comparé une grande partie du texte de Méon et de Fr. Michel 
avec deux manuscrits du commencement et du milieu du XVe siècle, n 9 *. 
699 et 700 de la Biblioth. Roy. de la Haye, avec la version en prose de 
Molinet dont cette bibliothèque possède un ms. excellent le n°. 698 et 
avec le texte poétique revu par Marot, Paris 1629, Galiot du Pré. 

*) Je n’en crois pas avoir rencontré plus de deux : Alain Chartier, Livre 
des quatre dames, ed. Galiot du Pré. 1629. f°. 234 r°. 

Comme deux raims en une tige. 

Jubinal. Mystères inédits du XVme siècle. Paris 1838 I. 277. 

Que je leur eschaufe lez rains ; 

Lors me prendront branches et rains 
De boni, d’osières et d’orties. 


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23 


La correction du passage est évidente ; il faut, je 
crois, lire :1e dos aux rais, c-à-d. le dos tourné 
contre la lumière du soleil, soit pour se faire chauf¬ 
fer agréablement l’épiderme un jour d’hiver, (c’est 
sur le Noël, morte saison, que le Petit 
Testament a été écrit), soit, ce que je regarde comme 
plus probable, pour pouvoir se vouer exclusivement 
au culte de la dive Bouteille. 

La faute du scribe est due peut-être à ce que le 
mot rai pour rayon n’était plus dans l’usage courant 
de la langue ordinaire à la fin du XV e siècle ■). Heu¬ 
reusement , manquant d’une imagination audacieuse, 
le copiste ne s’est pas laissé aller à une paraphrase 
hardie comme les autres, mais s’est contenté de cor¬ 
riger es claure et rais, qu’il ne comprenait pas, 
en esclandre et rains, qu’il comprenait encore, 
mais avec lesquels le contexte devient incompréhen¬ 
sible i). 

A son inintelligence le scribe du ms. A, — ou la 
copie qu’il transcrit, — ajoute une négligence remar¬ 
quable , qui, dans un très court espace, lui fait com¬ 
mettre à lui tout seul à peu près toutes les fautes 
qu’on trouve ordinairement dispersées chez les autres 
scribes. Il a surtout une vraie manie de bouleverser 


Palsgrave, dont la grammaire réprésente l’état dn langage vers 1500 
l’a encore: p. 272. ed. Génin.. sonne beame— ray de soleil; 
Cotgrave aussi le donne; dans la Xlle des Cent Nouv. Nouv. l’éd. Lenoir 
1500 a changé raiz en rayes et surtout au commencement du livre, 
on remarque fort bien la tendance de l’éditeur à rajeunir le langage un 
peu vieilli des Nouvelles. Au sens figuré, on rencontre encore rai chez 
Cl. Marot etc., et Léon Cladel en fait encore usage au sens propre dans 
fion roman: le Bouscassié; c’est peut-être un mot de patois. Dans 
le Grand Testament le mot rais a donné aussi lieu à une grande con¬ 
fusion dans un passage que nous traiterons plus tard. 


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24 


le sens des huitains en écrivant deux fois le même mot 
et d’omettre l’expression que le mot répété remplace. 

Etant données ces circonstances, on ne saurait 
s’étonner de l’abracadabra désespérant que les éditions 
modernes apportaient dans les huitains où A était 
la seule autorité, avant que la découverte du ms. de 
l’Arsenal et sa publication par le bibliophile Jacob 
eût mis d’autres matériaux à la disposition des cu¬ 
rieux. Et pourtant A se distingue par quelques particu¬ 
larités qui lui assurent une place en tête des sources 
que nous possédons pour le Petit Testament de Villon. 

Le 4 e huitain (que seuls A, le ms. de l’Arsenal 
et celui de Stockholm contiennent) commence en A 
de la façon suivante : 

Et se je puis ‘) à ma faveur, 

Ces doulx regrets et beaulx semblans 
De très decepvante saveur 
Me trespercent jusques aux flancs 
Bien ilz ont vers moi les piez blancs, etc. 

Il est impossible d’attacher aucun sens à ces vers. 

Au contraire la leçon du ms. de l’Arsenal est 
parfaitement claire, à condition qu’on veuille inter¬ 
préter, comme il convient de le faire : avoir les piez 
blancs par: avoir l’apparence trompeuse, 
laisser dans l’embarras. ») 


*) Prompsault et la Monnoye-Jannet lisent pense. Une fois pour tontes, 
je fais observer que la collation des mss. et éditions est extrêmement dé¬ 
fectueuse chez Prompsault. 

*) VoirCotgr. v°: blanc — c’est le cheval aux quatre pieds 
blancs — sucb a one as fails bis friend at a pinch. Les commentateurs 
se sont laissé prendre à la façon du poète de mêler le familier au grave. 
Prompsault l’explique par : Ils sont toujours bien reçus chez 
moi, le bibliophile Jacob par revenir de loin (comme équivalent de 
l’expression du Roman de la Rose vs. 13 097: Moult avons pou- 
dreus les talons?) 


\ 


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25 


Et se j’ay prins à raa faveur 
Ses doulx regars et beaulx semblans 
De très decepvante saveur, 

Me tresparsans jusques aux flans 
Bien s’ils (1. si) ont vers moy les piés blancs. 

Cependant à l’exception de regretz, sans ancun 
doute une fausse leçon pour r e g a r s, le texte d’A 
doit se rapprocher bien plus du manuscrit original 
que le ms. de l’Arsenal. 

Et d’abord nous remarquerons l’habitude d’A de 
rendre la terminaison ai par e (Petit. T. XVIII. 6. 
pourré = pourrai; XXII. 7. jeauré = je aurai; 
XXXVI. 1.3. oublié, lié = oubliai, liai; XXXIX. 
3. cuidé = cuidai); et cette orthographe, fort usitée 
d’ailleurs au milieu du XVe siècle '), était certaine¬ 
ment celle de l’original d’où nos manuscrits et nos 
éditions dérivent. On en retrouve les traces chez le 
copiste du ms. de l’Arsenal dans les passages où il 
a oublié de moderniser l’orthographe, p. e. Grand 
Test. XX. 3. mueré — muerai; chez le scribe du 
ms. Coislin. G. T. XXV. 1. je ayme=j’ai aimé, 
et qui plus est beaucoup de discordances entre les 
manuscrits et les éditions ne s’expliquent que par la 
supposition que dans le ms. original e fût = ai p. e. 

Grand Test. X. 6. 7. J’a y ce Testament très estable 
F a i c t de dernière voulenté 

le ms. de l’Arsenal lit : 

Je ce Testament . . . 

Faiz etc. 


l ) 11 en est résulté un gr ind nombre d’erreurs ; nous n’en signalerons 
qu’une. Dans l’édition de Vérard, du Jardin de Plaisance f°. CXYI. 
r®.b. on lit: 

ÂS 80 uvy suis, mais sans cesser desire, 

Je me sousbetz et ne me peut suffire, 
lisez : J’é mes sonshetz. 


« 


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26 


l’original doit avoir eu je —j’ai 
Bien plus concluante encore est la preuve qu’on 
peut tirer du huitain CXXXI. du G. T. vs. 1. 
L’édition J a n n e t lit avec la première édition datée : 
Si aille veoir en Taillevent, 

le ms. Coislin : 

Si alez voir etc. 

le ms. de l’Ars: 

Sy m’en allé en Taillevent. 

Le contexte ne laissant aucun doute qu’il faut lire: 
Si allai veoir en T. 

il est clair que l’étrange faute de la première édition 
ne doit son origine qu’à l’orthographe aile (allé = 
allai) de l’original. ») 

Ainsi donc — pr s’écrivant par un simple trait 
sous le p et puis n’étant qu’un lapsus pour p rins — 
on peut reconstituer d’après le ms. A. la forme ori¬ 
ginale du 1 er vs. huitain IV. P. T. 

Et se je (j’é) prins à ma faveur. . 

La même chose peut se dire du deuxième vers : 

Ces doulx regrets et beaulx semblans, 

qu’il faudrait évidemment lire avec le ms. de l’Arsenal : 

Ses doulx regars et beaulx semblans, 
s’il n’était pas sûr que notre tradition du texte de 
Villon dérive d’un original où l’on suivait presque 
régulièrement la capricieuse habitude d’écrire le pro¬ 
nom possessif ses et le pronom réfléchi se par ces, 
et ce, tandis que d’autre part le pronom démonstratif 
ce et ces devint se et ses. ») 

') La terminaison aille s’écrivait par aile an milieu dnXVesiècle. 
A. donne P. T, XXXIV. 3. escal(l)e où le reste lit: escaille.Bn 
traitant du jargon de Villon nous reparlerons de cette orthographe. 

2 ) On trouve autre part une grande quantité d’exemples de cetle ma* 


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27 


Le Petit Testament n’en offre malheureusement 
que fort peu d’exemples évidents, je n’en ai trouvé 
que deux. 

A lit XXI. 8. ses gellées = ces g., XXXY. 3. 
seslaiz — ces 1. ; cependant le ms. d’où il dérive, 
doit avoir eu XVI.- Ç. ses Pasques pour ces P. où 
A. donne les Pasques, A confondant toujours l et 
s; d’ailleurs le ms. Coislin a ses Pas qù es. 

Au contraire, les autres parties de l’oeuvre de 
Villon en offrent des exemples en abondance, si con¬ 
cluants même, qu’il me sera permis de ne traiter 
ici qu’un seul passage qui donne lieu à une correc¬ 
tion fort probable. 

L’éd. Jannet p. 55 dans la Ballade que Villon fit 
à la requeste de sa mère, pour prier 
Nostre Dame, lit: 


Theophilus, 

Lequel par vous fqt quitte et absoluz, 
Combien qu’il enst au diable fait promesse, 
Préservez-moy, que je ne face cesse ; 


niere d’ écrire, qui semble avoir été une particularité des scribes parisiens. Du 
moins je l*ai rencontrée surtout chez eux ; La Résolution d’A m o u r s : 
Venu s en ces menus esbas, pour ses menus e.; en ces 
roitz pour.se s roitz. Les éditeurs de cette pièce MM. de Montaiglon 
et Rothschild, Ane. Poés. Franç. XII. 309. ont changé ces en ses. Le 
scribe parisien du ms. bien connu de Froissart, cod. Voss. 9. de la Biblioth. 
de Leyde (première moitié du XVe siècle) écrit quelquefois se pour ce 
f°. CCLXIX. quant il se vit en s e party. 

Dans le Journal d’un Bourgeois de Paris, on trouve aussi 
partout des traces de cette orthographe surtout aux passages où les co¬ 
pistes postérieurs (et nous ne possédons que ces copies) ne comprenaient 
plus le texte de l’original, p. e. tuer cesgens, p. ses gens, c-à-d. 
les gens du comte d’Armignac, ed. Tuetey. p. 10 et passim. Dans cette 
excellente édition le savant éditeur n’a peut-être pas toujours assez tenu 
compte des singularités de l’orthographe. 


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28 


Le dernier vers n’a aucun sens plausible. 
Le ras. Coislin donne : 

Que ne face jamais cesse. 

L’édition de 1489 : 


Que je ne face ce. 

Marot corrige : 

Que point je ne face ce. *) 

Il est impossible de réconcilier ces différentes leçons 
qu’en supposant que le ms. original portait face se, 
qu’on a lu face cesse, et en suivant la règle que 
j’ai posée plus haut pour les corrections du texte 
faites par Marot, on admettra la probabilité que le 
ms. original portait : 

Préservez moy, que jamais ne face se. (pour ce) 

Donc il est certain que le texte, d’où notre tradi¬ 
tion dérive et qui a été corrigée de fort bonne heure 
par les scribes, a préconisé les formes ses et se 
pour ces et ce, et ces et ce pour ses et se. 
Le quatrième vers du huitain cité se lit dans le ms. A : 

Me trespercent jusques aux flancs; 

le ms. de l’Arsenal lit tresparsans,et évidem¬ 
ment trespercent ne peut être qu’une ortho¬ 
graphe singulière du participe»). On pourra prouver 


l ) Le ms. de l’Arsenal, comme toujours, tourne la difficulté en écrivant : 
que n’accomplisse ce. 

*) Cette orthographe apparaît occasionnellement non régulièrement dans 
des manuscrits datés du commencement du XVe siècle, p. e. de Christine 
de Pi8an, rarement dans le cod. Voss. 9 de Froissart, dans le Journal 
d’un bourgeois de Paris, (p. 13 ed. Tuetey) etc. La plupart du temps, 
les copistes ont régularisé l’orthographe, et comme pour Villon, on ne 


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29 


de deux manières que cette dernière leçon est bien 
celle du ms. original, soit en recueillant dans les 
manuscrits les vers où cette façon d’écrire a été con¬ 
servée'), comme dans le ms. Coislin où le 7 e vers 
du huitain XXIII du G. Testament se lit: 

Oublient naturel devoir 

tandis que le reste a oublians; soit en notant les 
fautes qui se sont glissées dans le texte par le fait 
de copistes employant à tort et à travers leur trans¬ 
cription habituelle -ans et -ant pour -ent, p. e. 

G. Test. huit. XXXIX. 5—8. Dames- 

De quelconque condicion, 

P o r t a i\t attours et bourreletz, *) 
Mort saisit sans exception. 

Il est clair que le 3 e vers cité doit être une expli¬ 
cation de quelconque condicion, et le ms. 
de l’Arsenal donnant ou bourrelet, on 
rendra à la phrase tout son relief en corrigeant: 

Portent atours ou bourreletz 

c’est-à-dire : qu’elles soyent nobles (demoi¬ 
selles) ou bourgeoises. En effet comme le 


peut reconnaître leur immixtion que là où il y a erreur, entre cent nous 
donnerons un exemple: Ane. Poés. Franç. IY p. 166. emplovent (3e 
ps. pluriel) du texte original a été corrigé par erreur employant etc. 

*) Ce n’est que dans un seul passage de Villon, que toutes les éditions 
ont conservé la forme en-e n t ; le 4* vers du huitain CLXVIII du Grand 
Testament, où selon la transcription ordinaire il faudrait lire : 

Et contentans bien leurs debteurs. 

La raison en est que la construction de la phrase n’est pas trop claire 
au premier coup d’oeil, et que l’on a cru qu’il s’agissait de la 3e pers. 
du pluriel. 

*) La première impression de Levet 1489 : 

Portons atours et bourrelet?. 


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30 


remarque Formey dans une note de l’édition de 1742, 
p. 46. bourre 1 etz est dit ici pour chaperon, 
et pour quiconque a quelques notions de la littéra¬ 
ture du XV e siècle, les débats entre les atours 
et le chaperon, entre la Damoiselle et la 
Bourgoise sont si connus, qu’un long commen¬ 
taire de ce vers devient superflu '). 

Et voilà une preuve manifestq, comment les par¬ 
ticipes en-an t sont dus au travail des copistes. 

Mais il existe encore une preuve directe de ce que 
nous avançons dans le texte de la Ballade Vil¬ 
lon qui nous est parvenue par une tradition tout 
à fait indépendante, dans le manuscrit des œuvres 
de Charles d’Orléans; là tous les participes finissent 
par-ent: perdent, prétendent, bourdent, 
entendent (voir l’édition de Prompsault p. 330 
334, et ms. franç. de la Biblioth. Nat. n°. 4104 P. 
28 v°). 


*) Voir le Débat de la Damoiselle et la bourgoise, 
pièce qui ouvre le Ve volume des Ane. Poés. Franç. de Montaiglon ; nous 
avons pu reconstituer entièrement le texte de ce tableau de moeurs extrê¬ 
mement intéressant, grâce à l’aide de deux mss., n°. 1661 franç. de la 
Biblioth. Nat. et le ms. T. 328 de la Biblioth. Boy. de la Haye. Lés vers 
sur les atours etc. se trouvent ed. Moutaiglon V. 9. Cfr. aussi le même 
recueil XII. 10. et la note ; Quicherat. Histoire du Costume, 
pp. 242, 244 etc. Un fort intéressant passage sur la mode des chaperons 
et bourrelets au milieu du XVe siècle se trouve dans un poème inédit 
d’Alain Chartier, Le mirouer des dames (cfr. P. Paris. Manuscrits franç. 
de la Bibliothèque Royale VII 251.) 

Car supposé que aucunes portent 
Chapperons en Heu de drappeaulx 
Toutesfois pas ne se depportent 
De fourrer dessoubz les bourreaux 
Pour leurs chapperons monstrer haulx. 
ms. fr. 924 de la Biblioth. Nat. f°. 207. Comp. Journal d’un bourgeois 
de Paris, ed. Tuetey p. 235 n°. 600, Coquillart ed. d’Héricault I. p. 84; 
Moytié chapperons et atours.. 


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31 


Remarquons, en passant qu’il se trouve des traces 
certaines, que le ms. original donnait la terminaison 
s au nominatif singulier du participe présent: 

P. Test. XXVII. 8. les voyans nudz. 

Ceci posé, la forme esguisens, que nous avons 
rétablie plus haut au huit. XII du G. Test, n’a plus 
rien qui doive nous étonner; évidemment, c’était 
bien là l’orthographe régulière du ms. original. 

Deux formes de mots qu’on rencontre dans le ms. 
A. appellent encore notre attention spéciale et des 
recherches détaillées. 

D’abord l’orthographe du pronom lui, (luy). 

A lit: 


P. T. III vs. 4. Sans ce quil y en eust mieulx; 

l’expression habituelle étant être de mieux et 
la confusion entre eust et tust se rencontrant 
souvent '), je crois qu’à l’aide des autres manuscrits, 
on peut rétablir le .vers de la façon suivante : 

Sans ce que ly en fust de mieulx 

La faute est due en partie à la forme ly ou li 
que le scribe ne connaissait plus. 

Cette orthographe a donné beaucoup de fil à re¬ 
tordre aux copistes, il semble qu’ils ont été incapa¬ 
bles de distinguer l’article li (le, les), le pronom 
li (lui) et la combinaison l’i (l’y). Du moins quand 
ils veulent moderniser ces formes, ils confondent 
presque régulièrement l’article et le pronom, sans 
parler de toutes sortes d’autres combinaisons qui 
surgissent dans leur têtes. 


*) p. e. Ane. Poés. Franç. XII. 312. eurent pour furent. 


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Nous donnerons en note ') quelques exemples de 
cette aberration de l’esprit humain, ici nous avons 
à prouver seulement que dans tout une classe de 
manuscrits du milieu du XVe siècle la forme li (ly) 
pour lui, a été régulièrement modernisée parles 
scribes du dernier tiers du siècle. 

Consultons l’édition Tuetey du Journal d’un Bour¬ 
geois de Paris. On lit p. 21 : »car on ne trouvoit 
rien au plain p^'is qui ne lui portoit.” Evidemment, 
le scribe accoutumé à changer li en lui, a suivi 
son habitude dans ce passage où il aurait dû séparer 
li en l’i (=l’y). La même erreur se trouve p. 172: 
»la fist mener tout battant à son ourme et lui fist 
acoller, et la fist lier,” etc., où il faut lire : l’i (= l’y) 
fist acoller, et effacer: la fist lier, qui est une 
glose manifeste. *) 

Même chose à peu près dans les éditions de Villon. 
Tout le monde connaît les trois ou quatre couplets 
du Grand Testament où il raconte l’histoire de l’es- 
cumeur de mer Diomedès, qui fut amené devant 
le tribunal d’Alexandre le Grand ; 


2 ) L i ho ms forme encore assez usitée devient luy ho ms. Ane. 
Poés. Franç. IV 33 ; 1 i on devient la ville de Lyon, dans Le débat 
des deux seurs, Ane. Poés. fr. IX. 113 (les différents mss. qui existent du 
Débat nous permettent de changer le vers mutilé des imprimés: 8a 
belle seur devers Lyon en Véez là, ma seur, donc 
lion. Pourtant il est extrêmement curieux qu’ aucun des nombreux mss. 
de cette pièce, que nous avons pu consulter, ne donne le vers sans faute) 
1 y homs devient 1 y on s (lion) dans l’édition Ph. Lenoir de la Sa¬ 
lade d’Anth. de la Sale f°. LX (cfr. le ms. de la Salade n°. 
18120 de la Bibliothèque de Bourgogne à Bruxelles f°. CCLXI) ; 1 i = lui 
devient Pu n g = 1*1, dans les anc. edd. d’A 1. Chartier: Lungde- 
mande lors qu’il lui fault. Hospital d* Amours éd. G. du Pré 
f°. 289 r°, oh avec les mss. il faut lire : Lors li demande, etc. etc. 

*) Nous reparlerons de ce passage, quand nous traiterons du Jargon 
de Villon, 


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33 


Si fut mys devant le cades, . 

Pour estre jugé à mourir, 

* G. T. XVII. vs. 7. 8. 

Une note de Le Duchat dans l’édition Formey de 
1742 nous apprend que par une licence archi-poétique, 
cades est mis pour la rime au lieu de cadi, et 
cette interprétation est suivie par tous les commen¬ 
tateurs. Cependant elle est de pure fantaisie; le mot 
cadet») ou capdet signifie capitaine, chef; on 
rencontre le mot dans cette acception au » J o u v e n- 
cel” de de Breuil, dans les chroniques de Chastel- 
lain et ailleurs »); il se rapporte évidemment au cor¬ 
saire . prisonnier. Dès lors la correction est certaine. 

Les manuscrits donnent ce cades ou cicades; les 
anciens imprimés: les cades; en combinant ces 
deux leçons, on obtient les ce cades où les est 
une transcription pour li (comme on trouve les 
lions pour li on s). Donc, le vers doit avoir été: 

Si fut devant li (Alexandre) ce cades. 

En effet, on remarque généralement que l’usage 
elliptique d’être ne plaisait plus vers le dernier tiers 
du XVe siècle, de là beaucoup de remaniements, 
ainsi au lieu de seront vers le vent (Ane. Poés. 

Fr. V. 10) et se jamais sont dessoubz vos 
esles (ibid. V. 264), certains manuscrits (B. N. 1661. 
fr. et ms. Pichon) lisent': iront vers le v. et se 
jamais tombent soubz vos e. Par conséquent la « 
périphrase de fut mis et la mauvaise transcription de 


’) C® mot est mal expliqué dans le dictionnaire de Lacurne de Ste Pa- 
laye et incomplètement dans celui de Ducange snb voce capdet s. 

) Le Jouvencel est cité dans Lacnrne, Ducange cite la chronique 
de Louis XI. g. c a p d e t s. Chastellain. ed. Kervyn. IL 193. : „ils espias- 
sent Guy Guillebault ou autre grant cadet” etc. 

3 


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34 


li ont gâté totalement le vers. Les deux exemple 
cités suffiront, nous l’espérons, pour prouver que le 
ms. original portait habituellement li pour luy; au 
surplus on retrouve cette forme dans toutes les édi¬ 
tions, quand la rime l’exige p. e. G. Testament 
LXXII. 8. ') 

Beaucoup plus propre à nous étonner est la forme 
que le ms. A offre dans le 3e vers du huitain VII: 

Comme mon paouvre sens tant dur, 

Prompsault et la plupart des éditeurs modernes 
ont changé tant en est; correction qui est inad¬ 
missible , e s t ne pouvant jamais se métamorphoser 
en tant et le problème n’étant pas de donner un 
sens quelconque à un vers obscur, mais de cher¬ 
cher l’expression même du poète. 

Heureusement, on rencontre encore deux fois ce 
tant mystérieux: P. Testam. XIV. 3, (l’édition de 
1489): 

Qui ne tend mont ne vallée; 

(les mss. et Marot donnent: n'entend), 
et (i. Test. CXXIX 6. (éd. 1489). 

Que tant régna roy de Cécille, 
où le ms. Coislin donne la seule variante utile : 

Que tint Regnier, roy de Cécille. 


1 ) R me serait facile de trouver d’autres ^preuves, mais pour etre con¬ 
cluante l’argumentation demande trop d’espace. Le cas du Journal d un 
Bourg, de Paris se répète dans un passage du G. Testament. LXXXIH* 
3 ; les édd. donnent : 

Qui la portera, 

le ms. Coislin: 


Qui luy portera 

le contexte réclame nécessairement : Qui l’i p o r t e r a. 


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35 


L orthographe de tint, en usage à Paris au 
milieu du XV e siècle, était bien certainement teint 
(v. le Journal Parisien de Jean Maupoint. Mémoires 
de la Société de l’Histoire de Paris T. IV. p. 95: »le 
roy teint sa» grant conseil”); et de cette façon la 
confusion entre teint et tant s’explique aisément, 
le scribe ayant pris le i pour un jambage de la lettre 
w, (m Sc n sont toujours pris l’un pour l’autre). 

Quant aux deux autres passages, on voit par le 
vers 3 du huitain XIV que de fort bonne heure les 
copistes n’ont plus compris le mot tent qui, évi¬ 
demment , n’est qu’une forme populaire de tient'); 
donc, je crois que le changement en tant du VII« 
huitain est dû au copiste, qui avait tent devant 
les yeux dans le ms. original, la forme tent étant 
garantie par le huitain XIV *); de même, il me pa¬ 
rait plus probable que l’orthographe du ms. ori ginal 
au huit.. CXXIX du Grand Testament a été teint 
que t a i n t, les copistes, comme nous l’avons vu, 

ayant la manie de changer la terminaison -ent en 
-ant. 

Les autres traits qui composent ensemble le carac¬ 
tère orthographique du ms. A ne nous arrêteront 
pas si longtemps. 


) ▼. Oh . Nisard. Etude sur le langage populaire de Paris, p. 236 se 
fsan sur les A & réa kles conférences de deux païsans. 1649 
e * 1 * 324 346. voir: Bartsch. Chrestomathie* 4e ed. p. 609 et 

poésies de Deschamps, éd. Saint-Hilaire, I. p. 308 : j e t a i n. 

n trouve tant pour tend (de tendre) Ane. Poés. franç. VII. 241: 

Sensualité au contraire 

Tant qui se tourbe en son affaire. 

1. Tend qu’i se t. 

ant est écrit tent dans le Journal de Maupoint. 1. c. p. 65 e t à tent 


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36 


-an pour -en: m and i en s. P. T. XXXII. 1. (Ane. 

Poés. franç. XI. 106. m a n d i e n s), 
dans (dents) P. T. 1.4. (Ane. Poés. 

fr. IV. 16. ès dans), 
a n c r e P. T. XXXIX» 4. (Ms. Coislin 
du G. T. LXIX. 5. ancre), 
-an pour -on: dangon (donjon) P. T. XIX. 4. 

(Ch. Nisard. Etude s. le patois de 
Paris, p. 159). 

-ai pour -e : mais (mes, pron. poss.)^. T. XIV. 6. 

(Ms. Coislin. G. T. XII. 5 : mais 
(mes), Ballade des dames du temps 
j. vs. 27. r e m a i n e (ramène) >). 
-ai pour -ei: fr ai n..P. T. I. 4. (orthographe dont 
on retrouve partout les traces 
dans le texte de Villon). 

a y pour et: je me plains ay dueil P. T. III. 

5. (éd. de 1489 et autres G. Test. 
LXXIV. 7. a y part amère 
pour et perte amère)*). 

- a u pour o: clergeault (ms. de l’Ars. clergot). 
P. T. XIV. 2. 

*) Au contraire A donne mènent P. T. XXII. 8. où le ms. Coislin 
m a i n e n t. Dans les poésies de Charles d’Orléans, on trouve régu¬ 
lièrement maine = mène. p. e. éd. d’Héricault. I. p. 79). 

*) Ce changement de e t en a y se retrouve en d’autres auteurs p. e. 
Alain Chartier, Hospital d’Amours éd. Galliot du Pré f°. 274: 

Ayant grant pitié de mon vueil 
me mena jusque à l’enfermière 
où les mss. lisent: 

Et en grant pitié etc. 

L’orthographe singulière du vers de Villon peut donc fort bien être le 
fait du copiste. Pourtant il est à remarquer que Marot dans son édition 
de Villon lit le vers de la façon suivante; 

j’ay dueil et me plains. 

il n’est donc pas impossible que le ms. original portât a y dueil. 


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37 


esclaure (esclore) P. T. XXVII. 4. 
(cfr. Ch. Nisard. Etude sur le pa¬ 
tois de Paris p. 160. auxis'é. ; 
Ct. Nouv. Nouy., la 48 e Nou¬ 
velle d’après le ms. de Glasgow, 
aubstinée). 

-au pour -ou: mautonnier (moutonnier) P. T. 

XIX. 6. (On remarque cette or¬ 
thographe surtout dans les mss. 
d’Ant. de la Salle, a u y r = ouyr, 
v a u 1t = voult, p au = pou cfr. 
le ms. inédit de la Salle d’Ant. de 
la Sale. n # . 10959 de la Biblioth. de 
Bourgogne à Bruxelles f°. L, LI). 
-e pour ai: j’e (j’ai) etc. v. plus haut. 

mes (mais) P. T. XXII. 7. , 
fesseau P. T.XXVI.5>) (ontrouve 
partout dans le texte de Villon 
des traces de cette orthographe), 
-en pour -an: percent, voir plus haut. 

mengeront, mengue,P.T.XXVI. 
7. XL. 3. 

-e pour -o: Serbonne. P. T. XXXV. 4. (cfr. 

Ch. Nisard. Et. s. le patois de 
Paris, p. 159. S a r b o n n e.) 
-ouer pour -oir: abreuvouer P. T. XX. 2. 

mirouer*) P. T. XXIX. 7. (la 


*) Au contraire le ms. A. donne toujours laisse, jamais 1 e s s e. 

*) Dans Coquillart la terminaison -oir est d’une syllabe, 

C’est ung droit abruvoir Popin. « 

ed. d’Héric. I. 105* 

Bans la 22e des cent Nouv. Nouv. l’édit. Lenoir 1500écrit miroers, 
oti le ms. donne miroirs. Mirouer est de trois syllabes. Ch. d’Or¬ 
léans , I. p. 50. Voici encore quelques exemples de la prononciation ouer 


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38 


terminaison -ouer est dissylla¬ 
bique ; la tradition du texte dans 
• les autres mss. et anciennes édi¬ 

tions est d’accord sur ce point; 
escriptouoire est l’ortho¬ 
graphe du ms. Coislin pour es- 
criptoire G. Test. CLXIV. 4). 
-ouir pour -uir: fo u i r. P. T. V. 6. (de deux syllabes 
comme dans Coquillart. I. 424. 
etc. Ch. d’Orléans, ed. d’Heric. I. 
134. a fuyr de deux syllabes.') 
ou pour eu: soulet (seulet) P. T. XXXV. 2. 

(cfr. Ch. Nisard. Et. s. 1. pat. d. 
Paris, p. 172. et les formes pou 
(peu), plourer, demourer 
. etc. qu’on rencontre partout au 

XV e siècle). 

a ou pour au (ou), paouvre. P. T. passim. (ceci 
me semble une orthographe par¬ 
ticulière du copiste d’A., on la 
retrouve dans toutes les pièces 
du ms. 1661 fr.). 

en eux syllabes: (Farce île la Pipée) ras. fr. de la Bibliotb. nat. 25.467. 
La Valière 166. f°. 176. v 0 .: 

Ung menton fourchu tant frigant 
Qu’oncques (fut) rasouer de guinguant 
Ne fat plus affilié qu'elle est. 

Le fut du deuxième vers doit être omis. 

Mystère de la Yie de St. Vincent. Biblioth. Nat. ms. fr. 12538. : 

Mais qu’il fut mis au sechouer 
Je te feray ennuyt muer. 

Comp. aussi Thurot. Prononciation franç. 1.288 pour l’usage du XVI» siècle. 

*) Dans la poésie populaire tous les verbes en -ouir peuvent être 
monosyllabiques, même jouir, cfr. G. Paris. Chansons du XVe siècle, 
p. 80, liS t 115 etc. 


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39 


u pour ou: esturgon (escourgon) P. T. XIX. 

7. Ainsi lisent les anciennes édd. 
goth. Le ms. Coislin lit escu- 
v o e 11 e s, dans la Double Bal¬ 
lade du G. Test. vs. 44. ; Ch. Ni- 
sard. 1. 1. p. 198 ; je crois que de 
cette transition d’o u en u résulte 
la confusion de sur et sous, 
comme dans A. Petit. Test. XXX. 
3. où il faut lire sous. 1 ) 

-ail-pour-aill- enmalloté. P. T. XX. 7. 


es cal le. P. T. XXXIV. 3. (v. plus 
haut p. 23). 

aige pour -âge: saige. P. T-. I. 7. 

g a i g e. P. T. XI. 5. Cette forme 
qu’on nomme bourguignonne, (Ch. 
Nisard. 1. 1. p. 130) se rencontre 
partout dans le langage littéraire 
du XV e siècle. *) 

-îer de l’infinitif: brisier, desbrisier, cou- 
chier, espargnier. P. T. 


II. 6. 8. XIX. 8. XXI. 4. (ortho¬ 
graphe régulière au XVe siècle ; 
dans les poésies de Ch. d’Orléans, 
on trouve : laissier, souhai- 
dier, prisier etc. s ) 

voir observation peut se faire pour les poésies d’E. Deschamps. 

p « " ^ ^ ^° C ' ^ es anc ' * ex ^ es fr' d’après le ms. de la Biblioth. Nat. 
critique ' 80u b 1 l a terre. 1. sus la t. Bon nombre des règles de 
a PPlia • ^ Ue nous aTOns posées ponr le texte de Villon pourraient être 
*) > 8U mS " œuTres ^e Deschamps. 

Lenoir ' ^Orléans a presque régulièrement -aige, de même l’édition 
l’édit r -v? ar * S des Cent Nouv. Nouv. tandis que dans le ms. et 

tion f erar d (1486) l’usage varie ; comp. aussi Thurot. De la prononcia- 
“ tr anç. i. 3(3 

o\ n 

0ln P* H. Stephanus. Hypomneses de ïrallica Lingua 1582. p. 31 


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40 


s. Rarement le nominatif singulier garde 
l’s, comme francs P. T. 1.4, 
voyans P. T. XXVII. 8. (on 
trouve des traces de cette habi¬ 
tude dans tous les mss.de Villon, 
comme nous l’avons montré plus 
haut p. 14). 

Le première personne du pré¬ 
térit défini omet l’s : j ’o u y, j e s u s- 
pendy, senty, m’endormy, 
P. T. XXXV. 4, XXXVI. 4, XXXIX 
7. Pour la le personne du pré¬ 
sent l’usage varie : croy, esta- 
b 1 i z, c o m p r e n s. P. T. VI. 2, 
VIII. 8, XVIII. 5; je m’en vois 
a toujours l’s. P.* T. VI. 3, VIII. 
7, selon la règle observée de tout 
temps. (Boehmer. Romanische Stu- 
dien. XVIII. p. 710.) Sur ce point 
aussi l’orthographe du ms. A est 
conforme à l’habitude du milieu 
du XV® siècle. (Ch. d’Orléans, je 
dy, je fais, je hé [= hais] etc.), 
ou et au: sont usités tous les deux : francs a u 
collier. P. T. I. 4. Ou nom du 
Père; ouquel. P. T. IX. 1, XI. 
2. Même observation que pour le 
précédent paragraphe. ') 

JLtque hanc pronuntiatioaem nonnulli el Picardis, seu iis quos Wallones 
appellamus hodieque retinent. Comp. aussi Livet. Grammaire firanç. au 
XYIe siècle, p. 348. 

*) Dans le vers 5 du huit c. du Grand Test, le copiste du ms. Coislin 
a transcrit couchant, qu’au champ, preuve évidente que les 
pistes se permettaient de changer ou en au; et l’inverse se faisait proba¬ 
blement aussi. 4 


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41 


tieulx pour tels: P. T. XXXI. 5. XXXIV.8.Dans 
le premier de ces deux vers la 
forme tieulx a été protégée 
par la rime, au second les autres 
mss. et les imprimés ont moder¬ 
nisé l’orthographe. On en trouve 
cependant des traces jusqu’à la 
fin du XV siècle. >) Remarquons 
à ce propos le changement occa- 
- sionnel qu’on rencontre chez Vil¬ 

lon et ses contemporains de -ers 
et -els en -eulx. Au huitain 
LXXVII1. vs. 5 le ms. Coislin 
donne pour cayprs, cayeulx. 
Dans sa version du Roman de la 
Rose, Molinet- qui avait étudié à 
Paris sous Charles VII, parle de 
menestreux (ménestrels), ms. 
de la Biblioth. R. de la Haye 
n -. 698. Il nous paraît d’autant 
plus étrange qu’ A porte: Lou- 
viers et vielz au huit. XXXIV 
vs. 2, 4 du P. Test, où la leçon 
traditionnelle est Louvieulx 
et vieulx comme la rime l’exige. 

Notons encore que le ms. A. aime à redoubler les 
consonnes : escollier, robbe, oppinative, 
Arristote, Rommain, principallement, 
assier, Vegesse. Si cela valait la peine, on 


*) p. e. Débat de la damoiselle et de la Bourgoise: 
Mais voz vassaulx ne sont pas tieulx. 

Dans un acte de 1464 on trouve encore qui eulx (quels), Mém. de la 
soc. d’hist. de Paris. 1Y. 19. Palsgrave p. 366. condamne la forme tieulx 
etitieulx. * 


* 


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42 


pourrait citer des exemples d’autres auteurs du milieu 
du XV e siècle pour prouver que c’était là une ortho¬ 
graphe fort usitée. 

Au contraire, nous n’avons pas rencontré dans 
d’autres auteurs l’orthographe frappier (fripier) 
P. T. XXXI. 5. et sommelées (semellées) P. T. 
XXI. 6. '). Ces formes sont-elles dues à l’inadvertance 
du scribe? On le croirait presque, du moins pour le 
dernier mot, surtout puisqu’on voit le copiste ad¬ 
mettre ailleurs des formes qui semblent bien de son 
propre crû, comice nous l’avons observé pour tant, 
mènent, vielz etc. Aussi ne faut-il nullement 
croire que le ms. A offre une image fidèle de l’or¬ 
thographe du jns. original ; ainsi nous sommes per¬ 
suadé que la mutation de ai en ey était plus ré¬ 
gulière qu’en A, que -er suivant la prononciation 
y était écrite souvent -ar, que l’infinitif en -er s’y 
terminait quelquefois en -é») etc. 

Seulement le copiste d’A. ou le scribe qu’il copiait, 
nous a conservé par son manque d’intelligence un 
grand nombre de* formes qui doivent rappeler celles 
de l’original, comme nous l’avons prouvé par les tra¬ 
ces constantes de la même orthographe relevées par 
nous dans les autres mss. et imprimés. 


’) On trouve s u m e 11 e pour semelle, Palsgrave. 272, eomp. Ch. 
Nisard. 1. 1. p. 148, Thurot. 1. 1. I. p. 273. 

*) Je crois voir une preuve de e = ai au huit. 3. vs. 1 du P. T. oà A 
donne : Je le fis; il faut lire, ce me semble , je 1 e f a i s, ce qui est 
possible seulement dans la supposition que le ms. orig. portait f e s, la 
confusion entre i et e étant très fréquente. 

ar = er: comp. e. a. la leçon du ms. de P Arsenal, h. IY. vs. 4. très 
parsans À. tTes percent. Enfin les diverses leçons du 1" vers 
huit. XYI. P. T. se concilient seulement en supposant que l’infinitif as¬ 
signer était écrit sans r final dans le ms. orig. comme on le trouve 
souvent en d’autres mss. %u temps. 

4 


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43 


Bien hardi serait celui qui voudrait, par le moyen 
de cette orthographe divergente, déterminer exacte¬ 
ment l’influence du parler populaire de Paris sur 
la langue de Villon. 

En général, ni l’orthographe, ni la grammaire du 
poète ne diffèrent du langage de la grande école litté¬ 
raire de son siècle. ') Quand nous considérerons les 
règles métriques qu’il suit, le même fait nous sera 
confirmé de nouveau : Villon peut être nommé un 
poète populaire quant à l’expression familière, bru¬ 
talement pittoresque de ses idées, il ne l’est nulle¬ 
ment par la forme que cette expression revêt. 

Nous voilà loin du ms. A. et cependant nous n’avons 
pas encore fini avec lui. Il y a encore un point sur 
lequel il faut l’interroger, et à notre avis le degré 
d’authenticité qu’on doit attribuer à un manuscrit 
dépend surtout de la réponse que l’on donnera à 
cette question, que je poserai en ces termes : Quelle 
trace le manuscrit nous offre-t-il de gloses, annota¬ 
tions marginales, corrections éditoriales substituées 
au texte original ? 

Pour A la réponse est très simple : Sauf un seul 
vers qui semble avoir été fait pour combler une la¬ 
cune existant déjà dans une des premières copies du 
manuscrit de l’auteur *), et la glose de chez pour 
sur, p. t. XXI. 7, peut-être aussi celle de plus pour 


* q. T°* r . anss i le travail consciencieux sur la grammaire de Villon de 
^ imming, Herrig’s Archiv. f. das Stud. der neaeren Sprachen, XLIII. 

. P» 266 293. Nous aurions à faire nos réserves sur grand nombre de 
^° m V ^ relève ; cela s’explique aisément par le fait, qu’il a pris 
pour ase de son travail l’édition La Monnoie-Jannet, qui trop souvent ne 

0 *v De -r? U Une or ^°& ra pbe et des formes de pure fantaisie. 
f > T. XXV. 5. 
l’édition de Marot. 


Nous traiterons de ce vers quand nous parlerons de 


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U 


mais, P. T. XL. 7, le texte du manuscrit, abstrac¬ 
tion faite des fautes nombreuses du copiste, nous 
semble bien être conforme à l’original, tel qu’il est 
sorti des mains du poète. 

Nous avons gardé pour la dernière une de ces 
fautes de copiste, parce qu’elle rentre dans la catégorie 
dont nous traitons à présent et aussi parce qu’elle nous 
permet de reconstituer la filière qu’a parcourue le 
ms. original pour venir échouer dans la copie A. 

Dans un des huitains qui manquent aux anciennes 
éditions, le XXXVI e , on trouve le vers suivant : 

Oppinative faulce et voire, 

la leçon est sûre , et d’ailleurs garantie par deux mss. 
'celui de l’Arsenal et celui de Stockholm; au lieu de 
ce vers A lit : 

Oppinative faulce et en boisme. *) 

Qu’est-ce que en boisme? Le mystère peut 
être éclairci d’une façon fort simple. Dans tous les 
manuscrits de Villon, on trouve constamment la con¬ 
fusion de e et i, de sorte qu’on peut lire tout aussi bien : 
en boesme; et ceci apparemment n’est autre chose 
qu’une note marginale, tronquée peut-être, qui citait 
comme exemple d’une fausse opinion l’hérésie 
des Hussites en Bohème. *) Cet exemple était de mise 


*) Prompsault a lu: boisvie; il ajoute la note curieuse : Ce mot 
n’est pas celui qu’il faudroit; on s’en aperçoit à 
la rime. Du reste c’est le même que boisdie et boise." 
Tromperie ou brouillerie. Cette explication d’un mot qui n’existe 
pas, et qui même s’il existait, n’est pas celui qu’il faudrait, peint 
bien la naïveté de l’érudition de l’époque. 

*) Quoique Behaigne soit l’orthographe ordinaire de Bohème, 
on trouve aussi dans des manuscrits parisiens du second tiers du XVe 
siècle la forme Boesme, p. e. dans le Journal Parisien de Jean Maupoint, 
1. 1. p. 37: Lancelot de Boesme. 


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45 


depuis qu’Alain Chartier >) et Martin Franc ») l’a¬ 
vaient introduit dans la littérature, Villon lui même 
en use dans sa Ballade des Menus Propos: 

I 

Je congnois la faulte des Boesmes ; 


après eux et après tant d’autres un copiste quelcon¬ 
que pour bien montrer qu’il était au fait du courant 
intellectuel de son siècle aura ajouté, en regard du 
passage cité, à la marge de son manuscrit des poésies 
de Villon le commentaire: en boesme, qui plus 
tard a induit en erreur notre scribe d’A, simple co¬ 
piste à gages d’un libraire par état, et pauvre d’esprit 
par vocation. 

Ce qui nous fait affirmer si hardiment l’existence 
d’un manuscrit de Villon commenté doctement, c’est 
qu’on retrouve autre part les traces de cette main 
érudite. 

Au Grand Test. XXXII. 3. 4. l’édition de 1489 lit: 


Selon les antiques dictz 

Son lieu ne congnoistra(s) jamais. 


) Il faudrait peut-être commencer par citer Jeanne d’Arc et sa lettre 
bien connue aux Hussites sur leur vana et obscena superstitio, 
Bibl. de l’Ecole des Chartes, série Y. T. 2. p. 81. Les passages le mieux 
connus d’Alain Chartier se trouvent dans l’Espérance, où il parle plusieurs 
fois de la secte périlleuse de Behaigne. Selon Delaunay, Etude 
sur A. Ch. p. 98 le livre de l’Espérance a été écrit en 1438 ; voir aussi 
les pp. 243—251. 

2 ) P*,e. Le Champion des Dames, (nous citons l’édition orig. de 
Vérard sans pagination) 


Vous qui valés pis que boesme. 

Une bien curieuse figure que celle de ce Martin Franc et encore fort 
peu connue. Il a assisté de bien près à quelques-uns des grands évène¬ 
ments du siècle et a été l’ami d’Aeneas Sylvius, voir le Libellas 
Dialogorum de celui-ci publié par Kollar. Analecta Yin- 
d o b o n e n s i a. T. II. fo. 685—790 et une lettre fort intéressante adressée 
à Jasper Novariensis dans le liber Epistolàrum secularium 
d’Aeneas Sylvius. 


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46 


C’est la version de Villon d’un passage bien connu 
du psaume de David: et non est inventus lo¬ 
cus ejus. 

Marot dans son édition donne la correctioif certaine : 

» 

Selon les auctentiques dictz. *) 

Le ms. Coislin lit ce vers de la façon suivante : 

Celon ce que David en dist, 

le ms. de l’Arsenal donne: 

Selon les Davitiques dis. 

L’adjectif insolite Davitique prouve bien claire¬ 
ment que ces leçons discordantes se reportent toutes à 
un manuscrit qui au-dessus du mot autique (pour 
autentique) possédait une annotation interlinéaire : 
David. *) 

Les mêmes considérations nous prouvent que le 
nom d’Averroys, G. T. XII. 8., est une glose 
ancienne. *) 

Une autre espèce de notes marginales, qui ser¬ 
vaient seulement pour signaler un passage quelconque 
à l’attention des lecteurs, a aussi trouvé sa place 
dans le texte; comme G. T. XX. 7. beau dit, qui 
s’est glissé dans le vers que donne le ms. de l’Arsenal : 


*) La confusion entre antique et authentique est un fait fré¬ 
quent; comp. p. e. Coquillart. Oeuvres éd. d’Héricault. I. p. 55; contusion 
de mots causée en partie peut-être par la confusion des idées, voir une 
note détaillée sur le sens du mot authentique dans Ch. Thurot. Histoire 
des doctrines grammaticales du moyen âge. Notices et Extraits des ma* 
nuscrits de la Biblioth. Nationale. T. XXII. 2. p. 103. 

*) La preuve sans réplique possible de ce que nous avançons se trouve 
dans le ms. de Stockholm. La leçon originale et l’annotation y apparais¬ 
sent toutes les deux. 

*) cfr. p. 16. de cette brochure. 









47 


Vallère pour vray la. bauldit ; 

comme G. T. LXXIII. 8. bourde, où le ms. Coislin 
seul a conservé la bonne leçon : 

Dieu nous garde de la main mise 
tandis que le reste a : 

Dieu nous en gard’ bourde jus mise. *) 

Cex exemples prouvent abondamment que le en 
■boesme du ms. A. n’est pas un fait isolé, ils nous 
donnent en même temps une indication précieuse que 
le texte d’A découle probablement d’un manuscrit an¬ 
noté de la même façon que les manuscrits contenant 
les deux Testaments, ou plutôt, que l’original d’où 
le scribe d’A a tiré directement ou indirectement 
le texte du Petit Testament, était un manuscrit don¬ 
nant les deux Testaments. 

L étude des autres manuscrits m’a fortifié dans cette 
opinion ; ce sont eux qui nous appellent à présent. 


III. 

M. A. Longnon, dans son Etude biographique 
sur François V i 11 onp. 7. le premier, a lait mention 
dun manuscrit des deux Testaments qui autre¬ 
fois a appartenu à Claude Fauchet et à présent se 
trouve dans la Bibliothèque Royale de Stockholm. 
Sans se prononcer sur la valeur qu’il faut attribuer 
a ce manuscrit, ni sur les données qui permettent 
de lui assigner une date quelconque, le savant fran- 


; jus doit so ü existence aux deux dernières lettres de main. 


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48 


çais a seulement annoncé qu’il en utiliserait les va¬ 
riantes dans son édition des œuvres de Villon. Cette 
édition se faisant attendre depuis cinq années, nous 
nous croyons justifiés d’examiner nous-même le ma¬ 
nuscrit signalé par M. Longnon en reconnaissant 
hautement l’obligation que nous devons au savant 
biographe de Villon pour nous avoir indiqué la route. 
Joignons-y ici-même nos profonds remercîments à la 
direction de la Bibliothèque Royale de Stockholm,^ 
qui par sa libéralité exquise et son extrême obligeance* 
envers les curieux et les chercheurs nous a épargné 
un voyage à Stockholm et nous a mis à même de 
consulter dans notre pays le précieux manuscrit de 
Villon confié à sa garde. 

Le ms. de Stockholm, que nous appellerons doré¬ 
navant B, est un in-4°, papier, de 272 f 08 coté sous 
le n°. LUI des manuscrits français et intitulé: Bal¬ 
lades et Poèmes divers. C’est un recueil de poésies 
formé de différents autres recueils écrits par des 
mains différentes et probablement à des temps diffé¬ 
rents. Nous n’avons affaire ici qu’à la première 
partie de la collection qui renferme les deux Testa¬ 
ments de Villon et qui va jusqu’au f 6 . 73 du volume. 

Cette partie se compose de 68 ballades ou poèmes 
analogues ') dont cinq en jargon, de sept .rondeaux 


*) La plupart de ces ballades nous étaient inconnues jusqu'à présent 
Nous donnerons ci-dessous la liste de celles que nous nous rappelons avoir 
lues autre part. D’abord celles de Villon : La Ballade des femmes de Paris 
(Jannet. p. 80.), de la Grosse Margot ( Jann. p. 83.), des langues envieuses 
(Jann. p. 76.), des Proverbes (Jann. p. 116), avec un huitain de plus que 
n'en donnent les éditions de Villon; cependant ce huitain était déjà publié 
dans le Jardin de Plaisance éd. Vérard f°. CVIII; le Débat du 
cueur et du corps de Villon (Jann. p. 113), l’Epitaphe (Jann. p. 101), 
la Requeste de Villon (Jann. p. 103), la Ballade de l’Appel (Jann. 104) 


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49 

dont un en gascon, d’un poème plus étendu, Le 
tournoy amoureux, et des deux Testaments de 
Villon, appelés ici le premier Testament (c.-à-d. 
le Petit) et le second aux f»s 29—33 et 37—62. 


et des Menas propos (Jann. p. 117) ; en outre une ballade édite de Villon 
ça on trouvera à la fin de ce travail : Il n’est soingque quant 
ona fain; cest une imitation d’une ballade extrêmement populaire au XV* 
siècle. II n’est dangier que devillain etc., et qu’on rencontre 
un peu partout, aussi dans le ms. de Stockholm au f°. 3. M. Campaux p. 358 
la attribuée à \ illon lui-même, et depuis ce temps elle est recueillie 
parmi les oeuvres douteuses du poète. Il faut la restituer à Alain Chartier 

que e ms. Lausdowne 380 du British Muséum f°, 220 nomme comme 
son auteur. 

Une annotation manuscrite de Fauchet attribue la ballade : Que n’ayeS 
har ement et sens etc. à Jaques Coeur; il faut la rendre à Vaillant 

6 f 0Il ^ S * b * en connu du cercle de Charles d’Orléans ; comp. le 

m8 * ^ ^* bb 2230, qui contient ses poésies, f°. 248. 

es a lades. Entre vous qui à court servez et Je v o y 
e emp s d’Octouyen aux f>\ 9 et 11 du ms. de Stockh. sont 
ffibd T ï com P- ms. Bibl. Nat. 840 f°. 38 et 390; éd. St. 

M t r6 f. * ^uitains au f°» 12 sont pris au Temple de Mars de 

lT 0 ^ FaiCtS Ct I)ictsdeMoliliet * Paris, Jeh. Petit 1537. fo.XCIXvo. 
, i t a< ^ 8 * Cn debors de celles de Villon et d’Alain Chartier, se retrouvent 
/,, v , n de ^aisance : J* a y demouré entre les sarrasins 
(éd Vérard* *°* »Ma chière dame à vous dire vérité 

s o ** * ^°* Madame pour vous dire vérité), Qui ses b e- 

forTpo 6 i . Veult bien faire ( éd - Véraid, f°. CIII, la ballade était 
P u aire i G ^ e re P araî t d ans beaucoup de recueils manuscrits Bibl. 

burnham 1? ° 7 f °* 63 ’ n °’ 2201 f °‘ 92 ’ c ’ est le n °* 37 du ms ‘ Asb " 

j non C1 , ^ ar de ^ a mt Hilaire dans son introduction au vol. II. 

lova ^f S f ^ escbam P s ) » J e ne puis plus ainsi que je sou- 

h/nu£ f °’ CC1, aussi ‘ BibL Nat - ms - fr - D ° 2376 ft) * 54 )» ün6 

Poés. Pr U VTTT t0Ut U d ° ré fiain (éd * Vér * f °* 0X111 » aussL Anc * 
Vér. f°. CYttt I> ’ 335 ^ ,1>lus n ’ a y 1 e vit tel que souloye (éd. 
20 du m a * aUSS * ^ nc * P°cs* Fr. V. 117). Une ballade obscène au f°. 

beaucoup de tr» P ° Ur abbatre une S ou S e fine > offre 
To c vrans communs avec celle du Jardin de Plaisance f° CXIII: 

« fan*! V ® Ulx d ’ ft mer (comp. ms. fr. de la Bibl. Nat. n°. 2375 
est évidemme aBade 13; Hembourreux d’enffumez cabas 
en du m ^me entourage que la poesie obscène qui commence: 




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50 


Deux des pièces précisent, à notre opinion, assez 
bien la date à laquelle il faut faire remonter la com¬ 
position de ce recueil. L’une est uii rondeau inspiré 
par le scandale que causait en 1468 à Paris l’en¬ 
lèvement d’Estiennette de Besançon par le comte de 
Foix •) ; l’autre est une ballade se rapportant aux 
dissensions entre Louis XI et son frère, Charles de 
Normandie, et à leur réconciliation temporaire en 
1469 *). Il est assez probable que ces poésies ont 


Je souloie estre un g ramboreux de bas, ms. fr. de lt 
Bibl. Nat. n°. 2375 f®. 123. 

. La double ballade : Dame de beaulté positive f°. 14 du ms. 
de Stockh. se rencontre sous forme de deux ballades distinctes entre autres 
au ms. fr. de la Bibl. Nat. n°. 2264 f°. 61 ; il est extrêmement probable 
qu’elles sont d’Alain Chartier (comp. ms. fr. Bibl. Nat. n*. 833 f°. 189). 
La ballade : Tost est deceu cuider d’homme oultrageui 
f». 9 du ms. de Stockh. se retrouve ms. fr. Bibl. Nat. n°. 2206 f®. 118 
et n°. 24315, sans pagination. La ballade: Qui n’a joué à la 
paulme et au dé, f°. 6 du ms. de Stockh. fait aussi partie du 
recueil Bibl. Nat. n°. 2375 f°. 51; tandisque les deux ballades, f®. 11 On 
voit le monde bestourner et f®. 70 Ung viel prebstre 
dessus ung viel cheval, se retrouvent dans le ms. Ashburnham 
cité par M. de Saint Hilaire aux n°\35 et 78. La ballade: Se je porte 
en ma devise coac au f°. 29 du ms. de Stockh. est une imitation 
de la Ballade de la Grosse Margot qui rappelle la manière de Meschinot 
ou d’André de la Vigne. 

*) Le rondeau se trouve au f°. 28 et commence par : 

Ung très grant bruyt à Paris a eu cours. 

Une note manuscrite de Fauchet ajoutée en marge du ms. nous apprend 
de quoi il s’agit. Comp. la Chronique Scandaleuse s u b. 1468, éd. Petitot 
XIII. 384, 385. 

*) On la trouve au f°. 72 avec le refrain suivant: 

Puisque L et C sont telz qu’ils doivent estre. 

L’emprisonnement récent du cardinal Balue, le rouge B, comme 
il est appelé, y est mentionné aussi. Une réponse où l’auteur ou les 
auteurs ont quitté la forme stricte de la ballade, rehausse l’intérêt de ce 
document historique. Pour le sujet de la ballade comp. Barante Hist. des 


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été recueillies peu de temps après leur publication ; 
de sorte qu’on est amené à croire que la collection 
de poésies, qui forme le contenu de la première 
partie du ms. de Stockholm, a été faite vers 1470, 
sans que la possibilité soit exclue que ce manuscrit 
lui-même est une copie, du recueil original, d’une 
date un peu postérieure. % 

Quant au texte des deux Testaments de Villon, 
il a été bien certainement non pas transcrit, mais 
écrit sous la dictée d’un quidam qui ne comprenait 
pas trop bien ce qu’il lisait *). On ne saurait donc 
s attendre à trouver en B les traces de l’orthographe 
dun. manuscrit original que nous avons remarquées 
en A et aussi dans les autres manuscrits *) ; pour¬ 
tant des indices sûrs nous permettent d’affirmer que 
B doit dériver d’une même source qu’A. 

Et dabord, quelques fautes de copistes assez sin¬ 
gulières sont communes aux deux manuscrits. P. T. 


^* d . e B * Bruxe Hes 1839. VII 234 ss. Au f*. 71 du ms. de Stockholm 
une autre ballade avec le refrain: 

Ce qu’eust rongé sans mâcher desmenga. 

est dirigée contre l’Angleterre et se rapporte & la dernière période de la 
guerre de cent ans. 

un^tedfrf 068 ^ istori( l ue8 comprises dans les autres parties du recueil sont: 

1472 fo SUr 16 8iège de Beauvais contre le duc Charles de Bourgogne, 

Charte Vît ^ ^ fra & ment d une P^ce a 7 ant trait aux dissensions entre 

nii . S * e dau phin Louis, f°. 184; une ballade sur le sacro de 

Charles vu à 238; ^ 

•c. P.T.V.7. soudure devient sans dure; O.T.L.7. Qu’en 

LXXXI ft 8 « t<Mlte j ° Ur Uen devient: Q* aa t parolles; O. T. 
j -y..,, \ a | nt ® a tur devient S a i n t S a n t o u r ; dans la Ballade 
selon 8am y e vs * *>. Cherme félon devient: Chiere née 
Ce* \ ^ ^ » deS ^ aU ^ es de ^ ec * ttre d d’audition réunies. 

; 8 traces ^apparaissent en B que fort rarement: O. T. LXVII. 5. 

B ses, O. T. CLIX. 7. Se dit pour ce dit etc. 


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52 


XXXV. 7. A donne un vers grotesque, que l’abbé 
Prompsault a gardé dans son édition : 

Pour prier que le curé dit. 

Evidemment, le curé n’a rien à faire ici, et il 
faut lire avec deux des mss. et les imprimés : 

Pour prieur comme le c u e r dit ; 

cependant B suit l’erreur d’A et non content d’in¬ 
troduire le grave personnage ecclésiastique dans le 
vers cité, il répète la confusion entre cuer et curé 
au Grand Test. XXXVI. 2, où il écrit d’abord : 

De pour été me garmentant, 

Souventesfoys me dit le curé, 

puis se ravise et par une correction interlinéaire remet 
le cuer dans ses droits. 

L’origine de la faute commise par les deux scribes 
ou par le scribe du ms. qu’ils ont copié, est très 
facile à reconnaître; apparemment le ms. original 
écrivait er et re par le signe d’abréviation bien connu, 
mais dont les copistes n’ont pas trouvé la bonne so¬ 
lution. Ajoutons ici deux exemples, qui donnent la 
preuve certaine que ce compendium pour er et re 
se trouvait régulièrement dans le ms. original ou du 
moins dans un des mss. originaux. P. T. XX. 3. est 
un vers défiguré de telle façon qu’il semble presque 
impossible de reconnaître ce que l’auteur a voulu 
dire; A donne: 

Par ses paouvres seurs gras signier 
dont les éditeurs depuis Prompsault ont fait: 

Pour ses paouvres seurs grafignier 

en imaginant toutes sortes de traitements que Jacques • 
Raguyer, dont il est question dans ce liuitain, 


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53 


aurait bien pu infliger à ses pauvres sœurs. Nous 
sommes heureux de pouvoir laver Raguyer de ce 
blâme en observant que dernière moitié de ce vers 
doit être lu : 

sus (sous) Grans Figuier. 

Le Grand "Figuier était probablement une en¬ 
seigne de cabaret, et les soeurs mystérieuses ne se 
sont glissées dans le vers que par une bévue de co¬ 
piste qui a cru remarquer le compendium de er au- 
dessus de sus. 

Une faute analogue se rencontre dans un vers fameux 
(G. T. LXXI1I. 3.) que les éditeurs modernes se sont 
obstinés à ne pas vouloir comprendre, quoique déjà 
Clément Marot eût restitué à peu près la bonne leçon : 

N’eaue au bout de ses doiz aherdre 

Si l’on consulte l’édition de Levet de 1489, on y trou¬ 
vera ce vers sous la forme : 

Ne autre au bout etc. 

et pour quiconque a quelque habitude des manuscrits 
du XV e , cette confusion d’autre et ea ue s’explique 
aisément par le fait d’un scribe qui a vu dans le trait 
de l’e le compendium re auquel il était accoutumé. 
Revenons aux traces de conformité entre A et B. 
P. T. XXI. 3. suivant A, Villon laisse à Mautaint 
et son compagnon: » 

Le gré du sergent qui actaint 
Troubles, fors faiz , sans espargnier ; 

Il est clair par un passage du Grand Test. (C XXVIII. 
8.) qu’il faut lire avec les autres mss. et éditions 
seigneur au lieu de sergent. En revanche B lit 
(G. T. XCV. 2.) seigneur où il faut de toute né- 


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54 


cessité lire sergent, de sorte que l’on peut présumer 
que les deux mss. proviennent d’un autre ms. oùles 
mots sergent et seigneur s’écrivaient d’une 
façon identique. 

On peut se figurer que le hasard a occasionné en 
deux cerveaux différents cette confusion entre cuer 
et curé, sergent et seigneur; aussi possède- 
t-’on des preuves ptus strictes que B relève de la 
même famille qu’A : ce sont des fautes de lecture, des 
omissions, des bévues communes aux deux mss., 
qui dénotent péremptoirement une même source. 
P. T. II. 8. A lit : 

Me vint ung vouloir de brisier 

La très-amoureuse prison 

Qui soûl oit mon cueur debrisier. 

B de même donne souloit, qui est hors de cause 
ici; un ms. et l’éd. de 1489 ont fai s oit, qui est 
juste ce qu’il faut, (comp. les expressions dans Charles 
d’Orléans, éd. d’Héricault, I. 31, cela me fai soit 
enrichir, pour enrichissoit; I. 101, qui fist 
anéantir, pour anéantit). Paléographiquement 
souloit ne diffère pas beaucoup de faisoit, sur¬ 
tout si l’on considère que s et 1 étaient très difficiles 
à distinguer dans le ms. principal ou original de 
Villon; ') et la bévue d’un premier copiste s’est pro¬ 
pagée dans une famille des mss. 

P. T. VII. 1. A fait unjvers, qui est trop long 
d’une syllabe : 

Combien que le départ m e soit dur, 
évidemment me est de trop; B dérivant d’une source 


J ) Voir p. 27 de cette brochure. 


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55 


j 

identique à celle d’A, pour sauver le mesure, découpe 
le vers d’une autre façon : 

Combien que le départ me soit 
Dur, etc. 

P. T. XII ‘2. A de nouveau dérange la mesure en 
lisant: 

Item je laisse à SainUAmand 
Le Cheval Blanc ou la Mule. 

Un ms. et l’éd. de 1489 donnent avec la Mulle, 
ce qui est la vraie leçon, comme il appert si l’on 
compare G. T. LXXXVII. 8. B de son côté, a gardé o u 
(faute d’un scribe qui a mal lu l’abréviation d’avec), 
mais pour remettre le vers sur pied a ajouté un 
adjectif: 

Le bel Cheval blanc ou la Mule *). 

Ces exemples, avec ceux qui sont cités en note, 
suffiront je l’espère pour indiquer la ressemblance 
fondamentale d’A et B, résultat d’une provenance 
commune. J’ai voulu bien marquer les traits de fa¬ 
mille qui les relient avant de parler des divergences 
qui séparent les deux mss. parce que dans cette re¬ 
cherche infiniment délicate et compliquée de la phy¬ 
sionomie des mss. de Villon et de leur filiation, il 


*) Je ne multiplierai pas les exemples, seulement j’indiquerai rapidement 
dans cette note les autres passages qui d’une façon concluante prouvent 
les rapports intimes entre À et B : P. T. XVI 1 pour assigner 
(recouvrer), preuve évidente, que tout en n’ayant rien de commun 
avec A lui-même, B dérive du ms. original d’A ; P. T. XIX 8. en beaulx 
ceps (sez) ; P. T. XX 1. Tt e m ; P. T. XXII 6. lanterne de la 
Pierre au L; P. T. XXV 5. desvestuz; P. T. XXVI 7. les 
bons moreaux; P. E. XXXI 7. c o u s t e n t ; P. T, XXXV 7. m i s 
e n b o n n e. En d’autres passages B à l’encontre des autres mss. et édd. se 
rapproche le plus d’A, comme P. T. XX 3, XXXII 4, XXXIV 7, etc. 


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56 


convient avant tout de bien tenir le fil conducteur, 
dès qu’on l’a trouvé, et ce fil d’Ariadne, qui nous 
guidera dans les ténèbres, est la séparation des sour¬ 
ces du texte de Villon en deux, ou plutôt trois 
groupes distincts. 

Il y a tout une série de leçons variantes, qui sem¬ 
blent contredire le fait de la parenté entre B et A. 
Bien entendu, nous ne parlons pas de simples inad¬ 
vertances de scribe-qui ne sauraient prouver que le 
manque d’attention du copiste et son incapacité éton¬ 
nante , ') — mais de leçons fort plausibles données 
par B , et qui pourtant ont fort peu de chose de com¬ 
mun avec A. 

Remarquons avant de traiter de ces divergences 
que le ms. de Stockholm est évidemment une copie 
d’un manuscrit corrigé et glosé, sinon comment 
s’expliquer la présence de quelques corrections dans 
le corps de notre ms. faites de la même main que 
celle qui a écrit le texte. Nous avons cité déjà *) la glose 
Davitiques ajoutée au dessus du mot aucten- 
tiques (B. T. XXXVII. 3.); en toute probabilité le 
scribe s’est hâté d’ajouter la correction qu’il n’avait 
pas vue d’abord. Le fait se répète dans la Double 
Ballade du Grand Test. Le copiste avait d’abord écrit 

J’en suis (fuz) batu, comme arutelles 
puis ne comprenant pas cette dernière combinaison 
de mots (à ru telles), il l’a raturée et remplacée 
par en ru toilles, qu’il avait trouvé certainement 
en marge de son ms. 3 ) 


») Voir P. V. rv. 5, T. 7, VI. 3, VI. 6, IX. 7, etc., etc. 

*) p. 46. 

s ) De même on trouve dans B, G. T. LXXIII. 3, ne effitcé et rem¬ 
placé par et. 


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I 


Pour retourner à notre sujet, faisons observer que 
là même où l’on ne trouve plus de traces de ratures 
et d’additions, on peut être sûr que le plus grand 
nombre des déviations sérieuses de B du texte d’A 
doivent leur origine à des corrections arbitraires d’un 
glosateur qui ne comprenait plus la langue de Villon 
déjà démodée au dernier tiers du XV e siècle. 

Ainsi B donne, au premier huitain du P. T: 

Considérant .... 

Qu’on doit ses amis conseiller 

où les autres mss. donnent ses oeuvres conseil- 
lier •), et cette dernière expression qui sent son 
Froissart et Deschamps *) convient bien à l’entrée 
en matière gravement comique du poète qui, comme 
Tin chevalier de vieille roche, pour affermir son dire 
cite Végèce. La glose dans B est si évidente que 
nous ne prendrons pas la peine de la réfuter. 

A propos d’une deuxième glose, on nous permettra 
bien d’entrer dans quelques détails, parce que la 
discussion se rapporte à l’histoire des mots au XVe 
siècle, époque d’un intérêt prépondérant pour la for¬ 
mation de la langue moderne, et qui néanmoins a 
été extrêmement négligée par les lexicographes. 


*) L’éd. de 1489 donne ses oeuvres employer, autre glose de 
conseiller, employer ayant à la fin du XVe siècle un sens plus 
large qu’ à présent, comp. : la farce des femmes qui font 
refondre leurs maris (Jannet, Ane. Théâtre Fr. I. p. 67): 

Mais vous savez que je ne puis 
Rien employer si je ne suis 
Secouru de vous. 

*) Conseillerszdélibérer cfr. Froissart. éd. Luce I. p. 92 et le cod. Voss. 
f°. XXX: „nous avons oui vos paroules et leues vos lettres et bien 
^examinées à nostre povoir et conseillée s.’ 1 E. Deschamps, éd. St. Hi¬ 
laire II. p. 55. «Trop longuement sa guerre conseillier” etc. 




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58 


P. T. VI 3- 5 le ms. A fait dire à Villon : 

Adieu je m’en vois à Angiers 

Puis qu’elle (sa dame) ne me veult impartir 

Sa grâce, ne la me départir. 

Le troisième vers ayant une syllabe de'trop, 
Prompsault et Jannet-la Monnoye lisent: 

Sa grâce, ne me départir, 
et l’interprètent »ni se séparer de moi” (Prompsault). 
L’interprétation mot pour mot serait : ni me laisser 
partir hors de sa présence. Certes, le vers 
reconstitué de cette façon marque assez exactement 
la coquetterie de celle que Villon aimait ou préten¬ 
dait aimer, mais nous doutons fort que le poète sût 
écrit une phrase à membres si mal balancés que celle 
dont les éditeurs lui veulent donner la paternité. Ce 
doute en soi ne vaut rien; mais les règles élémen¬ 
taires de la critique nous défendent d’ôter du vers 
un mot comme la, dont on ne conçoit pas comment 
il y serait entré par hasard, et d’y laisser m e, qui 
soit comme dittographie de n e, soit par quelque autre 
distraction du scribe s’y pourrait fort bien être faufilé. 

Il faut donc lire certainement: 

Puisqu’el (le) ne me veult impartir 
Sa grâce, ne la départir. 

Mais alors le dernier vers cité feroit double emploi 
« avec le précédent, parce que jusqu’au dix septième 
siècle départir sa grâce a signifié: faire part 
de, donner sa grâce, ce qui est absolument la 
même chose qu’impartir sa grâce')? Nullement, 


') Impartir la grâce est fort peu usité dans le'langage poétique 
du XVe siècle ; c’est plutôt un terme de droit, du moins on le rencontre 
habituellement dans les lettres de rémission, p. e. „se notre grâce et misé¬ 
ricorde ne lui estoit sus ce impartieLongnon, Paris pendant la domi- 


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59 


car départir est un de ces mots à face de caméléon, 
si communs au XV e siècle, qui peuvent prendre toute 
sorte de significations et semblent avoir fait le déses¬ 
poir des commentateurs et des copistes. Nous mon¬ 
trerons en note le rôle divers et souvent mal com¬ 
pris que ce mot peut jouer chez un seul et même 
écrivain *), ici, nous nous contenterons de prouver 
que dans le langage littéraire du XV e siècle dépar¬ 
tir peut signifier aussi: ôter, enlever, retirer 
entièrement; p.e. Ch.d’Orléans,éd.d’Heric.1124. 

La mort départ ce qu’on tient à largessse. 


nation anglaise; p. 5 et ailleurs. Observons en passant que souvent dans 
les imprimés imparti et mi-parti sont confondus, p. e. Ane. Poés. 
IFr. IX 158. „S a n s que P amour soit imparti e.” Alain Char¬ 
tier éd. G. du Prè. 1529 f°. 196 a. „Si tost qu*amours est im¬ 
partie” (où quelques mss. donnent m y - p a r t i e), id. Complainte 
envoyée aux dames, ms. de la Haye T. 328 f°. 76. „D e bleu et de 
■blanc impart y” où partout il faut lire m i - p a r t i. Nous relevons 
ce détail pour montrer le soin minutieux qu’il faut y mettre avant de se 
prononcer sur la signification exacte d’un mot quelconque. 

*) p. e. dans Commines. En dehors de la signification ordinaire de 
distribuer, on trouve au. 1er livre (éd. Lengl. Dufresnoy I. 28): *et 
les départit” c-à-d. les sépara (comp. Chansons du XVe siècle éd. 
Gaston de Paris, p. 125. Q, u i noz amours si toustdesparty 
a.); au livre II. ch. 4: „quant le duc vit qu’il ne les pouvait dépar- 
t i r.” c-à-d. faire partir; 1. III c. 9 : „la mort qui d e s p a r t toutes 
choses et change toutes conclusions” ; enfin un passage fort intéressant, 
1. VI. c, 2: „il monstroit vouloir prendre le tout, sans rien laisser à ceste 
maison (la maison de Bourgogne) : et croy bien que s’il eust peu tout 
despartir et donner à son ayse , et de touspointzladestruire,qu’il 
l’eust faict.” Il est clair que le copiste n’a nullement compris ici le sens 
de despartir qui ne peut être autre chose qu’arracher, puis 
(ju’il a ajouté donner, le sens ordinaire, comme glose. Il est très cu¬ 
rieux que dans les édd. modernes, celle de Mlle Dupont II. 186 et de 
Ohantelauze, p. 432, on ait gardé la glose donner, qui détruit en- 
^renient le sens du passage. L’édit, de Chantelauze de Commines, sous 
rapport du texte ne nous semble pas marquer un progrès sur celle de 
AÆJle Dupont; comp. p. e. Chant, p. 428 et Dupont II. 181 etc. 



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Garencières, dans une ballade inédite (ms. de la 
Bibl. Nat. 19. 139 fr.). 

Viengne la mort qui me départira 
Les maulx amours que me faictes sentir. 

Et voilà comment le vers de Villon garde toute 
sa force et son harmonie pour exprimer les manèges 
de la coquette. Il y a plus; ces deux expressions: 
impartir la grâce et la départir ne sont pas 
les premières venues, c’est une vraie trouvaille de 
poète, qui veut élever sa maîtresse au rang de déesse, 
impartant sa grâce et miséricorde comme un roi, 
pouvant la départir aussi, hélas, comme la mort 
qui départ toute chose sans laisses d'espoir. 
Et l’image du poète se dessine devant nous avec son 
adoration excessive d’amoureux et son fonds brutal 
de dédain féroce pour la femme, qu’il laisse percer 
dans les vers précédents et suivants >). 

Il ne faut pas demander le sentiment de ces finesses 
du langage poétique aux copistes et aux glosateurs; 
le scribe du ms. que B avait devant les yeux ne com¬ 
prenant pas le sens de départir, a corrigé le vers 
de Villon de la façon suivante : 

Sa grâce, il me convient partir. 

C’est ce qu’on appelle du bathos. 

De même, il a eu maille à partir avec le 3 e vers 
du huitain VII : 

Comme mon pouvre sens tent (tient) dur ! 

Ce vers si énergique, mais difficile à comprendre 
par la forme insolite de tient, et qui devait en 


*) E. Zola en parlant d’un jeune homme de vingt-trois ans dit quelque 
part: „le dédain féroce qu’il avait de la femme, sous son air d’adoration 
amoureuse.” 


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61 

outre rimer sur le premier vers du huitain, mal 
divisé par B *), a été corrigé en : 

Gomment mon poure sens conçoit, 

un vers bien superflu et bien inepte. 

Comme on le voit, partout où la langue du poète 
offre quelque difficulté des déviations du texte sur¬ 
gissent, auxquelles il ne faut pas en vérité faire 
l’honneur de les considérer comme des leçons varian¬ 
tes , mais qu’il faut écarter simplement comme un 
remaniement arbitraire d’un texte plus ou moins 
correct que le scribe trouvait obscur»). 

On nous fera peut-être l’objection s ) que l’évidence 
absolue du fait de ces corrections intercalées dans 
le texte nous fait défaut, quand même on ne vou¬ 
drait pas nier, ce qui serait difficile, l’envahissement 
du texte par de petites gloses comme davitiques 
pour autentique etc. Nous croyons que tous les 
doutes se dissiperont par l’inspection du ms. de l’Arsenal 


l ) Comp. p. 65. 

*) Les autres gloses de B sont : P. T. XIII 6. ung larron pour 
le villain glose interprétative, qui a pris la place du texte, et qui 
nous indique comment de bonne heure, on cherchait déjà le sens de ce 
huitain assez obscur; P. T. XXVII. 4 secourir pour esclaure, 
remède arbitraire apporté au texte ; P. T. XXXVI. 6 reprendre pour 
respondre, mot archaïque, qui pourtant était encore en usage au 
milieu du XVe siècle, (Chroniques de Chastellain éd. Kervyn IV. p. 28. 
„Sans maison pour nous responre”, Froissart cod. Voss. 9. f°. 22 repus, 
parte, de repondre, f°. 84 reponné); XXXIX. 6. trouver pour 
finer. On peut prouver par d’autres exemples que vers la fin du XVe 
siècle finer=trouver tombait hors d’usage, ainsi dans la 61e desCt. 
£ïouv. Nouv. où le ms. de Glasgow et l’éd. de Vérard emploient f i n e r 
1 ’éd. Lenoir de 1600 lit. : trouver, etc. 

8 ) On me permettra de bien appuyer sur ce point cardinal pour la cri- 
£î<jue du texte de Villon, puisque le bibliophile Jacob, dans son édition 
définitive du poète (1877) a recueilli presque toutes ces corrections arbi- 
tx“sûres d’après le ms. de l’Arsenal. 



62 


où l’on verra les glosateurs prendre toutes leurs aises, 
mais en dehors de cela nous possédons la preuve 
objective de la présence de ces corrections anciennes 
dans le ms. Coislin où, dans un passage bien connu, 
les mots obscurs remplacés et ceux qui les rempla¬ 
cent , par un heureux hasard sont restés tous les deux. 

Le passage se trouve dans la célèbre ballade et 
oraison pour l’âme du bon feu maistre Jehan 
C otard. Le 3e huitain commence dans les éditions 
modernes : 

Comme ung viellart qui chancelle et trépigne 
L’ay veu souvent, quand il s’alloit coucher; 

Et une foys il se feit une bigne, 

Bien m’en souvient, à Testai d’ung boucher. 

Il manque quelque chose à ces vers ; ce n’est pas 
par faiblesse d’âge, que le bon maistre Cotard, digne 
émule de Noé et de Loth chancelle, mais bien pour 
avoir trop tâté du piot. Aussi Marot a-t-il changé le 
premier vers en : 

Comme homme embeu qui chancelle etc. ; 
mais un peu de réflexion nous apprend qu’il serait 
étrange de prendre comme degré de comparaison pour 
peindre l’état de l’ivrogne l’ivrognerie elle-même; 
donc il faut garder de toute nécessité le: comme 
homme vieil ou comme homme bon des mss. 
et édd. •) La faute est autre part; dans le ms. Coislin 
le 4« vers se lit: 

Bien m’en souvient, pour la pie juchier. 


*) La leçon de Jannet-la Monnoye ne repose sur aucune autorité, celle 
du ms. de TÂrsenal homme bon est la plus probable ; on sait que 
bon homme écait usité pour vieillard. 

Mon père et ma mère sy m’ont jpariée 
A un vieillart bon homme etc. 
dit la chanson du XVe siècle, Gaston Paris, p. 5. 


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63 

Cette expression juchier la pie ne se rencontre 
pas souvent ; aucun lexicographe, que je sache, ne 
l’a recueillie, on la retrouve pourtant quelquefois au 
XV e siècle, p. e., dans le mystère de Ste Barbe; >) 
les mendiants ayant reçu de l’argent de Ste Barbe 
disent entre eux: 

Allons deviser sur le coude 
Tout à coup et croquer la pie, 

Et quand sera juchée la pie 
Le demeurant aura conseil. 

c-à-d.: allons d’abord boire et quand nous avons vidé 
nos pots, nous pourrons délibérer sur ce qui reste 
à faire. 

Qui ne s’aperçoit pas que, dans la ballade, pour 
la pie juchier a étrangement perdu la place qui 
lui convenait et qu’il faut lire les vers de Villon de 
la manière suivante : 

Comme homme bon qui chancelle et trépigne 
L’ay veu souvent, pour la pie jouchier s ) , 

Et une foys il se feit une bigne 

Bien m’en souvient, à l’estai d’un bouchier. *) 

*) J’ai pris mes extraits de ce mystère inédit de la copie que La Ya- 
lière a fait faire an XVIIIe siècle Bibl. Nat. ms. fr. 24. 335—24.339. 
(comp. Petit de Julleville, Les Mystères Lvp. 479.) Les vers cités se 
trouvent 24.337. f°. 528. 

*) Cotgrave; joncher as jucher. 

8 )A l’estai d’un bouchier ne pent pas être une correction de 
pour la pie juchier; il manquerait à ce tableau de l’ivrogne titu¬ 
bant par la nuit dans les rues obscures du vieux Paris un trait caractéristi¬ 
que , s’il n’était pas fait mention des étaux qui garnissaient la voie publi¬ 
que; comp. dans l’Amant rendu cordelier en l’observance 
d’amours les vers suivants (cités d’après le ms. de la Haye T. 328. f°. 482) : 
Quant on va de nuyt par les rues 
Et l’en n’ose clarté porter 
Il se fault guider par les nues 
Qu’on voit au ciel courre et trocter 
Et les est aulx qu’on doit taster 
En tenant la main à l’esguet (à l’aguet). 


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Pour la pie juchier c-à-d. pour avoir juché 
la pie comme dans la chanson du XV« siècle. Gaston 
Paris, p. 86: 

Entrée je suis en grant torment 
Mon amy pour vous regarder. *) 

C’est ainsi que, presque dès l’apparition de ses 
poésies, on a tâché de corriger Villon et d’émonder 
ses locutions originales et pittoresques. Ici il reste 
encore des traces d’un manuscrit qui contenait à la 
fois le texte original et la glose, c’est une exception; 
mais cet exemple nous justifie amplement de recon¬ 
naître dans beaucoup de divergences des deux ma¬ 
nuscrits rien que des changements arbitraires d’un 
scribe, apportés dans son manuscrit à lui, sans que 
nous admettions pour cela une tradition différente du 
texte original qui s’y serait manifestée. 

Cependant il est impossible d’expliquer par cette 
supposition toutes les déviations de B du texte d’A. 
Il reste toujours quelques leçons variantes de B qui 
portent en soi plus d’autorité que celle que leur 
pourrait donner l’ignorance arbitraire d’un copiste 
quelconque. Ainsi P. T. XXII 5. Villon suivant A 
lègue au chevalier du guet et à ses sergents deux 
beaux rubiz; la leçon nous paraît parfaitement 
authentique, le contexte réclamant un legs ironique- 


Pour avec l’infinitif dn présent est une combinaison fort usitée an 
XVe siècle et essentiellement elliptique; voir une note de M, G. Paris 
dans scs Chansons du XVe s.p.69, «pour desployer unebource 
de s o v e” signifie, dans ce passage : si seulement il aurait 
fallu desployer une bource. On trouve les exemples de cette locu¬ 
tion dans les oeuvres littéraires non moins que dans les chansons popu¬ 
laires, ainsi Ct. Nouv. Nuuv. n°. 34: je neme pourroye lever 
pour mourir;” c-à-d. dusséje subir la peine de mort; id. 
n°. 79: „pour y mettre;” c-à-d. même en y mettant. 


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65 


ment charitable qui les éclaire par la nuit noire, 
(»le ruby reluit en ténèbres comme ung 
charbon ardant”») pourtant B parle de leur 
beau riblis qu’il leur laisse et le ms. Coislin,qui 
nous offre une tradition distincte du texte, est d’accord 
avec lui sur ce point : 

Je leur laisse ung beau riblis. 

c-à-d. je leur donnerai d’après leur souhait une bonne 
échauffourrée, car, comme dit un poème du temps: 

Prévost, sergens souhaident noise ’). 

On pourrait alléguer encore un ou deux exemples *), 
douteux il est vrai, mais la preuve la plus concluante 
que B (ou le ms. dont il dérive) a été l’objet d’une 
révision ou d’une comparaison partielle d’après un 
ms. qui n’appartient pas à la famille d’A., c’est la 
présence d’un huitain, le XXIII e des éditions moder¬ 
nes, que l’on ne retrouve que dans le ms. Coislin. 
A. la rigueur on pourrait avancer que ce passage a 
été omis en A par l’inattention d’un copiste, comme 
l’on trouve des omissions dans tous les mss. ; mais 
alors il semble bien étrange que ni le ms. de l’Ar¬ 
senal , ni l’édition de 1489 nous l’ont conservé ; le plus 
sûr, croyons nous, c’est de tenir et la variante 
riblis et le huitain XXIII pour transportés d’un 

x ) Commentaire sur les esches d’amours. Bibl. de la Haye. ms. franç. 
u*. 741. f». 364. 

*) Ms. de Stockholm n°. 53 franç. f°. 143, 

*) P. T. XVIII. 8, À lit: Ne son amy trop surquerir, B avec 
le ms. de l’Arsenal donne reqerir au lieu de surquerir. Cette 
concordance ne signifie rien, les deux mss. appartenant à la même famille ; 
mAàs les éditions du commencement du XVIe siècle, celle de Nyverd et de 
ÛAXiot du Pré, où l’on trouve quelquefois des corrections d’après les mss. 
0flkr«nt la même variante, ce qui donne une valeur relativement plus 
considérable au changement apporté dans le texte par B. 

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06 


autre ms., le fait de telles corrections et de tels 
suppléments importés n’ayant rien d’insolite, comme 
nous le prouverons plus tard. 

Ce serait ici le lieu de parler du différent ordre 
de succession des huitains du P. T. en B. et de 
l’omission d’un seul, le XXIX e . 

Mais la discussion du problème s’il serait possible 
d’inventer quelque combinaison qui rapprochât les 
deux mss. A. et B. sous ce rapport, nous semble 
souverainement stérile. Aussi nous contenterons-nous 
de donner un tableau exact de la succession des 
huitains dans A, B et le ms. de l’Arsenal en regard 
de l’ordre suivi dans les éditions modernes d’après 
les anciens imprimés. Les quelques observations utiles 
ressortant de cette comparaison trouveront leur place 
dans le dernier chapitre de cette introduction où 
nous traiterons l’histoire du texte de Villon. 

Ici nous exprimerons seulement notre conviction 
que le manque de concordance entre les séries des 
huitains dans les différents manuscrits n’est nullement 
le résultat d’une tradition orale qui aurait exercé son 
influence sur le texte '), mais qu’il provient de l’état 
des manuscrits copiés l’un sur l’autre, en bien plus 
grand nombre que l’on ne soupçonne ordinairement. 

En résumé, Le ms. B, sans avoir gardé les 
traces de l’orthographe du ms. original, appartient 
pourtant à la famille d’A, qui nous représente le 
mieux l’état du ms. principal de Villon ; le texte 
que B donne a subi des remaniements de deux 
sortes, l’une par les corrections individuelles d’un 


J ) Comme on l’a admis ponr des poésies analogues à celles de Villon, 
p. e. les Congés de Jean Bodel, comp, M. G. Baynaud , Romania , 1880, 
IX. p. 225. 


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scribe, l’autre (en bien moindre partie) par la com¬ 
paraison et les additions d’un ms. d’une famille 
distincte. 


IV. 

En 1866, le bibliophile Jacob, M. Paul Lacroix, 
publia un nouveau texte des deux Testaments de Vil-- 
Ion '), d’après un manuscrit de la Bibliothèque de l’Ar¬ 
senal, porté sous le titre d’Anciennes Poésies du . 
XV e siècle, n°. 316, Belles Lettres Françoises. De 
la description que le bibliophile donne de ce manus¬ 
crit, il ressort que c’est un recueil de poésies analogue 
à celui qui comprend le texte du Petit Testament A. 

En effet parmi les trente-deux pièces qui le compo¬ 
sent, on trouve quelques-unes des oeuvres d’Alain 
Chartier, l’Amant rendu cordelier de l’Ob¬ 
servance d’Amour s de Martial d’Auvergne, 
l’Epitaphe de Charles VII de Simon Greban 
etc. Quant au texte des deux Testaments le biblio¬ 
phile dans la notice critique précédant la publica¬ 
tion , le proclame à diverses reprises le «véritable 
texte de Villon quoique défiguré par des erreurs de 
scribe”*); ce texte se rapproche, selon lui, sou¬ 
vent de celui que Clément Marot a fait 


l ) Les deux Testaments de Villon, suivis du Bancquet du Boys. Nou¬ 
veaux textes publiés d’après un manuscrit inconnu jusqu’à ce jour et 
précédés d’une notice critique par Paul L. (acroix) Jacob, bibliophile. 
Paris Académie des Bibliophiles, Décembre 1866. 

*) „Un texte”, dit le bibliophile ailleurs dans sa préface, „qui ne 
laisserait peut-être rien à désirer, si quelques mots n’avaient été comme 
étouffés sous les abréviations de l’écriture, et ce texte, répétous-le, doit 
être à peu près conforme à l’original.” 

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68 


* 


imprimer; tandis que le manuscrit entier est 
incontestablement antérieur aux premi¬ 
ères éditions gothiques'). 

Examinons rapidement ces trois assertions, qui, 
si elles se trouvaient fondées, mettraient le ms. de 
l’Arsenal en tête des autres. 

La conformité de C, — c’est ainsi que nous appel¬ 
lerons dorénavant le ms. de l’Arsenal — avec le ms. 
dont Marot se serait servi pour corriger les anciennes 
éditions de Villon, est une simple question de sta¬ 
tistique. Or, ayant fait un tableau aussi complet 
que possible où toutes les variantes des mss. et 
éditions anciennes de Villon sont groupées et distri¬ 
buées , nous pouvons affirmer, sans craindre aucune 
contradiction, que pour le Petit Testament il n’y a 
pas de passage où l’on trouve sans équivoque le texte 
de C seul d’accord avec celui de Marot, à l’exclusion 
des autres mss. et édd. 

Pour le Grand-Testament la proportion semble bien 
plus favorable *) ; on pourrait alléguer une quarantaine 
d’exemples où il y a concordance exclusive entre C 


*) MM. de Montaiglon et de Rothschild en réimprimant dans le Xe 
volume des Anciennes Poésies Franç. pp. 193—222 le Banquet du 
Boys se sont élévés contre cette dernière assertion et ont tâché de 
prouver, qu’au moins pour la pièce intitulée le Banquet du Boys, 
le texte que le ms. d’Arsenal offre, n’est que la copie d’une édition im¬ 
primée. Quoique nous croyions également que le ms. ne peut dater que de 
la fin du siècle, l’argumentation des deux savants ne nous parait nulle¬ 
ment concluante, et à notre avis, ils auraient bien fait de ne pas négliger 
les leçons du ms. de l’Arsenal. De cette manière ils auraient évité des 
erreurs manifestes, qui à présent défigurent leur texte. 

*) Nous avons laissé hors de ce compte les variantes données par 
le ms. de Stockholm, d’abord parce qu’il n'était pas connu du temps que 
le bibliophile écrivait sa notice, et en second lieu parce qu’il nous semble 
dériver d’une même source que C. 

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69 


et Marot; cependant ce chiffre perd toute sa valeur, 
quand on le compare au nombre des passages où 
Marot est d’accord avec le ms. Coislin, mais surtout 
quand on voit qu’il le faut décupler pour atteindre 
le nombre des vers où C et Marot diffèrent. Pour 
ces raisons, nous croyons pouvoir affirmer que c’est 
un fait solidement établi qu’il n’existe nulle relation 
intime entre C et le ms. que Marot aurait utilisé. 

Les autres suppositions émises par le bibliophile 
tombent' 1 de même. 

Loin d’être le premier en date des manuscrits de 
Villon, non seulement C vient en toute certitude 
après les mss. A et B, mais probablement est le 
contemporain des premières éditions. Nous pouvons 
en apporter la preuve rigoureuse. 

G. T. CXVI. vs. 1, 2. Villon dit: 

Item vueil que le jeune Merle 
Désormais gouverne mon change. 

M. Longnon, dans son Etude Biographique sur 
Villon p. 117, a identifié le jeune Merle avec 
»sire Jehan de Merle, changeur, bourgeois de Paris”; 
nous avons rencontré ce même nom dans les comptes 
de Charles d’Orléans '), et la pointe du huitain nous 
semble consister en ceci, que tout en instituant 
Jehan de Merle, le banquier des grands seigneurs 
pour son changeur à lui, le bohème sans le sou, 
le poète le taquine sur ses dispositions amoureuses 
qui ne conviennent plus à son âge. 

Dans quelques éditions du XVI e siècle (Nyverd, 


l ) Ms. de la Bibl. Nat. 2159. Pièces originales, Orléans, pièce 663 
Avril 1456 : „ Jehan de Marie et Jehan Damian bourgeois et changeurs 
de Paris.” 


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70 


Galiot du Pré) le jeune Merle a été changé en 
»le comte Merle”, grand seigneur bien connu de la 
fin du XV e siècle qui n’a rien à voir ici ; C de son 
côté le nomme Germain de Merle. M. Longnon 
a aussi retrouvé ce personnage dans des actes de 
1461 et 1470, mais seulement avec la qualification de 
«marchant, bourgeois de Paris” ; nous croyons avoir 
été plus heureux en découvrant la raison pourquoi 
dans le passage cité on a spécialement fait men¬ 
tion de Germain de Merle; en effet bous ap¬ 
prenons d’après une notice de la Chronique dite 
Scandaleuse qu’au 23 décembre 1475 le roi Louis 
XI mit et établit quatre nouveaux généraux-maîtres 
des monnaies, entre lesquels Sire Germain de Merle <), 
et il nous semble hors de doute que la leçon va¬ 
riante de C fait allusion à la nouvelle qualifica¬ 
tion de ce personnage, qui, auparavant, n’aurait 
su trouver sa place dans des vers de Villon où 
il est question de monnaies*). De cette façon la 
copie n’aurait pu être écrite que vers la fin du règne 
de Louis, mais nous inclinons à la croire encore 
plus jeune, parce que le nom du jeune Merle 
n’est pas le seul qui a été remplacé. Au G. T. VII. 


l ) Collect. de Mémoires ed. Petitot XIV. 29. 

*j Le remplacement de noms de personnes inconnues ou vieillis par des 
noms plus connus ou plus populaires est un fait ordinaire dans les mss. 
et les anciennes édd. Le plus célèbre exemple certes est celui de Louis 
XI qui, grâce à la supercherie d’un libraire, a eu les honneurs de la 
paternité des Cent Nouvelles Nouvelles. Wright dans son édition d’après 
le ms. de Glasgow l’a déjà amplement prouvé, mais il n’a pas réussi à 
déraciner une opinion et un préjugé populaires. Nons espérons bientôt 
pouvoir publier un travail, dans lequel nous montrerons quel est le véri¬ 
table auteur des Cent Nouvelles et dans quel milieu, ou plutôt dans quels 
milieux, ce recueil de contes est né. 


( 


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71 


8. le poète commence son remercîment au roi en 
ccs termes : 


Loué soit il (le filz de Dieu), et Nostre Dame, 

Et Loys, le bon roy de France. 

i Le scribe du ms. C ayant écrit le nom du roi, 
1 a effacé plus tard et mis à sa place celui de C h a r- 
les. L e bibliophile Jacob, dans cette substitution 
duri roi à un autre, voit un précieux indice de 
1 existence d’une tradition reconnaissant le roi Char¬ 
les vil 


dure 


comme celui qui avait délivré Villon de la 
prison de Meung. Mais, tout bien considéré, 
la Se ule conséquence qu’on puisse tirer de la substi- 
tution de noms c’est que le copiste vivait sous le 
re gne de Charles VIII. 

Le ms. C. est donc probablement de dix ans ou 
Plus postérieur à B, mais néanmoins il a mieux 
gardé, comme nous l’avons montré plus haut, les 
toaces de l’orthographe du ms. original. D’un autre 
Coté il indique un pas grave en avant sur la route 
de la détérioration du texte par les gloses arbitraires 
et les vers nouveaux ajoutés. 

Cependant même sous cette couche alluviale on 
peut reconnaître la parenté qui unit C à B et leur 
commune provenance d’un ms. qui a servi aussi 
d’original à A. ') 

Ce ms. original dont A est une copie pleine de 
fautes, mais pourtant assez fidèle a donné lieu , sem- 


l ) Nous avons prouvé par P. T. XVI. 1. que B. ne peut pas dériver 
de la copie A. C., tout aussi bien que B en est indépendant, comme on 
\e voit par P. T. II. 3 où A porte : 

Que les loups vivent de vent 
tandis que B et C donnent la vraie leçon. 

Que les loups se vivent (du) de vent. 


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72 


ble-t-il, à de nombreux descendants ; c’est d’un de 
ceux-ci qui possédait déjà un commencement de 
gloses et de corrections que dérivent, indépendam¬ 
ment l’un de l’autre, B et C. >) 

Tous les dèux donnent: P. T. VI. 5. il me con¬ 
vient partir, P. T. VII. 1, 3. Combien que 
le départ me soit et Comme(nt) mon poure 
sens conçoit, vers refaits dont nous avons parlé 
précédemment. C cependant ne se contente pas de 
cette escapade, mais offre une version originale des 
vers suivants. A et B portent (je laisse de côté 
quelques variantes insignifiantes) : 

Autre que moi est en queloingne, 

Dont oncques soret de Bouloingne 
Ne fut plus altéré d’umeur. 

Les éditeurs modernes depuis l’abbé Prompsault 
jusqu’à M. Moland n’ont pas compris toute la gamme 
de sentiments ni leur expression violemment heurtée 
que Villon a mises dans ce huitain*); disons le mot, 
ils n’ont nullement compris le génie du poète, qui 
aime à dérouter ses auditeurs (et qui y a singulière¬ 
ment réussi) en soulignant ses vers pathétiques d’un 
sarcasme grossier, — que l’on croit en route pour les 
régions de l’idéal ou du sentimentalisme chevaleres¬ 
que et qui brusquement se retourne, lance un mot 


*) Un ou deux huitaine du P. T. qui offraient de grandes obscurités 
ont été déjà corrigés dans ce ms. mère de B et C d’après une tradition 
commune aussi au ms. Coislin et aux anc. édd. ; comp. les var. de P. T. 
XX. 6 et S. Dans ce huitain pourtant qni a de fort bonne heure subi les 
corrections des glosateurs, l’origine distincte d’A, B et C apparaît encore 
clairement sons les défigurations qu’a reçues le vers 3 de ce huitain. Plus 
loin nous essayerons d’expliquer ces divers feits. 

*) Comp. Longnon, p. 69. note. 


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73 


obscène ou burlesque et part en riant. Dans le pas¬ 
sage cité plus haut il a voulu marquer la sensa¬ 
tion de soif qui l’a prise après s’être vu trahi. Il 
aime à se nommer sec et noir comme esco- 
villon (P. T. XL. 4.) et ce n’est pas à nous de 
détailler tous les sentiments et toutes les idées qui 
se rapportent à cette soif que le poète ressent; il 
nous suffit pour éclairer le passage d’indiquer la façon 
identique dont Rabelais s’exprime : «Mais le paouvre 
Panurge en beut vaillamment, car il estoyt eximé 
comme ung haran soret”. (Livre II. C. XIV.) ') 

Que nous offre C en échange de cet amant desséché 
de chagrin et de jalousie, assoiffé de vengeance, qui 
se sent les tempes battre et la gorge brûler et qui 
vrai gamin de Paris se blague lui-même en se com¬ 
parant à un hareng-saur de Boulogne? C lit: 

Autre que moy est en quelongne , 

Qui plus billon et plus or songne, 

Plus jeune 2 ) et mieulx garny (Tumeur. 

Comme nous voilà loin de Villon ! Mais m’objectera- 
t-on ces vers comme les autres vers refaits dont C 
abonde peuvent appartenir à une seconde rédaction 
du poète. Examinons donc cette question systémati¬ 
quement et sans parti pris. 

D’abord, un groupe de variantes de C sont de 
simples gloses d’expressions vieillies que te scribe ne 
comprenait plus et qu’il a souvent fort maladroite¬ 
ment remplacées. Dans cette catégorie rentrent: P. T. 

4 où A et B lisent : 


) Ane. Poés. Franç. II. 3î8 il est parlé de Saint Harenc: „raaU 
ien souvent vouloit il boire”; ibid. Y. 113. oir parle du „bon h&ren sor 
• Boulongne.” 

) La qualification de „plu8 jeune” est au moins étrange ; à cette épo¬ 
que là YiUon avait environ 25 ans. 


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n 


.... On nom du Père 
... Et de la glorieuse mère 
Par qui grâce riens ne périt ; 

c-à-d. »par la grâce de laquelle rien n.p.”'); 
C ne comprenant plus cette locution démodée donne : 

Par qui grâce point ne périt. 

P. T. XVI. 1: pour assigner la vie, ce qui 
est le vrai terme *) , C donne : pour asseurer 
la vie; P. T. XXXVI. 5, où C. de même que B 
lit reprendre pour respondre*); etc. 

On trouve ensuite une autre espèce de changements 
introduits dans le texte de C et qu’il a de commun 
avec beaucoup d’éditions revues et corrigées de la 
fin du XV e siècle, je veux dire les expurgations 
morales. 

Tout le monde se rappelle le petit tableau noir, 
mais bien vivant suspendu par Villon dans un des 
coins de sa galerie du Grand Testament, où il a 
rassemblé quelques pauvres vieilles femmes autour 
d’un petit feu de chènevottes regrettant entre elles 
le bon temps perdu, et demandant raison à Dieu, 


*) Cette expression habituelle à la première moitié du XVe siècle 
(p. e. cod. Yoss. 9. des Chroniques de Froissart de la Biblioth. de 
Leide f°. XXXVIII: „le conte de Hainault par qui conseil ils 
ouvroient ,*’ dans l’édit, originale cette parenthèse manque, éd. Luce I. p. 
129) se retrouve dans les chroniques de Chastellain, le contemporain de 
Villon, éd. Kervyn, V. 338 „par qui mai n”, et ailleurs. 

2 ) Comp. Ct. Nouv. Nouv. n°. 2: „qu’il luy baille et assigne, ainsique 
à son estât appartient, sa vie honnorablement.” Farce du nouveau Marié 
(Ane. Th. Franç. éd. Jannet. I. p. 18. „Ma vie seroit bien assignée.” 
Comp. aussi les ordonnances sur le faict des rachapts des rentes de la 
ville et faulsbourgs de Paris, faictes par le Boy Charles Vile Pan 1441. 

*) Voir p. 


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75 


pourquoi leur jeunesse s’est si tôt passée ; et notre 
poète narguant et la Providence et les pauvres 
sottes fait la réflexion suivante : 

Notre seigneur se taist tout coy, 

Car, au tencer, il le perdroit. G. T. XLVI. 7. 8. 

L’édition de 1489 recule devant ce blasphème et 
donne naïvement: 

Tout le monde s’en taist tout coy, 

Car, au tencer, o n le perdroit. 

On voit par là que le ton plus libre, qui régnait 
dans les cercles où circulaient les manuscrits n’était 
plus de mise devant le cercle bien plus élargi de lec¬ 
teurs que trouvaient les livres imprimés, ou encore 
et plutôt le public qui goûtait les productions lit¬ 
téraires , s’était transformé durant la seconde moitié 
du siècle. Au lieu de la chevalerie brillante et railleuse 
dont l’esprit s’était frotté dans toutes les cours de 
l’Europe, la grave bourgeoisie commençait à lever la 
tête et tâchait de se dégourdir le cerveau ; elle aimait 
la gaudriole, elle aimait encore, beaucoup même, 
l’obscénité grossière ; mais sur les choses divines, elle 
n’entendait point raillerie, et les libraires ou les scri¬ 
bes guettant le ton de la société adoucissaient les 
expressions trop fortes, expurgeaient et effaçaient '). 


l ) Les exemples abondent. Nous les priserons dans un seul livre po¬ 
pulaire , les Cent Nouv. Nouv., pour montrer que bien vraiment un système 
préside à ces remaniements du texte. Nouv. XXIII (p. 98. de l’éd. Garnier 
1863) le ms. de Glasgow : „D i e u s c e tl'éd. Vérard et l’éd. Lenoir 
de 1600: „assez.”; Nouv. XXVI. (p. 116) ms.: mais à deable 
Gérard s’il parla onrques deBraban t.” V. et L. : „m a i s 
au regard de Girard” etc.; Nouv. XXVII. (p. 129) ms.: (il est 
question du mari) „comme ung chie n”, V. et L. : „c o m me c e 11 u y,” 
(bien curieuse cette variante-là!); Nouv. XLII. (p. 203)ms.; „par mon 
c r é a t e u r”, V. et L. : p a r mon serment”; Nouv. XLVII (p. 224) 


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76 


L’édition de 4489 nous le prouve. Le ms. C omet le 
huitain cité, mais son copiste donne dans le même cou¬ 
rant d’idées, P. T. XY. 3 où il change la leçon reçue: 

Car le Saint Esprit l’admonneste, 

en 

Charité m’y admonneste. 

La charité voilà ce qu’on pourrait encore tolérer, 
pour le Saint-Esprit c’est autre chose. Et peut-on 
douter lequel de ces deux vers est l’original ! 

Ceci soit dit pour les gloses proprement dites ; quant 
aux autres passages leur insipidité complète trahit 
clairement la main d’un copiste comblant la lacune 
d’un vers effacé ou mal compris par le premier 
assemblage de mots venu qui lui passât par la tête *). 


ms * : „s i s’advisa, comme Dieu le vonlt, ou comme for- 
tnne le consentit”; V.: n si s 1 advisa, comme j’espère que 
Dieu le voulut ou que fortune etc. L. omet ce passage ; 
Nouv. L XXXVIII (p. 369) ms. : „v r a y Dieu de Paradis” V. et 
L. omettent cette exclamation; Nouv. LXXXIX (p. 372) ms.: ^devant 
l’aultier”, V. et L. „en son prosne (?)”. Nouv. XCVI (p. 390) 
ms. :„Et de ce siècle tout droit au paradis des chiens 
alla”. V. et L. omettent ce passage, etc. etc. 

*) Comp. G. T. XIX. 4 ss. Un passage qui offre plus d’intérêt est celui 
du P. T. XXXIX. 7.. où C remplace la leçon d’A : „Si m’endormy 
tout enmouftlé” par „C’estoit assez tartevelé”, c-à-d.: Il 
fallait finir, c’est assez blagué, uri vers dont le sens n’est 
pas celui que le contexte réclame % mais qui est né par la nécessité de 
remplir un vide causé par l’usure du dernier feuillet du volume. Tarte- 
v e 1 e r, inconnu, que je sache, aux lexiques et aux lexicographes est un 
de ces mots bizarres introduits dans le langage littéraire par le goût per¬ 
verti de la fin du XVe siècle. Je ne l’ai rencontré qu’une seule fois au 
cours de mes lectures dans le mystère de St. Genis (ms. fr. Bibl. Nat 
n°. 12637, une copie de régisseur de la fin du XVe ou du commencement 
du XVIe siècle. Comp. aussi Petit de Julie ville, les Mystères. II. p. 620). 
Un des mimes ‘ qui joue d’un instrument dont la corde se casse, dit à 
ses compagnons : 


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77 


En dehors de ce remaniement complet du texte 
que le ms. C a subi, on y trouve, comme dans B, 
des corrections introduites soit d’après d’autres mss., 
soit d’après les imprimés, ce qui peut paraître in¬ 
vraisemblable seulement à celui, qui ignore combien 
longtemps les mss. et les éditions imprimées, se sont 
côtoyés pour ainsi dire dans l’usage. 

Ces corrections ne semblent pas puisées à la même 
source que celle d’où B les a tirées ; du moins, pour 
prendre un fait bien caractérisé, C ne donne pas P. 
T. XIII. 8. assommer pour estrangler, leçon 
étrange commune à B et au ms. Coislin. '). D’autre 
part P. T. XVIII. 7. seuls C et les imprimés don¬ 
nent la leçon fautive: 

On ne doit trop prendre des siens. 

qui est une correction malhabile du vers tronqué : 

On ne doit prendre des siens. 

Mais je n’ai pas l’intention de me perdre plus en 
avant dans le dédale des conséquences que l’on 
pourrait tirer des corrections apportées postérieure¬ 
ment au texte. Pour reconstruire avec quelque auto- 


Je voudroy que fuissies à naistre, 

9 Trestous par vostre janglerie, 

Par vostre tartavellerie 
Mon instrument est indiscort. 

Evidemment tarteveler a le même sens que j a n g 1 e r. Nous re 
parlerons amplement de ce verbe parent de Tartufe à propos de l’his- 
toire de ce dernier mot que nous avons retrouvé dans les langues secrètes 
du XVe siècle. 

x ) Le huitain XX, dans lequel B. et le ms. Coislin substituent r i b 1 i s 
à la leçon : rubis d’A et de l’éd de 1489, manque malheureusement 
dans C. 


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78 


rité l’histoire en détail des manuscrits de Villon, 
il en faudrait posséder un nombre plus considé¬ 
rable , plus en rapport du moins avec celui qui en 
semble avoir existé. Contentons-nous des grandes 
lignes de l’histoire schématique, si cette expression 
est permise. 

Nous faisons suivre le tableau de l’ordre de suc¬ 
cession des huitains du P. T. dans les mss. A, B et 
C en regard de l’ordre habituel observé dans lçs 
éditions modernes qui sous ce rapport marchent en¬ 
core sur les traces de l’édition de 1489. 


éd. Jannet. 

A. 

B. 

c. 

Remarques. 

I—III 

I—III 

I—III 

I—III 


(IV—IX) 

IV—IX 

IV—IX 

IV-IX 

A, B et C donnent 
seuls ces six hui¬ 

X, XI 

X, XI 

X, XI 

X, XI 

tains. 

XII 

XV 

XII 

XII 


XIII 

XXII 

XXI 

XVIII 


XIV 

XII 

XIV 

XXX 


XV 

XIII 

XV 

XXXI 


XVI 

XIV 

XVI 

XXXII 


XVII 

XVI 

XIII 

XIII 

' 

XVIII, XIX 

XVII, XVIII 

XVII, XVIII 

XIV, XV 


XX, XXI 

XX, XXI 

XIX, XX 

XVI, XVII 

XXII 

(XXIII) 

XIX 

XXVII 

XXXII 


Ce huitain man¬ 
que dans C. 
Seuls B et le m& 
Coislin donnent 

XXIV 

XXIII 

XXII 

XIX 

ce huitain, 


\ 


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79 


éd. Jannet. 

A. 

B. 

C. Remarques. 

XXV, XXVI 

XXIV, XXV 

XXV, XXVI 

XX, XXI 

XXVII,XXVIII XXVI, XXVII 

XXIII, XXIV 

XXII, XXIII 

XXIX 

XXVIII 


XXIV Ce huitain man¬ 




que dans B. 

XXX 

XXIX , 

XXXIII 

XXV 

XXXI, XXXII 

XXX, XXXI 

XXVIII, XXIX 

XXVI, XXVII 

XXXIII 

XXXII 

XXXI 

XXVIII 

XXXIV 

XXXIII 

XXX 

XXIX 

XXXV—XL 

XXXIV-XXXIX 

XXXIV-XXXIX 

XXXIII-XXXVIII A, B et C donnent 


seuls les huitains 
XXXVI* XXXIX 


(ed. Jannet). 


v. 

Le quatrième manuscrit dont il nous faut parler 
a présent, est un in 4° sur papier inscrit au n°. 20- 
044 des mss. franç. de la Bibliothèque Nationale (n*. 
1662 du fonds Saint-Germain) ; il prévient de la bi¬ 
bliothèque du duc de Coislin, qui le légua à l’abbaye 
Saint-Germain-des-Prés. ■) Ce volume contient : 1°. le 
rommant de Melusine (le rommant de Parthe- 
n fy) i 2\ l’Epitaphe de Villon (Jannet p. 101), 
3- le Petit Testament Villon, 4°. l’Appel 
dudit Villon (Jann. p. 104), 5°. Le grant tes¬ 
tament Villon (grant est uhe correction ajoutée 
Plus tard), 6°. Espitre (Jann. p. 111), 7°. Pro- 
lème (Jann. p. 120) puis finit sur les mots sui- 

*) Cï ®paux, Villon, p. 368 . 


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80 


vants: Explicit le testament maistre fran- 
coys Villon. 

Il est, croyons nous, impossible de fixer même 
approximativement la date de ce manuscrit ; on pour¬ 
rait le mettre tout aussi bien au commencement du 
XVI e siècle, qu’à la fin du XV e ; en tout cas D — 
ainsi nous nommerons désormais le ms. Coislin — 
ne nous semble pas antérieur aux premières éditions 
imprimées de Villon. C’est l’impression générale, ré¬ 
sultant de la lecture attentive du ms., qui nous fait 
émettre cette dernière opinion, mais cette impression 
est corroborée par quelques petits détails de versifi¬ 
cation , auxquels en l’absence d’autres témoignages 
il faut bien attacher de l’importance. 

Ainsi nous remarquons déjà dans l’édition de 1489 
la tendance de ne plus laisser aux terminaisons oient 
de l’imparfait et du subjonctif et à aient leur valeur 
de deux syllabes, mais de les compter pour une, 
contrairement à l’habitude constante de Villon et de 
l’école littéraire à laquelle il appartient. ') 

On voit que pour le copiste de D aussi ces syl¬ 
labes féminines 1 ), comme on les appelait au 

l ) Voir Quicherat. Traité de versif. p. 434. Tobler. Vom franz. Yersbau. 
p. 35. Mais on verra par les passages que nous citerons de Villon, com¬ 
bien il est nécessaire de soumettre d’abord les vers cités en exemple à 
une critique minutieuse, puis de distinguer les écoles littéraires et les 
périodes du XVe siècle. L’éd. de 1489 refait G. T. IV. 8 de la façon sui¬ 
vante : Tous ses faictz soient à Dieu remis, (soient 
monos) il faut lire: Quoy qu’il m * a i s t fait à Dieu remis; 
G, T. XXIX. 7, aient monos., G. T. CIII. 5. estoient de deux 
syllabes (en ôtant de ce vers e t, d’après les mss., on rétablira la me¬ 
sure). Ballade des femmes de Paris vs. 13, soient monos. (au lieu de 
Normandes il faut lire Grecques) etc. On pourrait faire les mêmes 
observations à propos des éditions et des mss. d’Alain Chartier. 

*) Voir L’art et rhétoriqae de faire rimes de Henry deCroy,éd. Vérard. 
1493. (réimpr. dans Poésies des XVe et XVIe siècles. Paris, Silvestre 


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81 


XV® siècle, n’ont pas de résonnance; il com¬ 
mence à glisser de petites corrections dans le texte 
ou d’interpoler des pronoms personnels superflus pour 
remettre le vers sur ses pieds, à ce qu’il croit. Par 
exemple, P. T. XXV. 7. D. lit: 

J’ordonne qu’ils seront pourveuz ; 

au lieu de: qu’ilz soient, et G. T. XXIX. 7.: 

Respit ilz aient en paradis; 

au lieu de: Respit aient. 

Que ceci suffise pour montrer que D n’est pas un 
manuscrit relativement ancien ; heureusement nous 
pourrons déterminer avec plus de précision sa phy¬ 
sionomie à lui et la place que son texte prend dans 
la série des mss. de Villon. Mais auparavant il faut 
encore faire une observation sur l’extérieur de D. 
On remarque quelques corrections , pas trop fréquen¬ 
tes cependant, ajoutées dans le corps du texte par 
une main postérieure ; quelquefois même on a gratté 
le passage d’une telle façon, qu’il ne reste plus de 
trace de la leçon originale. Quelle valeur faut il at¬ 
tribuer à ces corrections ? 

P. T. II. 6, D porte : 

Me vint vouloir de briser. 

Il manque une syllabe à ce vers; on a ajouté en 


1830—1832). On n’a pas encore remarqué, à ce que ie crois, que cette 
édition Croy-Vérard est un nouveau cas de la supercherie littérairef si 
commune au XYe siècle. En effet cette rhétorique n’est pas du tout 
l’oeuvre de de Croy, mais bien de Molinet, comme il sera évident pour 
quiconque se voudra donner la peine de comparer l’art de rheto- 
ricq ne, faisant partie du recueil ms. franç. Bibl. Nat. 2375 f°. 14 ss., 
avec le texte imprimé. 

6 


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82 

marge pour cette raison: Y, apparemment pour il: 
il me vint vouloir etc. La correction n’a aucune 
autorité, il faut lire avec A: Me vint ung vou¬ 
loir etc. 1 ) 

P. T. XV. 8, D lit avec les autres : 

Qu’on lui baille l’Art de mémoire ; 

plus tard on a effacé mémoire et mis à sa place 
gramoire, correction stupide s’il en fût, parce 
qu’elle ôte tout le sel comique au passage du poète, 
qui veut donner à entendre que Robert Vallée (auquel 
il lègue l’art de mémoire) est un niais et un 

*) Pour ne pas interrompre à tout propos mon argumentation, je prou¬ 
verai mon dire en note. Le vers boiteux que D nous offre est intéressant 
pour sa lacune même. Il nous représente fidèlement l'état du ms. d'où non 
seulement D mais aussi les anciennes éditions dérivent qui lisent toutes: 
Me vint voulenté au lieu de vouloir pour suppléer au manque 
d'une syllabe. Ce n’est certainement pas voulenté qu’il faut ici, vôu- 
lenté et vouloir ayant des significations différentes assez bien définies 
chez les poètes du XYe siècle: Ch. d’Orléans I. 27. En mê donnant 
de mes vouloirs partie; vouloir = désir, souhait ; ms. B. N. 
1727. fr. f°. 96. En ce vouloir ferav ma destinée; vouloir = 
aspiration, pensée qui occupe toute l'attention ; il faut comparer le passage 
du Petit Test, avec les vers suivants d’Alain Chartier, dont Villon a beau¬ 
coup imité et parodié la phraséologie, L'ospital d’Amours (ed. G. du Pré, 
1529. p. 271) : 

En ce seul vouloir de mourir 
Je passay toute la nuytie. 

Evidemment, si l’on veut bien se pénétrer du sens que Villon a mis 
dans le second huitain la leçon d'A est la seule vraie ; n’est ce pas que 
le poète veut dire : Au milieu de l’hiver, lorsque tout nous contraint à 
rester auprès du feu, il me vint soudain une pensée, un désir irrésistible 
de quitter tout ? 

La leçon de B et C : le vouloir me semble d’un effet bien plus 
faible. Il est probable que dans le ms. original il y avait 1 vouloir, 
et que cet article figuré par un chiffre a été mal compris. 




83 


vantard qui promet monts et vaux, mais oublie 
de tenir ses promesses. ') 

Grand Test. XXV. 8, D offre la même leçon que 
les mss: 

Car la dance vient de la pânce, 

puis une autre main a corrigé; 

Car de la pance vient la dance. 

La variante n’est pas d’un grand intérêt, néanmoins 
il in».porte de remarquer, qu’elle est fautive, parce- 
que "Villon et son époque aiment les rimes riches et 
que le vers correspondant finit par récompense. 

La conclusion est facile à faire: il faut négliger 
absolument les changements écrits postérieurement 
et d’une autre main à la marge ou dans le texte de 
D, parce que ce sont des conjectures individuelles de 
quelque propriétaire du manuscrit. *) 

Revenons au texte de Villon. Et d’abord, D se 
distingue radicalement des autres mss. parce qu’il 
omet, six huitains au commencement du Petit Test, 
et quatre à la fin, les n«. IV-IX et XXXVI-XXXIX 
de l’édition Jannet. Par là il se rapproche des éditions 
anciesunes auxquelles ces huitains manquent égale¬ 
ment. , et qui donnent les autres dans un ordre de 
succession à peu près conforme à D. *) 


*) Pour la preuve nous renvoyons le lecteur à notre commentaire sur 
les Yiuitains XIY, XV, XYI. 

Ainsi nous ne reconnaissons aucune autorité à la variante que D 
apporte de son côté aux différentes leçons de P. T. XXXIY. 7 : 
pour ly donner encorez mieulx; 

1 y et’encorez ont remplacé deux mots qui sont devenus illisibles. 

*) I/exception est formée par la série des huitains XIII—XYI en D 
qui correspondent aux nos. XYI, XIY, XY, VII des anciennes éditions, 
nos. XXII, XX, XXI, XIII de l’éd. Jannet- 


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84 


En revanche ce manuscrit nous offre un huitain, 
le n°. XVII, (XXIII de Jannet) de plus que les mss. 
A et C et les anciens imprimés ; celui-ci ne se re¬ 
trouve que dans B et il est difficile d’en expliquer 
l’absence dans le reste. Peut-être qu’il a été rayé dans 
un des manuscrits principaux, et que les copistes 
ne se sont pas donné la peine de le transcrire. Nous 
reconsidérerons ce point, quand nous traiterons de 
l’histoire du texte de Villon. 

Il y a bien d’autres raisons encore qui nous forcent 
de reconnaître en D une tradition du texte diffé¬ 
rente de celle du groupe A B C et alliée à celle des 
anciennes éditions imprimées. Voici les principales 
données à l’appui de cette opinion : 

P. T. II. 8, D et anc. édd. fai soit, la bonne 
leçon, contre souloit du groupe ABC'). 

P. T. XII. 3, D et anc. édd. avec la mule, la 
bonne leçon, contre ou la m. du groupe AB C »). 

P. T. XVII. 1, D et anc. édd. je assigne, mau¬ 
vaise leçon de pour assigner, la bonne à laquelle 
on peut ramener les diverses leçons du groupe ABC 5 ). 
Quoique tout doute soit exclus que je assigne ait 
été écrit par le poète, il vaut cependant bien la 
peine de s’arrêter pendant quelques instants à ce 
passage, puisqu’il nous fait toucher du doigt, pour 
ainsi dire, le ms. original d’où tous les manuscrits 
dérivent. En effet, on peut se figurer un état du 
texte qui rend la confusion entre pour assigner 
et je assigne possible et même probable. 


*) Voir p. 54. 
J ) Voir p. 55. 
*) Voir p. 74. 


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85 

D’abord l’infinitif en -er dans les manuscrits du 
XYe siècle est souvent écrit sans l’r de la terminai¬ 
son,») et le texte de Villon ne fait pas exception. 
G. T. CXXIII. 6, l’éd. Jannet-la Monnoye donne 
d’après D : 

Qui faict aise jeune en jeunesse ; 

où il faut lire avec l’éd. de 1489 : 

Qui faict a i s e r jeune en jeunesse 8 ). 

D’autre part l’abréviation qui figurait par ou pour 
ne paraît pas avoir été très-facile à distinguer dans 
le ms. original du poète ; du moins elle a donné lieu 
à beaucoup d’erreurs, p. e. au P. T. elle a été par 
deux fois confondue avec en; XXV. 1: 

Item je laisse e n pitié, 

où il faut lire: par pitié, et XXIX. 5: 

Aux pigons qui sont en l’essoine, 

où il faut lire: par essoine 3 ). 


*) Je prends le premier exemple qui s’offre: ms. fr. B. N. 1727 f°, 127 
mais si j’eusse dame entente, pour : d’a m e r. 

a ) B porte: Qui fait oser; C. Qui fait jeune cuer en j. 
D’autres exemples se trouvent, G. T. CXXIX. 5: B, C, D, Car au 
Pas conquester l’a la, éd. 1489 conquesté celle a; G. T. 
CXLIII, 2. C, D, Donne, n’a povres hospitaulx, éd. 1489, 
Donner, n’aux p. h. ; etc. 

8 ) Un grand nombre s’erreurs s’est glissé dans les textes du XYe siècle 
par suite de l’abréviatiou usitée de par et pour. En voici un bien 
curieux exemple ; dans le Débat des deux seurs disputant d’amours (Ane. Poés. 
Franç. IX. 112) on lit: Et fault que l’ung soit vostre père 
Qui est plus jeune de dix ans. Que vous ne l’estes, etc. 
Il faut corriger avec le ms. de la B. N. 1642 fr. et le ms. de la Haye T. 328 : 
Qui e s t plus jeune à veoir par ans, comme la rime exige. 
La faute est très-facile à expliquer ; quiconque a quelques notions de l’écri¬ 
ture cursive du XYe siècle sait qu’il n’y a qu’une différence minime entre 
le compendium de p a r et le chiffre romain d i x. 


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86 


Donc la variante de D et de l’éd. de 1489 nous 
représente non pas une leçon nouvelle, mais un 
déchiffrement indépendant d’un texte où la distance 
entre je assigne et p. assigne n’était pas fort- 
grande, un texte qui doit en outre avoir été la 
source originale, d’où la tradition de tous les mss. 
et des édd. anciennes dérive puisque dans ceux-ci 
nous pouvons suivre partout la ramification de cette 
orthographe et de cette abréviation. 

Le même raisonnement peut s’appliquer à sou- 
loit et faisoit, à ou et avec , comme nous l’avons 
déjà démontré. 

Continuons à noter la conformité entre D et les 
anc. édd : 

P. T. XVII. 1. laisse en pur don, A, B, C: 
laisse et donne e. p. d. 

P. T. XVIII. 1. jeune homme, A,B,C: noble 
homme. 

P. T. XVIII. 8. ses amys, A, B, C: son amy; 
etc. »). 

Toutes ces variantes, hormis une ou deux qui 
sont probablement des gloses (P. T. XTIII. 1. jeune»); 
XXVI. 7. maint) se peuvent expliquer par la sup- 


l ) Voici le reste du relevé complet de la concordance entre D et les 
anciennes édd. : P. T. XX. 2. Perches^ poussins etc. ; XXII. 6. à 
la Pierre au L. : XXXV. 4 XXVI. 3. Des prins de biens etde 
p a r e n s ; XXVI. 7. maint bon morceau; (XXXII. 4), XXXIII. 2. 
Jeban l’Espicier; XXXIV. 8. prince les donne; XL. 2. 
bon renommé. 

*) Je soupçonne fort la correction jeune pour noble avoir été inspi¬ 
rée par la tendance d’adoucir tout ce qui a rapport à la noblesse. 11 n’était 
pas séant, probablement, que dans les vers de Villon le souvenir se per¬ 
pétuât d’un noble homme qui avait donné son nom au gibet de Pans, 
Comp. pour cette tendance la fin de la XVille des Ct. Nouv. Nouv. 


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position d’un déchiffrement indépendant du ms. ori¬ 
ginal, de sorte qu’elles nous donnent quelques indi¬ 
cations précieuses sur la constitution de ce texte prin¬ 
cipal , dont D, tout comme les anciennes édd., nous 
retrace quelques signes distinctifs par rapport à l’or¬ 
thographe. 

A quel degré ce texte, source de nos mss. et des 
édd. anciennes, avait-il déjà subi des remaniements ? 

Rappelons-nous la glose que nous avons rencontrée 
au h. XX. du P. T. : 

Cloz et couvert, au feu la plante, 

au lieu de : 

Le dos aux rais, au f. etc. ‘). 

Seul le ms. A donne ce dernier vers ; la correction 
se trouve dans B et C d’un côté, dans D et l’éd. de 
1489 de l’autre. Qu’en conclure? Que les mss. B et 
C, qui appartiennent à la même famille qu’A, ont 
été revus d’après un ms. mère de D et des édd. 
anciennes ? Nous avons démontré que dans B il y 
a des corrections importées d’un ms. qui ne devait 
pas trop différer de D 2 ); mais il nous semble im¬ 
possible d’étendre cette même révision jusqu’à C, 


d’après le ms. et d’après l’éd. Vérard (dans l’un c’est le courtois 
gentil homme qui laisse couler le sonnet, dans l’autre c’est 
la chambrière). Les divers remaniements des XV Joyes de 
Mariage sont aussi fort intéressants à cet égard. Mais cette matière 
est trop giave pour la traiter, en passant, dans une note. 

*) Voir p. 21, ss. 

*) À présent que nous avons prouvé le lien qui unit D et les anc. édd. 
nous pouvons donner la liste exacte des corrections empruntées par B 
à un ms. de la famlle de D. Ce sont: P. T. XIII. 8. Assommer *, 
XXII. 5. ri b lis; XXIY. 4. Envers; XXXIV. 5. Quant, 


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les données ne justifiant pas cette supposition. Ici la 
glose que nous avons remarquée dans la Ballade et 
Oraison pour l’âme de Cotard (voir p. 62, ss.) 
nous donne quelque lumière. Cette correction doit 
être fort ancienne puisqu’elle se trouve dans tous les 
mss. et les anc. édd. et que rien qu’un manque d’atten¬ 
tion du scribe nous a conservé le passage original. 
Mais alors on ne peut se soustraire à la conclusion 
que le ms. principal d’où notre tradition du texte 
de Villon dérive, possédait déjà quelques gloses écrites 
à la marge ou dans les interlignes. La copie-mère 
d’A B et C doit avoir possédé aussi bien le texte 
que ces annotations marginales ; puis les différents 
scribes ont fait leur choix des gloses et les ont re¬ 
cueillies dans le texte suivant leurs caprices et leurs 
habitudes. Le copiste du ms. qui est le parent de D 
et des édd. anc. doit avoir transcrit l’original de la 
même manière, et ainsi s’explique comment dans 
deux familles distinctes de mss. les mêmes gloses se 
retrouvent. 

Nous pouvons indiquer à présent une autre glose, 
fort ancienne assurément, qui s’est glissée dans le 
texte, et qui le rend tout à fait incompréhensible 1 ). 

Au huitain XXIX Villon fait un legs aux prison¬ 
niers qui subissent leur peine dans les cachots; il 
leur donne la crosse, c-à-d. le bâton qu’ils rece- 


*) .Nons avons prouvé, comme l’on se voudra bien rappeler, qu’A aussi 
doit provenir d’un ms. glosé, voir p. 45—47, 

*) Voilà bien du temps perdu dira-t-on à discuter ces détails ! Je ren¬ 
voie les impatients aux éditions modernes de Villon, où il semble que 
régulièrement on a pris le plaisir pervers de garder les mauvaises leçons, 
qui ne signifient absolument rien et de rejeter les bonnes, qui peignent 
admirablement une situation comique. 


V 


\ 


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vaient peut-être régulièrement chaque jour, même 
sans que le poète eût besoin de le leur léguer. Le 
don semble médiocrement spirituel : 

Item et j’ordonne la crosse, 
aussi le poète se reprend-il et ajoute : 

Celle de la rue Saint-Anthoine, 

en désignant par là une enseigne d’auberge, où les 
gens de distinction descendaient, et. où l’on était 
grandement festoyé. ») 

Et l’on reconnaît le poète comique inimitable, qui 
relève tout d’un coup le bâton prêt à descendre sur 
les épaules de ses compagnons de débauche pour faire 
miroiter devant leurs yeux avides les splendeurs de 
la table plantureuse de l’auberge la Crosse, 

Celle de la rue Saint-Anthoine. 

Malheureusement il n’en a pas encore fini avec eux; 
mais nous n’avons pas à nous occuper du reste. 

Le ms. A est le seul qui donne la version citée ; 
le reste (le ms. B omet ce huitain) lit: 

.. Item et j’adjoinctz à la crosse. 

Qu’est ce qu’ adjoinctz à peut signifier ici? Nous 
y reconnaissons la main d’un annotateur du ms. 
original, qui a fait ses réserves sur la situation de 
l’hôtel de la Crosse *), en ajoutant au-dessous du 


*) Comp. le Journal Parisien de Jean Maupoint, sub anno 1457. (Mém. 
de la soc. hist. de Paris. IV. p. 38). Les ambassadeurs du roi de Bohème 
et de Hongrie descendent „les uns en la rue St. Jacques et en la rue de 
la Herpe, et les autres en l’hostel de Couci et à l’Ours de la porte Baul- 
det et au Faulcon et à la Crosse etc.” 

*) M. Longnon p. 1*20 de son JLtude Biog. a émis le doute que Yillon 
connût aussi bien la rive droite que la rive gauche de la Seine. 


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second vers: adjoincte à la rue St. Anthoine.') 

Si notre supposition est juste, on peut très bien 
se figurer que les premiers copistes ont fidèlement 
transcrit le texte avec l’annotation*); puis l’annota¬ 
tion a pris la place du mot original. Dans le cas 
présent A seul, comme d’ordinaire, a gardé l’expres¬ 
sion du poète, une autre fois c’est A, qui à l’en¬ 
contre de B et C nous offre la glose ancienne (P. T. 
XXXVI. 7). La même irrégularité se répète dans 
le groupe D-ànc. édd. En effet dans les anc. édd. 
les gloses Averroys (G. T. XII. 8) et David 
(G. T. XXXVII. 3), données par B, C et D, man¬ 
quent, et cependant il est de toute probabilité que 
ces annotations figuraient déjà dans le ms. principal, 
puisqu’elles sont communes aux deux familles des 
mss. *) C’est ainsi que, pas à pas, en tâtonnant 
parmi ces ténèbres philologiques, on pourrait recon¬ 
struire l’image de ce vieux original perdu et l’histoire 
de son texte. Mais avant d’aborder ce sujet, il nous 
faut examiner encore les éditions imprimées. 

Remarquons seulement, pour en finir avec D, que 
son copiste semble avoir eu une grande prédilection 
pour le terme : derechief qu’il emploie à tort et 


*) Reste à savoir si vraiment cette auberge était située dans la proxi¬ 
mité de la rue St. Antoine ; ce serait là la démonstration complète de 
notre dire ; les matériaux, à notre disposition, ne nous permettent pas 
de la faire. 

s ) Le ms. B. comme nous l’avons vu, p. 56, présente encore quelques 
traces de l’existence de semblables manuscrits. 

*) Naturellement, tout ceci n’exclut pas qu’il puisse y avoir concordance 
entre B, C, D et les anc. édd. contre A, sans qu’il soit question de glo¬ 
ses. P. e. P. T. XX. 8. A lit: pourra où les autres de famille diffé¬ 
rente donnent : voudra; cela prouve simplement que pourra est une 
faute individuelle commise par le copiste d’A. Le même raisonnement 
suffit pour démontrer que la leçon d’A , P. T. XXXII. 8, est fausse. 


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à travers ') pour rajuster la mesure. Après tout cette 
manie est assez innocente et ne vaudrait peut-être 
point la peine d’être signalée si dans les éditions 
modernes on n’avait pas retenu ce derechief 
qui, prenant la place de la formule simple et tou¬ 
jours usitée des testaments: Item, à la longue 
agace le lecteur. 


VI. 

Sur les anciens imprimés je puis être fort bref. 
Ils ont été décrits avec une rigoureuse précision dans 
le Manuel de Brunet et dans la France littéraire au 
XV e siècle de G. Brunet ; cette description est passée 
dans les appendices aux éditions modernes»), donc 
il n’y a pas la moindre nécessité de la répéter ici en 
partie ou en entier. Le seul but que nous poursui¬ 
vions , en parcourant les anciennes éditions du poète, 
c’était d’obtenir le texte imprimé qui avait servi de 
base aux autres, et qui offrait le moins de coquil¬ 
les typographiques possible. Il est vrai que les édi¬ 
tions du XVIII e siècle et celle de l’abbé Promp- 
sault semblent rendre cette tâche superflue en nous 
donnant sous le chiffre V et sous la désignation 
An le relevé des variantes des anciens imprimés, 
mais il y a dans le travail fait par ces éditeurs trop 
d’erreurs et d’omissions pour qu’on puisse s’y fier ; 


l ) Comp. P. T. XVII. 1 ; XXV. I. 

*) Oeuvres complètes de Villon publiées etc. par M. Moland, Paris » 
Garnier frères, 1879. p. 319. ss. La notice bibliographique qui se trouve 
dans l'édition définitive de M. Paul Lacroix , Paris, 1877, comprend deux 
édd. de Villon qui n'ont jamais existé, le n°. 1 et le n°. 30. 


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et c’est pour cela que nous avons collationné de nou¬ 
veau les textes de Villon tels qu’ils sont sortis des 
presses parisiennes du XVe siècle. J’ai comparé trois 
éditions entre elles, celle qui est habituellement con¬ 
sidérée comme la première, et porte la date de 1489 
avec la marque de Levet »), une deuxième sans date 
que Prompsault tenait pour la plus ancienne *), une 
troisième enfin avec la date de 1497, imprimée à 
Paris par Jehan Treperel *). 

D’un examen minutieux il résulte que le texte’ 
offert par l’éd. de 1489 doit être regardé comme le 
principal ; en vérité la différence avec les autres, qui 
repose entièrement sur des erreurs typographiques ‘), 
n’est pas fort grande et toute supposition de mss. divers 
utilisés par les imprimeurs est absolument exclue. 

Ceci suffirait, puisque nous avons indiqué dans les 
précédents chapitres la place que l’éd. de 1489 occupe 
parmi les mss., et les gloses, en petit nombre d’ail¬ 
leurs et de mince intérêt, qui s’y trouvent, — ce 
peu de mots, disons-nous, sur les anciens imprimés 
suffirait, si nous ne devions encore avertir que sou- 


*) Le grant testament maistre françois Villon son codicille ses ballades 
et jargon et le Petit Testament. Imprimé à Paris L’an mil CCCC quatre 
vings et neuf. Bibl. Nat. Y. 4405. Réserve. 

*) C’est la troisième dn Manuel de Brunet, elle est portée à la Biblioth. 
Nat. sous le n°. Y. 4404. Réserve. Je ne puis que souscrire aux observa¬ 
tions de Brunet sur la négligence avec laquelle cette édition a été décrite 
par Prompsault, qui a induit en erreur beaucoup de bibliographes. 

*) C’est la quatrième du Manuel de Brunet, L’exemplaire que j’ai con. 
sulté, provenant de la Bibliothèque Bertin porte le n°. Y. 4416, Réserve, 
à la Bibliothèque Nationale. Une réimpression de l’éd. Treperel dans les 
éditions gothiques de Baillieu est extrêmement incorrecte. 

4 ) Voici par exemple un passage typique. P. T. II. 5. l’éd. de 1489 
porte ; Pour le frimas (la bonne leçon) ; l’éd. sans date : Pour 
les firmas; l’éd. de 1497: Pour les frimas. 


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93 


vent on pourrait tenir pour une leçon variante dans 
les édd. ce qui n’est qu’une simple méprise d’un prote 
d’imprimerie pour celui qui connaît leurs habitudes. 

Un seul exemple pour expliquer et prouver ce que 
nous avançons. 

P. T. XIV, Villon lègue ses brayes à maistre Ro¬ 
bert Valée 

pour coefîer plus honnestement 

son amie et maîtresse Jehanneton. Dans toute la 
galerie de portraits du Petit Testament il n’y en a 
pas un qui se détache avec des lignes si hardies sur 
le fond sombre de ce passé lointain que celui de 
ce Robert Valée avec sa niaiserie vantarde, son 
orgueil bête, son égoisme sordide. Quelques traits 
incisifs, burinés d’une main étonnamment sûre d’elle- 
même , ont suffi pour dessiner, pour faire crier le 
personnage. On ne s’aperçoit pas du procédé tant il 
est rapide : la victime est criblée de plaisanteries, 
les railleries tombent drues sur le pauvre patient et 
le poète se tord de rire en agitant ses javelots ; on 
croirait, qu’à la fin, après toute cette furia d’esprit 
passée, il ne resterait que quelque impression vague 
d’une saillie de blagueur, — non, il reste un dessin 
de maître, un dessin vrai et d’un comique achevé. 

Ici surtout il importe de peser chaque parole du 
poète et de savoir exactement ce qu’il a écrit. Villon 
donc, qui donne assez ouvertement à entendre que le 
pauvre Robert Valée se laisse dominer par sa maî¬ 
tresse (qu’elle porte les brayes ') ), lui lègue ses 


*) Dans la farce de l’arbalestre, (Recueil de farces LaYalière, 
ms. fr. de la B. N. 24. 341 f°. 37) il est dit ; 

Car quant les femes sont metresses 

(Elles) doibvent les b r e s (brayes) porter. 


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vieilles brayes pour en alTubler son amie, sachant 
bien que celles de Robert sont trop sales pour les 
pouvoir porter encore honnêtement, 

Pour coeffer plus honnestement 

S’amie. 

L’éd. de 4489 lit.: greffer au lieu de coeffer. 
Ceci n’est certainement pas une variante. Le mot 
coeffé revient encore une fois dans les œuvres de 
Villon, dans un vers de la Ballade en vieil 
françois où il est parlé du saint apostole 
d’amys') coeffez; l’éd. de 4489 donne : demy 
tressez; t et c étant toujours confondus dans les 
mss., tressez paraît simplement une mauvaise lec¬ 
ture de coeffez, surtout si l’on remarque encore 
que dans le ms. que l’imprimeur avait devant les 
yeux l’o ne semble pas avoir été facile à distinguer 
d’avec l’r. P. T. XIX. 8, l’éd. de 4489 donne cru- 
cher au lieu de coucher. 

Mais comment donc dans le vers cité plus haut 
creffer s’est il transformé en greffer? La solu¬ 
tion de cette question touche à l’histoire intime du 
développement de la langue au XV e siècle, où ni la 
prononciation ni l’orthographe suivent des règles tou¬ 
jours fixes. En effet il semble que g alors a pu rem¬ 
placer, sous certaines conditions, c devant les voyelles 
et demi-voyelles »), de sorte que la confusion entre 


*) Voir le dictionnaire de Trévoux sub A m i c t : „ linge béni que les 
ecclésiastiques mettent sur la tête etc.” 

*) M. d’Héricault dans son commentaire sur un passage de Charles 
d’Orléans, IL 129 s’est demandé si le mot cabuseur qui s’y trouve ne 
serait pas le même que gabuseur. On rencontre bien certainement les 
deux formes côté à côté : Alain Chartier dans le ms. de la Haye T. 328 f°. 109 
cabuser = tromper ; la Farce de Pathelin, éd. Genin, init. c a b u s e r ; 


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greffer et creffer doit son origine à un vice de 
prononciation à la mode ou à quelque autre habitude 
exentrique du langage. 

Ces erreurs de typographes ont le grave défaut 
qu’au lieu de disparaître dans les éditions successives, 
elles grossissent et amènent à leur suite une horde 
d’autres erreurs, qui défigurent le texte jusqu’à le 
rendre tout à fait méconnaissable et inintelligible. 
Villon n’a pas échappé à cette loi fatale, seulement, 
pour lui comme pour les autres '), on voit par-ci 
par-là paraître quelques faibles essais de corrections 
dans les éditions postérieures. Sous ce rapport le 
texte qui au commencement dü XVI e siècle fut publié 
par Nyverd offre quelque intérêt*). On y trouve 
quelques variantes et quelques émendations qui ne 
sont pas toutes à dédaigner 5 ). Cependant ces correc¬ 
tions sont en trop petit nombre pour nous y arrêter, 
et pour nous qui connaissons les manuscrits, elles 


d’autre part dans la Vie de St. Vincent, mystère inédit, ms. fr. de la 
Bib. Nat. 12. 531 sans pag. g a b u s e r. Dans la Passion de notre Seig¬ 
neur, (Mystères inédits du XVe siècle publiés par Jubinal, II 234) on 
trouve gaignon pour caignon, cbien (Cotgr. caignot, cagnot). On 
pourroit étendre encore l’observation et remarquer comment des mots de 
différente origine étaient assimilés dans l’usage populaire pour lequel c r 
et gr était le même, p. e. craindre et regrigner. 

l ) L’éd. Lenoir (1500) des Cent Nonv. Nouvelles p. e. qui régulière¬ 
ment renchérit sur les erreurs commises dans l’éd. de Vérard, donne 
cependant d’excellentes corrections pour quelques rares passages. Elles 
sont dues probablement aux annotations faites d’après un ms. à la marge 
de l’exemplaire que l’imprimeur avait devant les yeux. 

*) Il existe deux éditions de Nyverd, l’une imprimée à Paris par 
Guillaume Nyverd, l’autre imprimée à Paris par la veufve de feu Guil¬ 
laume Nyverd et Jacques Nyverd ; c’est cette dernière, BibL Nat. Y 4416. 
Réserve, que nous avons consultée. 

# ) P- «. P. T. XIV. 7. coeffer; XXL 2. attaint; XXXIV. 7. 
pour leur donner ung don entre eux; etc. 


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n’apportent rien de nouveau. En outre toutes ces , 
tentatives partielles ont été rejetées dans l’ombre par 
un véritable essai de reconstruction du texte de 
Villon, celui de Clément Marot. Les éditeurs mo¬ 
dernes trop fiers ou trop heureux d’avoir sous main 
des mss. du XVe siècle ont passé un peu dédaig¬ 
neusement devant le travail de Marot. Ils l’ont con¬ 
damné en bloc après un examen superficiel ■)• Et 
pourtant, comme nous l’espérons montrer, cette édi¬ 
tion du poète parisien par le grand poète français 
nous réserve une surprise. 


VII. 

I 

Clément Marot qui avait déjà utilisé son séjour en 
prison de l’année 1526 pour travailler à une version 
modernisée du Roman de la Rose, employa ses loi¬ 
sirs forcés de l’année 1532 à revoir et à corriger le 
texte de Villon. ») C’était une dette de famille qu’il 
payait au poète. Son père, Jehan Marot, l’avait imité *); 


*) Voir aussi les jugements de M. Campanx, Fr. Villon, p- 379, 

M. d’Héricault. Oeuvres de Coquillart, II. p. 366. Ces jugements incom¬ 
plets ou sévères ont été, à dire la vérité, inspirés par l’insuffisance des 
leçons variantes données par l’éd. de Prompsault et par celle du Biblio¬ 
phile Jacob dans la collection Jannet, Paris, 1854. 

s ) Comp. H. Morley, Clement Marot, London. 1871. I. p. 187 , 293 .Ch. 
d’Héricault. Oeuvres de Clém. Marot précédées de sa vie. p. XCIH : 
solitude et la prison le ramenoient sans doute à ses vieux amis dnmoyes 
âge; et en 1533, il publia une édition de Villon, comme en 1527il aV01 
publié une édition du Roman de la Rose.” 

s ) Voir entre autres le rondeau de Marot au duc de Valois lait 
l’imitation de la Requeste de Villon â Monsr. de Bour¬ 
bon; la ballade de Jehan Marot présentée au trésorier Robertet ; n* 8 * * 
B. N, 1716 f\ 30, 1721 f°. 7, etc. 



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97 


lui-même, qui prenait un peu son bien partout où 
il le trouvait, lui avait emprunté des traits marquants 
et des saillies qui rehaussaient l’éclat de ses propres 
poésies »). C’étaient après tout des dons et des prêts 
comme on se les fait entre amis sans compter, et 
peut-être fut-ce surtout le lien de sympathie l’unis¬ 
sant à l’escôlier parisien du XVe siècle, qui 
engagea Marot à faire pour lui, ce qu’il voudrait 
voir faire à ses propres œuvres , »si elles estoient 
tombées en semblable inconvénient”. Puis il se ren¬ 
contrait dans sa prédilection pour Villon avec le goût 
du roi François I, et c’était encore une manière dé¬ 
tournée de lui faire sa cour que de publier d’une 
façon plus correcte les œuvres du poète. 

Pendant près de trois siècles on n’a connu le texte 
de Villon que dans la rédaction que Marot lui a fait 
subir et qu’on a appelée une habile caricature. Quelle 
idée nous devons-nous former de cette édition ? 

Dans sa préface *) Marot s’est expüqué sur la façon 
dont il a procédé. Il a consulté, ce sont à peu près 
ses propres mots, les vieux imprimés et la mémoire 
de bons vieillards qui en scavent par cueur; 
ensuite il s’est fié à son jugement naturel pour deviner 
sous les corruptions le véritable texte du poète , sans 
qu’il ait touché à l’an’tiquité de son parler 
et à sa façon de rimer. 


*) P. e. Epitre de Cl. Marot à ung sien amy (Oeuvres, p. 78) „I 1 n’ y 
perdra que l’argent et l’attente.” 

*) Nous avons pris la peine, superflue peut-être, de comparer l’éd. ori- 
ginale: Les oeuvres de Françoys Villon de Paris, revues et remises en 
leur entier par Clement Marot valet de chambre du Eoy. On les vend & 
Paris en la grant Salle du Palais, en la bouticque de Galiot du Pré — 
et furent parachevées de imprimer le dernier jour de Septembre L’an mil 
cin 1 ««“« trente et troys. Bibl. Nat. T. 4412. Béserve. 

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Quand même, ce ne serait pas une règle générale 
qû’on doit se méfier des éditeurs du XVI e siècle lors¬ 
qu’ils parlent des sources où ils ont puisé »), ces bons 
vieillards avec leur merveilleuse mémoire, — il y a plus 
de soixante-dix ans entre la publication de Marot et 
celle des Testaments de Villon — me paraîtraient déjà 
un peu suspects. Heureusement nous pouvons contrô¬ 
ler presque en entier les assertions de Marot ; et voici 
le résultat auquel je suis arrivé : On doit faire deux 
parts des changements apportés par lui dans le texte, 
l’une est celle des corrections qui appartiennent bien 
à son jugement naturel et qui sont surtout dues à son 
soin de rétablir la mesure , puis vient la part de véri¬ 
tables émendations du texte tirant leur origine, non 
pas d’une tradition orale qui se serait conservée pure 
pendant soixante-dix ans, mais d’un ms. excellent 
qui contenait une tradition du texte indépendante 
de celle que nous offrent nos mss. et éditions. 

Parlons d’abord des corrections de Marot lui-même; 
quoiqu’on en ait gardé un grand nombre dans les 
éditions modernes , on ne peut que les rejeter comme 
contraires au génie de la langue de Villon. 

Il y a, par exemple, un vers bien simple au com¬ 
mencement du P. T., mais qui est tronqué dans les 
anc. édd. et dans quelques mss., c’est le 3« du se¬ 
cond huitain: 

En ce temps que j’ay dit devant, 

Que les loups vivent de vent ; 

ainsi lisent A, D et l’éd. de 1489. Marot le corrige à 
sa manière : 

Lorsque les loups vivent de vent; 

l ) Comp. une observation de M. Christie, Etienne Dolet, a biography. 
London, 1880, p. 282; on en pourrait faire beaucoup d’analogues. 


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l 


99 


un vers que Villon n’aurait jamais écrit, comp. G. T. XI: 

Escript l’ay l'an soixante et ung, 

Que le bon roy me délivra. 

Quoi donc? Chacun reconnaîtra la main du poète 
dans ce que les mss. B et C donnent: 

Que les loups se vivent de vent, 

se vivre c.-à-d. se nourrir.') L’omission de se 
dans le ms. A s’explique aisément par la supposition 
que le ms. original ait eu c e suivant son orthographe 
habituelle, et ce ne semble pas avoir été facile à 
distinguer dans >ce ms. *) 

Nous ne grossirons pas davantage cette introduc¬ 
tion déjà demésurément longue, mais nous donnerons 
en note *) les autres passages du P. T. où Marot 


*) Se vivre quoique loin d’être d’nn usage fréqueut se rencontre 
pourtant en différents écrits pendant tout le cours du XYe siècle. Voici 
quelques exemples suivant leur ordre chronologique : E. Deschamps, (éd. 
St. Hilaire) I. 161 : 

En seureté vont leurs corps reposant, 

Et se vivent de leurs biens amassez; 

Christine de Pisan, La mutacion de fortune, (ms. 701 de la Bibl. de la 
Haye, f°. XLIX) : 

Gaiz et jolis, comme ilzsevivent; 

Journal d’un bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 140 (année 1420) : n affin 
que le pouvre peuple se puisse vivre”; Pièces originales (ms. de la 
BibL Nat, n®. 2158) Orléans, 8, pièce 589, année 1449 «pour lui aidier 
g soy vivre”; Mistere de la passion Jesu Crist jouée à Paris et an- 
giers . , . . derrainement l’an mil CCCCXC, seconde journée, la fiUe dé- 
moniacle: 

C’est bon mestier quant on s’en vit. 

Ce passage ne se trouve pas encore dans le mystère de la Passion de 
Greban, publié par MJÆ, G. Paris et Raynaud. 

*) Comp. entre beaucoup d’autres. P. T. XVIII. 1. 

*) P. T. III. 6, Dont j’ay dueil et me plains, correction de 
la leçon fautive de l’éd. Nyverd, qui semble avoir été la base de ceUe de 


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s’est laissé entraîner par son jugement naturel 
à une correction intempestive, pour passer à l’autre 
catégorie de changements dont le texte de Villon lui 
est redevable. 

Commençons par la preuve indiscutable queMarot 
a utilisé soit directement, soit indirectement un ma¬ 
nuscrit de Villon. Nous avons démontré ailleurs') 
qu’au huitain XVI la leçon je assigne de l’éd. de 
1489 provient d’une mauvaise lecture ; cette faute a 
nécessité peut-être une petite transposition dans le 
corps du huitain où on lit, éd. 1489: 

Mes parens n’y aient envie, 

Pour Dieu qu’on vende mon haubert. 

L’éd. de Marot a retenu le j’assigne des édd. 
antérieures, mais elle suit exactement les mss., quand 
elle donne le passage cité de la manière suivante: 

Pour Dieu ! n’y ayez point d’envie, 

Mes parens, vendez mon haubert. 

On pourrait alléguer d’autres émendations de vers, 
comme P. T. XXI. 3, où Marot lit avec nos mss: 

Le gré du Seigneur qui actaint, 
à l’encontre de la leçon des anciennes édd. qui donnent: 


Marot; il faut lire avec le ms. À: Dont je me plains et dueil, 
comp. Charles d’O. II. p. 154; Fortune, dont me plains et 
due il; P. T, X. I, À celle doncques, voir Prompsault*; X. 3, 
j’e n suis pour je suis; XV. 4, Nonobstant qu’il est; XV. 
7, On recouvre; XVI. 1, Item plus j’assigne; XVI. 8, au¬ 
près, faute de l’éd. Ny verd que Marot a gardée ; XVIII. 3, Et puis 
à ; XIX. 6, qu’il tient en procès; XX. 2, Je laisse; XXIX 
1, Item plus: XXXV. 7, mis cy bourne, correction de la leçon 
de Nyverd. 
l ) p. 84. 


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Le gré de celuy qui attend, 

mais un seul exemple suffit. 

Un cas bien plus intéressant se produit, lorsque 
Marot offre une leçon qui lui est exclusivement propre 
et qui n’a pas été inspirée par le besoin de rajuster 
la mesure. Le hüitain XIII en est un exemple ; il a 
été, jusqu’ici le désespoir des commentateurs moder¬ 
nes , du temps de Marot déjà et bien avant lui on 
ne le comprenait plus. Il est donc curieux de voir 
quels changements il y propose ; ils pourront être la 
pierre de touche de la valeur qu’il faut attribuer à 
ses corrections. 

Reconnaissons, pour entrée de matière, que ce 
huitain indéchiffrable ne présente aucune difficulté à 
l’explication, si l’on veut seulement se rappeler deux 
choses, d’abord que tous les legs, laissés par Villon 
dans ce passage à Jehan Tronne, bouchier, 
font allusion suivant la mode du temps à des enseig¬ 
nes de maison»), ensuite, que la pointe des qualifi¬ 
cations dont il accompagne ses dons consiste en ceci, 
qu’elles impliquent une contradiction fondamentale, 
qui les enlève dans les régions du fantastique. 

Ainsi il lui donne (était-ce en compensation d’une 
repue franche qu’il avait prélevée sur lui?): 

. le Mouton franc et tendre, 

2 ) Comp. un des modèles dn genre: Esbatement du mariaige 
des IIII filz Hémon où les enseignes de plnsienrs 
boste 1 s de la ville de Paris sont nommez., publié dans 
le 1er volume p. 369 ss. des Mystères inédits dn XVe siècle d’A. Jubi- 
nal, Paris. 1838. Voir aussi un article de M. A. Berty, Les Enseig¬ 
nes de Paris, dans la Eevue Archéologique, année 1855, T. XII, p. 
1, ss. et Longnon, Villon, p. 120. note : „Les legs d’enseignes sont fré¬ 
quents dans Villon, et c’est à cette circonstance que le P. T. doit surtout 
l’obscurité qui caractérise certaines de ses strophes.” 


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102 


c.-à-d.: le mouton (peint sur une enséigne) entier et 
amoureuxi); puis: 

Ung tachon pour esmouchier; 

On a interprété tachon par plumeau, et le 
legs serait alors d’un plumeau pour chasser les mou¬ 
ches ; mais cette interprétation est absolument inad¬ 
missible, d’abord parce que le mot tachon n’existe 
pas — et cette raison est assez valable pour me dis¬ 
penser d’en donner d’autres. L’assemblage de lettres 
inqualifiable, tachon, n’est d’ailleurs donné que par 
un ms. A, le reste donne d’autres monstres, B et D: 
tacon, C: tacquon, l’éd. de 1489 tacon, l’éd.de 
Nyverd: tapon. 

La leçon de Marot seule résout toutes les difficultés: 

Et ung tahon 3 ) pour esmouchier ; 

la locution populaire, »la moindre mouche qui le 
piquera sera un taon”, rend tout long commentaire 
superflu; de nouveau un don d’animal (d’enseigne) 
est fait; celui-ci chassera peut-être les mouches, 
mais bien certain infligera au pauvre boucher de plus 
fortes piqûres qu’elles ne l’auraient fait. Le legs rentre 
parfaitement dans la catégorie du précédent et des 
suivants. 

De plus nous pouvons donner la démonstration 
exacte que la correction de Marot nous rend le vers 
original de Villon. Il y a un autre passage du Petit 


*) Franc: plaisanterie à laquelle les montons étaient habitués; dans 
une pièce dn temps, (Ane. Poés. Franç. I. 259.) le monton riposte : 

Tel est bien franc qui n’est pas quite, 
c.-à-d. qui n’est pas libre d’autres défauts. 

*) Au XYe siècle on écrivait tahon pour taon; comp. Molinet, Be¬ 
rnant de la Rose moralisé, ms. de la Haye 698. f°. CLXIX. 


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Testament où le h a donné lieu à une confusion 
analogue. Le vers se trouve XXXII.4; les flahons, 
(ttaom. s, flans) y sont devenus d’abord des flacons 
(A), puis des faucons (C) qui dans l’éd. de 1489 
se so- ait métamorphosés en pigohs, par synonyme * 
opposite, comme disaient les poètes précieux du 
temps de Louis XI. •) 

Parcourons encore le reste de la strophe. 

Villon continue ses legs au bouchier; il lui laisse: 

Le Boeuf couronné . . . . qu’on veut vendre, 

m Yiôtel, à l’enseigne du boeuf couronné *), que 
le légataire pouvait aller habiter — en l’achetant de 
ses deniers. 

Et la Vache .... que pourra prendre 
Le Villain qui la trousse au col ; 

apparemment c’est ici une allusion à une enseigne 
sm ~r laquelle un larron était dépeint essayant d’em- 
^»xter une vache sur ses épaules»), mais tombant 


*) B et D donnent f 1 a o n s. On rencontrera un antre exemple Grand 
LXXIII. 8, où l’éd. de 1489 lit: acoudre pour afterdre. La 
c<> **ïasion entre h et ch ce voit aussi souvent, p. e. Ane. Poés. Franç.IV. 
où c/iascune est la leçon variante de h a s t i v e. 

2 ) L’enseigne du boeuf couronné était extrêmement populaire 
av *^mt à Paris qu’en province, comp. Les Joyeux Devis de Bonaventure 
■^^spériers éd. De la Hays, p. 258. On le trouve mentionné sur la feuille 
garde du ms. de la Bibl. Nat. n°. 7292 fr. vieux numéro, cité par 
^r*aulin Paris, Manuscrits français etc. VII. p. 335, „— demeurant à la 
Sin tavoie à l’ensenne du beu couron é.” 

*) Comme les voleurs de moutons le font ; comp. A. Greban, Le mystère 
de la Passion, éd. G. Paris et G. Raynaud, vs. 4779, 80 : 

il avoit troussé sur sa cruppe 
un gras mouton sans dire gare. 

Il existait dans le vieux Paris une rue Troussevache; voir Gué- 
rand, Paris sous Philippe le Bel, p. 90. 255 ; Bonnardot, Les rues et 


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sous le poids et bien embarrassé de sa prise, de 
sortè que le poète s’écrie d’une manière triomphante: 

S’il ne la rent (la vache), qu’on le puist pendre 
Et estrangler d’un bon licol. 

La leçon que nous avons adoptée (la Vache que 
pourra p.) n’est donnée que par le seul ms. B. 
L’éd. de 1489 porte: La Vache qu’on pourra 
p., Marot l’a corrigée: et qui pourra, correction 
inadmissible, parce que rien dans la suite ne se rap¬ 
porte à celui qui pourra prendre le vilain, 
mais que nous devons considérer comme une émen- 
dation partielle, l’abréviation de qui se confondant 
toujours avec celle de que dans les mss. ') 

Le fait de ces corrections incomplètes, — qui nous 
donneront d’ailleurs de la lumière sur la manière 
dont le texte de Marot a été établi, — est assez 
intéressant pour nous arrêter un instant. 

Leur existence — de ces émendations partielles — 
dont nous n’avons trouvé encore qu’un exemple bien 
vague dans le huitain cité, ne peut nullement être 
niée. Au besoin le huitain XVII l’attestera. 

L’éd. de 1489 et toutes les suivantes jusqu’à celle 
de Marot Usent : 

Item je laisse au pardon 

Marot donne: 

Item je laisse en beau pur don. 

Apparemment il avait trouvé sur son exemplaire 


Eglises de Paris vers 1600. Paris, 1876. p. 18: rue de Trousse- 
vache (de la Reynie). Etait-ce une enseigne qui lui avoit donné ce 
nom? Voir P. L. Jacob, Curiosités de l’hist. du vieux Paris, p. 30. 

x ) Nous espérons bien montrer un jour combien les oeuvres d’E. Des¬ 
champs ont souffert par cette confusion. 


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de Villon une annotation qui changeait au pardon 
en en pur don et, pour rajuster la mesure, de son 
propre fonds il a ajouté: en beau pur don, tan¬ 
dis que la vraie leçon est offerte par le groupe A, B, C: 

Item laisse et donne en pur don. 




Ce même raisonnement nous peut servir à débrouil¬ 
ler un passage de Villon, qui nous est parvenu tout 
à fait défiguré. Huitain XV du Petit Test, maistre 
Robert Vallée est de nouveau en butte aux railleries 
mordantes du poète, qui lui laisse — à recouvrer 
sur Malpensé — l’Art de Mémoire, 


Puys qu’il n’a sens mais qu’une aulmoire. 

Cette leçon de Jannet—La Monnoye ne repose sur 
aucune autorité, la tradition des mss. et anc. édd. 
est d’accord à lire: 


Puis qu’il n’a sens (éd. 1489 : riens) ne (D : nez) que une aulmoire 


et les commentateurs depuis l’abbé Prompsault ont 
rendu ce passage par : puisqu’il n’a pas plus de bon 
sens dans sa tête qu’il n’y en a dans un coffre '). 
Marot qui avait devant les yeux la leçon des anc. édd : 


Puis qu’il n’a riens ne qu’une aulmoire 
De recouvrer ceulx (pour chez ou sur) Maupensé, 

l’a corrigée de la façon suivante : 

Puys qu’il n’a riens qu’en une aumoyre, 

On recouvre chés Maupensé. 

Bénie soit la mémoire de l’abbé Prompsault — 


*) M. John Payne, the Poems of Master Francis Villon of Paris, p. 8 
a traduit : 


Since if I read him right, 

No more sense than a log has he. 


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dira-t-on peut-être, — qui, avec l’aide des manus¬ 
crits nous a délivré de l’abracadabra de Marot ! Nous 
sommes d’un autre avis ; nous croyons que le chan¬ 
gement apporté par Marot dans le texte contient un 
4 des éléments nécessaires pour retrouver la pensée 
originale de Villon. 

Rappelons-nous cette figure de niais vantard et 
sordide, ce maistre Robert Vallée si impitoyablement 
malmené par le fouet du poète. Est-ce que .le clerc 
en Parlement') avait soutiré quelques belles pièces 
d’argent au bohème — en s’excusant naturellement 
sur sa pauvreté et les nécessités de sa position — 
pour des services promis, mais qu’il avait oublié de 
lui rendre? C’est fort probable, en tout cas Villon 
lui crie sur tous les tons qu’il est un sot et qu’il n’a 
pas le sou, et il accouple burlesquement ces deux 
qualifications lorsqu’il lui lègue l’Art de Mémoire, 

Puis quïl n’a cens en son aulmoire; 

car c’est ainsi que nous proposons de lire. Les jeux 
de mots sur cens et sens sont nombreux au XVe 
siècle et au moire peut tout aussi bien signifier le 
coifre qui garde les deniers, que la tête qui renferme 
la cervelle. *) 

L’émendation peut être justifiée paléographique- 


*) Son identification à Robertus Valée, curé de Ville d’Avray (p. 108) 
ne me semble pas une supposition heureuse de M. Longnon. 

8 ) Armoire, coffre fort ou caisse; comp. Sermon joyeux des 
J V v en s, ms. La Vallière 63. ms. fr. de la Bibl. Nat. 24. 341, f°. 15: 
Mectes la main à l’a m m a y r e ; 

armoire pour tête, comp. ibid. f°. 271. Farce des batars de canlx : 

Hola je le scay tout par coeur 
Il est bien dedens mon a n m a i r e. 


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ment, car le changement apporté dans le corps du 
texte est minime, si l’on se représente l’orthographe 
du ms. original de Villon qui aurait figuré certaine¬ 
ment ne ou nés qu’une a. par nec’un a. ou 
nesc’un a.*); et c’est cette combinaison de lettres * 
que les scribes ont cru distinguer, tandis que la cor¬ 
rection partielle de Marot nous aide à trouver ce qui 
existait véritablement dans la pensée de l’auteur. ») 

Car, notons le bien, la leçon des mss. est absurde ; 
je suppose pour un instant que la locution sot 
comme une armoire était usitée, — je n’en 
ai jamais rencontré d’exemple dans le cours de mes 
lectures, — est-ce qu’il fallait faire directement men¬ 
tion de la sottise du personnage dans le vers cité ? 

Le poète dit exactement ceci: Il faut que je lui donne 
encore quelque chose — car c’est Dieu qui commande 
de donner — nonobstant qu’il est un sot. Donc je 
veux, puis qu’il est .... si sot? non il l’a qualifié 
déjà comme cela — mais puisqu’il est si pauvre, 

Puisqu’il n’a cens en son aulmoyre, 

« 

qu’on lui baille .... l’art de Mémoire qui lui sera 
très-utile, soit pour remplir son coffre et sa tête vi¬ 
des , soit pour fortifier sa mémoire qu’il a si courte ; 


f 


*) La preuve directe que là où les scribes croyaient apercevoir c\ ils le 
rendaient par qu\ est donnée par D qui (G. T. c. 5.) lit q u’a u champ 
au lieu de couchant. D’autre part le nombre de fois que la conjonc¬ 
tion que a été omise prouve indirectement qu’elle figurait dans le ms. 
sous son ancienne forme de c\ 

*) Il va sans dire que notre correction s’étaye sur beaucoup d’autres 
raisons encore. Ainsi nous avons remarqué que le groupe -on, dans les 
mss. a donné souvent lieu à des confusions ; ainsi Ane. Poés. Fr. IX. 101, 
on a lu sériés où il fallait serions; ibid. IX. 133, sent pour 
sont; comp. aussi l’étrange var. de l’éd. 1489, G. T. CXXX. 7 où mi 
et son sont confondus, etc. 


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malheureusement, il faut l’aller recouvrer chez la 
seule personne qui ne possède pas ce livre d’école, 
c.-à-d. chez Malpensé, qui n’était pas, comme les 
commentateurs l’ont cru, un homme célèbre par son 
• manque de mémoire »), mais tout simplement un type 
de farce, de la grande famille des Maugouveme,des 
Maumissere, des Baillevent etc., et la personification 
de l’homme vide de sens. *) 

L’excellent manuscrit dont Marot s’est servi pour 
élucider le texte de Villon, — nous retournons à 
notre exposé comment l’éd. de Marot s’est faite, — 
n’a été utilisé par lui que de loin en loin; partout 
où il trouvait une leçon à peu près intelligible il l’a 
laissée comme elle était. De cette façon toute auto¬ 
rité nous manque pour quelques corrections qui sont 
pourtant archinécessaires. 

Nous traiterons ici trois de ces cas. 

P. T. XXVI, Villon laisse Ȉ trois petits en- 
fans tous nus, a chacun de ses biens un 
faisceau, ou quatre blancs”, et il ajoute pour 
les consoler de, leur misère présente : 

Ilz mengeront le bon morceau, 

Les enffans quant je s e r a y vieulx ! 

Bien certainement il faut lire : 

Les enffans .... quant ilz seront vieulx ! 


*) H y a quelque chose de plus comique que les vers de Villon, ce 
sont les notes de Prompsault auxquelles il a travaillé pendant vingt ans. 
„Ce Maupensé”, dit il, „étoit vraisemblablement célèbre par son manque 
de mémoire. Son nom annonceroit qu’il pensoit de travers.” 

*) Comp, Recueil de farces La Valière ms. fr. 24. 341 BibL Nat., 1*. 
84. Farce de la Reformeresse: 

Esse pas Paul le Malpensé? 


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et le vers terne et équivoque devient d’une ironie 
poignante et lumineuse. *) 

P. T. XXXII, le texte de Villon dans tous les mss. 
et dans toutes les éditions porte: 

Item, je laisse aux Mandions, 

Aux Filles Dieu et aux Beguynes etc. 

Le contexte réclame absolument»), qu’il laisse aux 
quatre ordres mendiants: 

Les Filles Dieu et les Beguynes 
Savoreux morceaulx et frians. 

Il n’est pas si facile de remédier à la négligence 
et l’incapacité que les scribes ont-montrées dans le 
troisième exemple qui se trouve au h. XX du P. T. 
Villon y laisse à maistre Jaques Raguier, dis- 


*) Nous donnons en note les raisons paléographiques qui justifient ce 
changement. La confusion entre il et j e est un fait ordinaire dans le 
texte de Villon, p. e. G. T. XCIV. 5 où D lit: il ne dit, tandis que 
le reste donne : je ne d i ; d’autre part G. T. L. 5, il faut lire avec. 
CetD il cunclud où B et Féd. de 1489 ont : je c o n c 1 u d s. Con¬ 
statons également ici que le véritable sens du huitain X du G. T. appa¬ 
raît seulement en lisant : Je ne fauldrai pas à mon esme, au 
lieu de: Il ne fauldra pas à son esme, la leçon de tous les 
mss. et de toutes les éditions qui gâte tout à fait l’énergie féroce du pas¬ 
sage. La même règle tient pour d’autres textes que celui de Villon, p. e* 
Ane. Poés. Franç. IV. p. 89: il m’en ry pour je m’en ry; etc. 

*) En effet, si le poète distribuait ses legs aux Beguynes tout aussi 
bien qu’aux moines mendiants, comment leur pôurrait-il donner à p r e s- 
cher les quinze signes, et à abatre pain à deux mains. 
Et si cette argumentation ne paraît pas encore concluante, quel serait le 
sens des deux derniers vers de la strophe : 

Carmes chevaulchent noz voisines, 

Mais cela ce n’est que du moins; 

s’ils ne voulaient pas donner à comprendre que ces amours laïques ne va¬ 
lent que peu de chose en comparaison du plaisir de parler de con¬ 
templation soubz les courtines avec les Dévotes et 
les Béguynes, comme il dit finement au G. T. h. CVI 


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110 


ciple fervent de Bacchus, l’abreuvoir . . . . Pou¬ 
pin, en jouant sur le double sens du mot abreu¬ 
voir, qui peut signifier tout aussi bien un grand 
verre que le lieu où les chevaux vont se désaltérer; 
il lui lègue ensuite un don contenu dans un vers 
terriblement défiguré. Malgré la divergence de leurs 
leçons il semble encore possible de ramener les vari¬ 
antes du groupe A B C à quelque origine commune; 
il est impossible de les concilier avec la leçon de D 
qui est conforme à celle de i’éd. 1489. 

A : Par ses paouvres seurs gras signier ; 

B : Perches poires gras figuier ; 

C : Paiches poires sucre figuier ; 

D, éd. 1489 : Perches poussins au blanc menger ; 

Marot, comme toujours, se tient satisfait du non- 
sens innocent que les vieux imprimés donnent et ne 
nous suggère aucune correction pour ce passage cor¬ 
rompu, que les exigences de la rime et le contexte 
condamnent absolument*). 

En présence de cet assemblage bizarre que nous 
montre l’édition de Marot, de corrections excellentes, 
d’autres partielles, d’autres encore qu’il n’a pas soup¬ 
çonnées, la conclusion s’indique de soi-même que 
l’éditeur a pris pour base de son travail un exem¬ 
plaire (de l’éd. Nyverd) revu à la hâte et sans sys¬ 
tème d’après un ms. précieux. 

Ce Villon annoté qui, peut-être , lui a été commu¬ 
niqué par un de ces bons vieillards dont il 
parle dans sa préface, Marot l’a ensuite rajusté à sa 


1 ) Dans le doute si nous avons trouvé la vraie solution des difficultés 
offertes par le vers navré de Villon, nous nous abstenons, avec beau¬ 
coup de regrets et après beaucoup de vaines recherches, d’émettre une 
conjecture hasardée qui rétablisse tant soit peu le sens du passage. 


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manière, sans avoir touché pourtant intimement ni 
à la matière, ni à la forme du poète. 

Tout ceci n’a pas besoin de plus ample démonstra¬ 
tion, il nous faut seulement rechercher encore à 
quelle catégorie le ms. appartenait sur lequel les vé¬ 
ritables émendations de l’édition de Marot se fondent. 

Une chose nous trappe tout de suite, c’est que les 
variantes du ms. de Marot peuvent très-bien se 
réconcilier avec les leçons du ms. principal que nous 
avons trouvé au bout de nos recherches sur A, B, C, 
D et l’éd. 1489; on dirait que les émendations de 
Marot (P. T. XIII. 3, tahon; XXV. 1, par pitié) 
proviennent d’un ms. copié correctement et en con¬ 
naissance de cause sur le brouillon raturé, glosé et 
mal écrit qui doit avoir été l’original des autres mss. 
La conclusion n’est pas lointaine que l’éd. de Marot, 
dans les parties que nous avons signalées, a pour base 
un livre transcrit par une main habile à l’intention 
d’un grand seigneur qui protégeait ou avait protégé 
le poète. 

Un seul passage semble s’opposer à cette conclu¬ 
sion; c’est dans le h. XXV du Petit Test, où Marot 
nous donne un vers tout à fait différent de celui des 
mss. D’après A, B, C et D Villon laisse un don 

A trois petiz enffans tous nuds, 

Nommez en ce présent traictié, 

Pouvres orphelins impourveuz, 

Tous deschaussez et des vestuz, (C et D: tous despourveus) 
Et desnuez comme le ver ; 

tandis que Marot qualifie ces trois petits enfants 
d’une autre manière: 

Nommez en ce présent traictié, 

Affin qu’ilz en soient mieulx congnus,, 


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112 


Pouvres orphelins impourvenz, 

Et desnuez comme le ver. 

La leçon dé Marot est certainement supérieure à 
celle des mss., d'abord elle s'accorde mieux aux fines¬ 
ses de la rime (nuds; congnus) observées en gé¬ 
néral par le poète, ensuite elle rentre tout à fait 
dans le genre d'esprit et d'ironie qui règne d'un bout 
à l'autre du Petit Testament: ce n’était vraiment pas 
un honneur enviable d'être partout connus comme 
les disciples du bohème, de même que sa renommée 
à lui qu'illègue 1 ) à son plus que père Maistre 
Guillaume de Villon n'aura pas beaucoup servi 
à rehausser l’éclat du nom de Villon. 

Au contraire le vers donné par les mss. est lourd 
terne et redondant. Heureusement, il est facile d'en 
expliquer la présence. En effet on ne le trouve pas 
dans l'éd. 4489, qui nous offre par conséquent une 
strophe de sept vers ; et la supposition n'est donc 
pas trop hardie que le ms. principal présentait dans 
ce lieu une lacune ou plutôt une rature comblée à 
la marge par l’invention du vieux glosateur banal 
que nous avons déjà rencontré souvent et qui n’avait 
reçu du ciel ni le don de beaucoup d'intelligence ni 
celui de beaucoup d'esprit. L'éd. de 1489 s'est abstenue 
prudemment (et ce n'est pas la seule fois, comme 
nous l'avons montré, qu'il donne signe de cette pru¬ 
dence) d’admettre la glose marginale dans le corps 
du texte, tandis que les mss. ont donné dans le piège. 

Le ms. de Marot seul nous a gardé la tradition du 
ms. original d’avant la rature. 

On pourrait faire une objection à cette argumen¬ 
tation et soutenir qu’un vers comme: 

2 ) P. T. IX. 


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113 

Affin qu’ilz en soient mieulx congnus, 

ne saurait être de Villon, parce que d’après les règles 
de sa prosodie soient a la valeur de deux pieds et 
non d’un seul comme dans le vers de Marot. 

Aussi faut-il bien sûrement ôter Yen superflu du 
vers et rétablir ainsi la véritable leçon de Villon. 
Nous avons pleinement le droit de faire ce change¬ 
ment en voyant que presque partout Marot, suivant 
en cela l’exemple des imprimeurs du XV e siècle, fait 
subir au vers de Villon un léger remaniement pour 
rétablir à sa manière la mesure qu’il croit endom¬ 
magée par la résonnance de la finale -ent<) 
Ainsi le cas présent qui à première vue semble 
contredire la supposition d’un seul manuscrit comme 
source commune de notre tradition des œuvres de 
Villon, le cas du huitain XXV, disons nons, mûrement 
pesé, vient à l’appui de cette supposition et par là donne 
une grande autorité à la tradition du texte que nous 
possédons. Car, si nous ne nous trompons du tout 
au tout, c’est bien là un indice sûr que nous n’avons 
affaire ni à une transmission orale du Petit Testa¬ 
ment, ni à un recueil de bribes poétiques rassemblé 
un peu à l’aventure par quelque disciple de Villon, 


') Ainsi dans ce même huitain XXV l’avant dernier vers est donné par 
lui sons la forme : 

J’ordonne qu’ilz seront ponrvens, 

tandis qne les édd. du XVe siècle lisent encore: qn’ilz soient p. 
Dans son édition du Roman de la Rose, Marot agit de la même façon. R. 
Je la Rose ed. Méon vs. 96, p. exemple : 

Qni chantoient par ces buissons ; 

Marot: 

Qui or chantoient par les buissons. 

8 


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mais bien à un manuscrit original, l’oeuvre directe 
ou indirecte du poète. 

C’est l’histoire du texte de ce manuscrit que nous 
allons expliquer en partie, en partie résumer dans 
le chapitre suivant. 


VIII. 

Une grande difficulté nous arrête au seuil de ces 
recherches. Lorsqu’on parcourt attentivement le Petit 
Testament, on y remarque >) dès le début une con¬ 
fusion d’idées, des incohérences de sens, des dispa¬ 
rates de ton auxquelles nulle critique verbale ne peut 
remédier, mais qui doivent leur origine soit à des 
omissions ou des transpositions de strophes, soit à 
un remaniement incomplet de son travail par le 
poète lui-même. En d’autres mots le texte du Petit 
Testament que nous avons poursuivi jusque dans le 
manuscrit principal, — ce texte original montre déjà 
les traces de retouches diverses et possède son his¬ 
toire à lui. 

Or pour reconstruire le chemin parcouru par le 
poème jusqu’à ce qu’il aboutit à la forme que nous 
possédons, nous manquons absolument de matériaux 
définis ; nous nous mouvons sur le terrain de l’hy¬ 
pothèse pure. Ce n’est pas une raison pour ne pas 
aborder le problème. Seulement il nous faut faire 
une excursion sur le domaine de l’histoire littéraire. 


*) Si cette incohérence n'a pas santé aux yeux des précédents éditeurs 
et commentateurs, c’est grâce à l’interprétation extrêmement défectueuse 
de ces premiers huitains. 


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115 


La Mort a été la grande préoccupation du moyen 
âge ; tout ce qui touchait de loin ou de près à l’idée 
de mourir était d’un intérêt prépondérant, intérêt 
qui s’attachait surtout aux préparatifs que l’on devait 
faire avant le sombre voyage dans la contrée mysté¬ 
rieuse. 

La poésie, comme c’était son droit, s’est emparée 
de ce motif, et c’est Jean de Meung, l’auteur de la 
seconde partie du Roman de la Rose, qui le premier 
a tiré parti du cadre offert par le Testament pour 
juger les vanités des divers états de ce monde devant 
la loi inexorable de la Mort : revue des faiblesses hu¬ 
maines passée aux bords,de l’abîme immense et plein 
de terreurs qui attend ses victimes. 

Cette haute satire morale, renfermant des tableaux 
précieux de la société du moyen âge est restée po¬ 
pulaire pendant plus de deux siècles ; le grand nombre 
de manuscrits, les différentes versions '), les emprunts 
faits par les poètes en quête de sentences morales 
l’attestent clairement. ») 

On pourrait trouver une autre preuve de sa po¬ 
pularité dans l’extension donnée, sur l’exemple de 
Jean de Meung, au mot Testament qui à la longue 
perd son sens spécial pour être appliqué à n’importe 
quelle poésie contenant un jugement général sur la 


x ) Le catalogue des manuscrits de la Bibliothèque de Bourgogne à 
Bruxelles donne sous le n°. 10462 l’indication d’un Testament de 
Jean de Stavelot. Ce n’est autre chose qu’une version en dialecte 
liègois du Testament de Jean de Meung, datant d’environ 1440 et 
due à la plume du célébré chroniqueur de Stavelot. Voir sur celui-ci les 
différents auteurs cités dans l’Introduction à la chronique de Jean Stavelot 
publiée par Ad. Borgnet. 1861. 

*) Villon en cite deux vers Grand Test. XV. 


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116 


vie humaine '); le cadre s’use, disparaît et il ne reste 
que le nom. 

Cependant on rencontre dans la première moitié 
du XVe siècle une tentative isolée de renouveler le 
genre en se conformant plus étroitement aux exigen¬ 
ces du sujet. C’est le Testament, occupant la plus 
grande partie d’un recueil fort rare intitulé : Les 
Fortunes et Adversitez de feu noble hom¬ 
me Jehan Regnier escuier en son vivant 
seigneur de Garchy et bailly d’Auxerre.») 
Se rattachant d’un côté à la poésie didactique, d’autre 
part renouant en quelque sorte la tradition des trou¬ 
vères, auteurs de Congés, le bailli d’Auxerre met 
un cachet personnel à son œuvre en faisant mention 
de ses aventures et de ses voyages. Malheureusement 
cette oeuvre est diffuse, informe, monotone ; il lui 
manque le souffle poétique et cette soi-disant poésie 

*) Ainsi l’Oraison de Nostre Dame faicte et composée 
par maistre Pierre de Nesson, petit poème extrêmement ré¬ 
pandu à la fin du moyen âge, est intitulée dans quelques mss.: Le Tes¬ 
tament de maistre Pierre de Nesson; p. e. dans le ms. 
Harl. 4397 du British Muséum. Le dernier en date de ces Testaments 
moraux ayant quelque valeur littéraire nous semble être le Testament 
de Lucifer par Pierre Gringoire. 

*) Imprimé chez Jehan de la Garde, Paris, 1526 ; on n’en connaît que 
deux exemplaires; j’ai coiisulté celui de la Bibliothèque Nationale, coté 
Y. 4471. M. Campaux parle de ce livre dans son chapitre sur les prédé¬ 
cesseurs de Villon, 1. c. p. 25-30. Son extrême rareté en fait la joie des 
bibliographes et bibliophiles. Récemment encore M. Paul Lacroix dans ses 
Recherches bibliographiques sur des livres rares 
et curieux, éd. Rouveyre, 1880 a repris la thèse fort contestable 
d’une sorte de parenté qui existerait entre le testament de Regnier et 
celui de Villon. Regnier n'était pas si inconnu qu’on l’a dit ; il est cité 
parmi les bons facteurs dans une pièce faite à la louange des poètes 
du XVe siècle, Ane. Poés. Franç. T. VII. A nous, il nous paraît sur¬ 
tout intéressant pour quelques renseignements qu’il donne sur la société 
au milieu de laquelle les Cent Nouv. Nouvelles ont été composées. 


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117 


marque plutôt une transition entre deux époques 
littéraires qu’elle ne peut prétendre à l’honneur d’avoir 
servi de modèle à Villon. >) 

En tout cas l’auteur du Petit Testament n’a 
pas plus suivi la voie tracée par Regnier qu’il n’est 
allé puiser son inspiration dans le Testament de 
Jean de Meung. En effet, la Morale n’a pas été 
seule à s’affubler du bonnet de notaire pour dicter 
ses dernières volontés ou son jugement suprême sur 
les choses de la vie, deux autres — faut-il dire in¬ 
stincts ou passions ? — ont recherché ce cadre pour 
pouvoir parler à leur aise: l’instinct gouailleur et le 
sentimentalisme amoureux. 

Le premier exemple bien précis du Testament 
burlesque se trouve dans les lectres envoyées 
par Eustace Deschamps lui estant malade 
et la maniéré de son testament par esba- 
tement ») Le poète y laisse: 

à mon curé 
Ma pucelle quant je mourré 

Je laisse aux ordres mandions 
Mon grant escrin où il n’a riens 
Excepté le bois et le fer, 

Car ilz gectent les gens d’enfer 


*) M. Campaux 1. c. p, 31, 32 cite encore le Testament de Jenin 
de Lesche comme un des modèles probables de Villon. Nous croyons 
qne les éditeurs des Âne. Poés. Franc. X, p. 369—372 ont donné la preuve 
irréfragable que cette pièce date du commencement du XVIe siècle et 
n’est pas antérieure au règne de François I. 

*) Ms. des oeuvres de Descbamps 840 franç. de la Bibliothèque Nat. f°. 
CCCCXXI. La suscription, comme il serait facile de la prouver, est due 
au copiste Tainguy. En plaçant l’époque de la mort de Deschamps vers 
1420 (Crapelet. Précis historique etc. p. X.) on est justifié en datant la 
pièce citée du commencement du XVe siècle. 


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118 

Et font aler en purgatoire 

Des leur vivant, qui les veult croire. 

Item je lesse à l’ordre grise 

Ma viez braie et ma viez chemise. 


Et si vous laisse vers Beaumont 
La riviere qui va amont 
Pour prandre l’eaue à vostre usaige. 
Je n’ay mais c’un poure fromaige 
Que je doing maistre Nicolas, 

Et si laisse joie et soûlas 
A ceuls qui la vouldront avoir. 


Et s’ay laissié pareillement 

Au Roy le Louvre et le palays 

Et la tour du bois c’est beau lays. etc. 

Dès l’abord on reconnaît la façon des legs de Vil¬ 
lon , quoique nous ne veuillons nullement dire pour 
cela qu’il ait imité ce testament-ci de Deschamps; 
nous croyons plutôt que ce genre de poésie était 
représenté en beaucoup plus grand nombre dans la 
littérature que l’on ne jugerait d’après les traces rares 
qui nous en restent avant que Villon ne s’y fût 
illustré. Seulement ces productions faisant allusion 
aux choses et personnes du temps et du jour et 
comptant pour de la littérature facile et populaire, 
ont disparu complètement. Ce qui nous fait présu¬ 
mer leur existence c’est que dans les pays qui ont 
subi l’influence des lettres françaises, la poésie con¬ 
temporaine , même antérieure à Deschamps nous offre 
des exemples du genre. 

En Espagne nous rencontrons le Testament de 
l’Archidiacre de Toro, poète de la seconde moitié du 
XIV e siècle <) ; mi-sérieuse, mi-burlesque, pas exces- 

D Cancionero de Baena, éd. Fr. Michel, II. p. 9. ss. Nous en copions 


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H9 

sivement spirituelle, cette pièce ne doit surtout pas 
être passée sous silence en énumérant les prototypes 
du Petit Testament, parce que sa division en 
strophes régulières l’en rapproche beaucoup. En An¬ 
gleterre aussi deux vers d’un poème fort populaire ') 


quelques vers pour bien montrer le earactère dn poème. L’archidiacre lègue 
Bon coeur z 

O meu coraçon muy leal otrossÿ 
Mando, amigos, sy veja praser, 

Ha a muy linda é de grant poder, 

Mifia ssefiora, que por meu mal vÿ. 

Mando meus ollos, con toda su yysta, 

A un judio çego de Valladolide ; 


é mando a mifia muyta loçania 
Alfonso Gunçalee mayordomo da rryfia 
Por que sse calçe melor et sse vysta: 

Mando aos porteyros del muy alto rrey 
A mifia vergonça para demandar ; etc. 

Iff Voir aussi: Puymaigre, La cour littéraire de Don Juan II. I. p. 47, 

48. Pour l’influence exercée sur les lettres espagnoles par la littérature 
française comp, Mila y Fontanals. Trobadores en Espana, p. 487 ; Cam- 
b°nlin. Essai sur l’histoire de la littérature catalane, p. 57 ss. etc. Dans 
k conrs du XVe siècle la ressemblance des deux littératures devient en- 
Wïe plus frappante, comp. p. e. les vers de la confesion rimada 
^ Fernan Perez de Guzman cités dans la Historia critica de la Literatura 
^paftola d’Amador de los Rios. T. VII. p. 431 avec la Ballade de 
? ^Onne doctrine de Villon. La va-et-vient continuel des chevaliers 
f e t des aventuriers militaires explique en partie ce commerce d’idées entre 
W deux pays ; voir le Victoria 1, chronique de Don Pedro 
Nifto, éd. Circourt, p. 132; Quicherat, Rodrigue de Villandrando f 
^ ' Taris, 1879. passim ; Tuetey , Les Ecorcheurs, I. p. 159 etc. 

' l ) W. Langlands Vision of Piers Plowman [± 1370] éd. 

eCÎ ! 8keat d’après le ms. Vernon p 78. Piers Plowman avant de partir 

loilit P°ur 8011 pêlérinage fait son testament, il lègue son âme à Dieu, son 

-y corps à l’Eglise : • 

! The chirche schal hâve my careyne and kepe mi bones 

a l Vor of my corn and catel heo craveth the tithe. 


I 


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120 

du XIV e siècle semblent supposer l’existence de tes¬ 
taments satiriques goûtés par le peuple. Mais ne nous 
perdons pas dans ces suppositions, le petit nombre 
de données précises que nous avons rassemblé peut 
suffire. 

Quant au Testament d’amour il a ses racines 
dans la rhétorique et les doctrines des troubadours 
et des trouvères qui représentent l’amant comme 
malade ou mourant à cause des refus de la dame 
ou de la séparation obligée •). Sur ces fondements 

Pour retrouver les origines du testament burlesque il fan. 
drait remonter beaucoup plus haut, il faudrait parler du Testâmes 
tum Porcelli (la dernière éd. est de Buecbeler, Petronii Satirae etc. 
Weidmann, 1882, p, 241, 242.) qui date du IVe siècle de notre ère, dn 
Testament d’À bu S e i d , la 49e Macame de Hariri etc. La dernière 
fois qu’on ait usé, autant que nous sachions, de ce cadre dans une inten¬ 
tion satirique, a été lorsque Grosley parodiait la réponse de Rousseau à 
la question posée par l’académie de Dyon dans l’Oraison funèbre 
et le Testament de Bricotteau (Ch. Nisard. Histoire des livres 
populaires 2e éd. T. p. 341—363); bien entendu nous ne mettons pas en 
ligne de compte les imitations savantes et littéraires de Villon du siècle présent. 

*) Voir la chanson célèbre de Bernart de Ventadom, Bartsch Chresto* 
mathie provençale, 3e éd. 56, 6 ; comp. encore pour les troubadours les 
citations recueillies par. F. Michel, Heinrich von Morungen und die Trou¬ 
badours (Quellen und Forschungen etc. XXXVIII. p. 95 ssj, pour les 
trouvères Màtzner, Alttranzôsische Lieder, maladie p. 246, mort 
p, 251; Hannappel, Poetik Alain Chartiers (Franzosische Studien I. 274) 
etc. L’école moderne anglaise aime beaucoup ce rapprochement de l’amour 
et de la mort: rappelons à ce propos le premier des Sonnets portu¬ 
gais d’Elizabeth Barrett Browning où la forme des idées a été visible¬ 
ment inspirée par la lecture de Dante et de Chaucer (voir Letters of E. 
B. B. to R. Hengist Home I. p. 96—127, Chaucer modernized, surtout 
p. 111). On pourrait émettre l’opinion que Dante et Chaucer ont frayé le 
chemin pour les poètes mineurs du moyen âge dont les conceptions et les 
formes ont été préconisées par les auteurs de la période littéraire qui suit 
celfe de Mrs. Browning. Se rappeler aussi le beau vers de Ronsard qui 
termine le recueil des sonnets adressés à Helène de Surgères : 

„Car l’Amour et la Mort n’est qu’une même chose”. 


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121 


l’auteur formaliste de la seconde partie du Roman 
de la Rose a bâti la conception d’un testament au 
moyen duquel l’amant malheureux exprime sa der¬ 
nière volonté à la dame de sa pensée. 

Mes, comment que de moi aviengne, 

(dit l’amant typique du Roman de la Rose) 

Je li (Amour) pri que il li soviengne 
De Bel-Acueil après ma mort, 

Qui sans moi mal faire m’a mort. 

Et toutes fois por li déduire, 

A vous, Amors, ains que ge muire, 

Dès que ne puis porter mon fès, 

Sans repentir me fais confës, 

Si cum font li loial amant, 

Et voil faire mon testament; 

Au départir mon cuer li lés, 

Ja ne seront autre mi lés . l ) 

Au XV e siècle ces Testaments, à qui Jean de Meung 
ne donne encore que deux vers de son Roman, 
deviennent le centre de poèmes assez étendus ; 
littérature fade au suprême degré, pleine d’allégories 
incohérentes. On y croit entrevoir des lambeaux 
d’idées et de sentiments et ce sont des ombres vaines 
qui vous échappent; il y est parlé d’amants qui 
meurent mille morts, et qui ne s’accommodent pas 
mal à ce régime mortel, d’amants qui doivent être 
régénérés et qui courent au trépas pour renaître à 
une vie nouvelle *) ; de toutes parts on sent combien 

’) Roman de la Bose vs. 4820—4831; vs. 4826 les édd. avec un grand 
nombre de noss. lisent son fès, j’ai corrigé mon fès d’après le ms. 
700 de la Biblioth. Royale de la Haye. 

*) Le Testament d’un Amoureux qui mourut par amours, 
(réimprimé Ane. Poés. Franç. IV p. 193—206) qu’on peut dater avec une 
assez grande sûreté des environs de 1600 et que M. Campai: x cite p. 278 


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m 

ce siècle se démène ridiculement dans la défroque 
littéraire que les grands siècles précédents lui ont 
léguée, comme il est des familles où les cadets por¬ 
tent les habits usés de leurs aînés. 

Villon, pour revenir à lui et à son œuvre, dans 
les huitains qui ouvrent le Petit Testament a donné 
dans la maladie de son temps. C’est l’éternelle 
»dame sans merci” qui dès les premières stro¬ 
phes, vous regarde de son œuü froid et de son 
sourire guindé tandis que l’amant essaie en vain 
de l’attendrir sur son sort par des lamentations 
ampoulées. Il est vrai que sous les formules res¬ 
sassées des cours d’amour, la prison qui le 
brise, la soudure qui attache son coeur, la 


parmi les imitations de Villon appartient bien plutôt à cette littérature 
qui côtoie l'oeuvre de notre poète sans pouvoir aucunement être confondue 
ayec elle. Un modèle du genre est Le M a r t i r d’amours (de 1464) 
ms. franç, de la Biblioth. Nat. 1661. f®. 13 ss. ; on y trouve la doctrine 
de la régénération dont il est fait mention dans le texte: 

Car il (l’amant) n’est pas assez purgié 

Et qu’il face son testament 

En accomplissant son martire. etc. 

Dans la littérature espagnole du XVe siècle nous trouvons le Testa- 
mento de amor de Garci Sanchez de Badajoz, voir sur lui Velâzquez, 
Origines de la poes. castellana, p. 64. M. P. J. Pidal dans son Introduc¬ 
tion à l’éd, de Madrid, 1851, du cancionero de Baena (de la Poes. 
Cast. en los siglos XIV y XV) mentionne le Testamento 
del maestre de Santiago, poème inédit de Juan de Valladolid ; 
d’après les extraits qu’il en communique cette œuvre appartient au genre 
didactique. 

Peut-être y a-t-il une lointaine allusion à ces Testaments d’amour 
dans Shakespeare, Romeo and Juliet Act I. Sc. 1, 196,6: 

Bid a sick man in sadness make his will: 

Ah, word ill urged to one that is so ill. 


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123 

mort de martir qui le placera au nombre 
des saints amoureux') — que sous ces formules 
même on reconnaît le grand poète à sa touche juste et 
ferme, à je ne sais quelle note intime et personnelle *), 
mais malgré ces qualités on s’aperçoit bien vite qu’il 
se débat dans un genre faux. Est-ce que c’est parce- 
qu’ii meurt amant martir ou plutôt parce 
qu’il va en pays lointain qu’il fait son testament? 
On croirqjt presque que la raison qu’il donnera c’est 


*) La prison: se rappeler le début du premier sonnet de la Yita 
Nu o v a : 

A mascuna aima p r e s a e gentil core ; 

F, Wolff. Ueber einige altfranzosischc Doctrinen und Allegorien von der 
Minne; Bauduin de Condé fit la Prison d’amours, Jehan Froissart 
la Prison Amoureuse; Diego de San Pedro la Cârcel de Amor; 
pour A. Chartier, Hannappel, 1. 1. p. 289. A ce propos je ne me puis 
retenir de copier les vers d’un poète moderne où il décrit sa dame des¬ 
cendant jusqu’à lui; 

when the whole 

Of the deep stair thou tread’st to the dim shoal 
And weary water of the place of sighs, 

And there dost work deliverance, as thine eyes' 

Draw up my prisoned spirit to thy soûl ! 

D. G. Rossetti, The House of Life. 

Le martire, voir Hannappel 1.1. p. 274. Souldure; on a beau¬ 
coup admiré cette image de Villon , on est allé (Campaux, p. 87) même 
jusqu’aux confessions de Saint Augustin pour trouver quelque chose d’ap¬ 
prochant; la vérité est que Villon a très-bien pu tirer cette métaphore 
des oeuvres de ses prédécesseurs; p. e. Martin Franc, Le Champion des 
Dames (éd. Verard, s, d. et s. pag.) : 

Deux cuers de rubis.... 

Assez paroit que dessoudez 
Eussent esté moult rudement 
Neantmaius furent ressoudez 
Ensemble si estroitement 
Qu’il sembloit véritablement 
Qu’on ne les peut plus deslier. 

*) voir p. 60. 


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124 

qu’il se sent près de mourir; non, il établit ses 
legs parce qu’il part en voyage et c’est ainsi que la 
réalité donne le croc en jambe au sentimentalisme et 
que le lecteur reste sous une impression extrême¬ 
ment vague. 

Villon se rattrappe, après cette introduction lar¬ 
moyante, sur la série de ses legs burlesques. 

On s’est demandé souvent quel est le sous-entendu 
comique qui sature d’esprit ces dispositions testa¬ 
mentaires constituant la plus grande part et la ma¬ 
tière propre de notre poème. Nous le trouvons dans 
le rôle de chevalier •) que le bohème endosse en le 
parodiant finement ou brutalement comme il lui con¬ 
vient et sans oublier un seul instant son existence de 
vagabond et de coureur de tavernes. 

C’est ainsi qu’il laisse sa renommée (il ajoute ma¬ 
licieusement: qui court le monde en l’honneur du 
nom de Villon), ses tentes et son pavillon, tout le 
bagage du chevalier en quête de tournois, à son père 
adoptif, maistre Guillaume Villon. >) Tournez quel¬ 
ques pages et vous trouverez ce même chevalier à 
peine en possession de quelques petits blancs, 3 ) 
léguant ses châssis tissus d’araignée aux hô¬ 
pitaux. On pourrait continuer de la même façon, le 
montrer ici distribuant son cheval blanc, ses 


x ) comp. p. 47. 

a ) M. R. L. Stevenson, le charmant conteur et l’essayiste éminent, un 
des esprits les plus délicats et les plus pénétrants de la littérature con¬ 
temporaine, a quelques bonnes observations sur les rapports entre Villon 
et son père adoptif dans un Essay intitulé François Villon, stu- 
dent, poet and housebreaker, Familiar studies of Men and 
Books p. 128—200. Voir aussi la nouvelle: A lodging for the 
n i g h t dans le second volume des New Àrabian Nigbts du même auteur. 

*) Le petit blanc valait 6 deniers sous Louis XI. (Bibliopb. Jacob). 


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chiens, son diamant •), là n’ayant à donner 
qu’un canard et ses vieux souliers, ici léguant 
sa huque de soie et dix muids de vin blanc, 
là ses habits usés jusqu’à la corde et un pot d’eau 
de la Seine. Certes le comique de la situation n’est 
nullement encore épuisé par cette juxtaposition des 
deux états d’écuyer et de bohème, chaque huitain a 
sa veine spéciale: ce cheval blanc, ce diamant, 
comme la mention de l’Asnè rayé») qui les suit 
indique, sont des enseignes d’auberge 3 ); ces chiens 
appartiennent bien certainement à la catégorie des 
chiens tels que la locution populaire les promet 
tout comme les oiseaux 4 ), ce canard apparemment 


’) Cadeau qu’il a quasiment reçu d’une dame; comp. l’hystoyre du 
petit Jehan de Saintré, chap. XXVI: „Et au prendre congié, 
ma dame, le baisant, en l’ung de ses doigtz un très bel et riche dya- 
mant luy mist.” 

*) Voir Esbatement du mariaige des quatre filz Hé- 
mon, (Jubinal Mystères inédits du XVe siècle I. 369.) et Ane. Poés. 
Franç. VI. 177. 

8 ) Le legs suivant de la bulle qu’il donne aux curés, pour la met¬ 
tre s u s ; c-à-d. pourqu’ils la maintiennent et la défendent, indique 
bien la manière dont il faut interpréter les autres dons contenus dans le 
huitain: il lègue ce qu’il ne possède pas à ceux qui le peuvent prendre 
et garder. Ces nuances font la grande difficulté et le grand charme de 
Villon. 

*) Comp. Les contes etjoyeux devis de B. des Périers, 
nouv. CVI : „l’abbé lui promettoit chiens et oiseau x.” Ainsi Villon 
lègue, P. T. XXXIV, a Pierre de Rousseville : Escuz tieulx que 
le prince donne le contexte montre clairement que son intention 
est de ne lu.i laisser rien; c’est done eu opposition avec ce que le prince 
promet, q u’il parle ici de ce qu’il donne effectivement. C’est là un des 
effets comiques habituels de Villon, dont on trouve maint exemple dans 
le Grand Testament; un mot, une locution en suggère une autre, sous 
l’influence de laquelle le terme employé prend sa valeur et son relief, 
c’est ce qu’on pourrait appeler de la perspective comique. Je ne puis in¬ 
diquer ici que d’un seul mot les vers que j’ai en vue. G. T. IL 2. eu 




126 


est un effet de la grâce de St. Canart 1 ); chaque legs 
pris séparément ou en combinaison avec d’autres a I 

sa physionomie comique à lui et on entend dans I 

chaque strophe du Petit Testament comme des rica- s 

nements qui se répondent et se cherchent, de l’esprit s 

en ricochet. Aussi nous ne voulons nullement tran- i 

cher le Petit Testament en deux parts, dont l’une i 

serait la contre-partie de l’autre *), ce serait recon- i 

naître trop de suite au talent de Villon, ce serait i 

voir une intention trop définie dans ce qui n’est 
peut-être qu’un effet du hasard de deux journées 1 
différentes vouées au travail poétique, — et il reste 
toujours quelques huitains de satire personnelle qui 
formeraient une catégorie à part. Mais, avec toutes 
ces restrictions, on ne peut se soustraire à l’impres¬ 
sion que la note dominante du Petit Testament est 
le persifflage de la chevalerie et que cette série de 
legs n’est qu’une procession de loques transformées 
en partie pour l’occasion par les reflets magiques du 
caprice poétique en l’accoutrement de quelque écuyer 
riche et honoré. La citation de Végèce 3 ) au début 
du poème, à elle seule nous l’aurait pu apprendre. 


friche suggère en souffrance XYI. 6. sur pied ou en bière 
suggère à pied ou à cheval: L. 7. tenir en parolles suggère 
tenir en mue, etc. 

*) Cotgrave, grâce de S. Canart; prov, a gift of that which tbe 
giver cannot keep. 

s ) Quoique l’ordre de succession des huitains dans les manuscrits nous 
permettra, comme on le verra, une distribution plus logique que celle 
qui a cours dans les éditions. 

8 ) Le bibliophile Jacob dans son éd. de Fillon approuve la variante de 
l’éd. Galiot du Pré, 1632, qui met Y al ère au lieu de Végèce , comme 
si la sentence : „q u ’ on doit ses oeuvres conseilliez” devrait 
être attribuée & Yalerius Maximus. Le savant bibliophile oublie que le 
livre de Yégèce „de chevalerie” était presque aussi connu dan» les 


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Et ce qui vaut bien plus, l’esprit dans lequel le 
Petit Testament a été écrit, lui donne sa date et son 
heure précises dans la littérature du XV e siècle. Car 
si nous ne nous trompons du tout au tout, cette 
satire mi-chevaleresque, mi-bouffonne appartient à un 
genre d’ouvrages qui caractérisent la période où la 
chevalerie commençait à se ressentir de son propre 
déclin. On avait attaqué bien des fois, au XIV e comme 
au XV e siècles, la noblesse guerrière >), cependant 

deux derniers siècles du moyen âge que Yalère. Jean de Meung l’a tra¬ 
duit sur la fin du XHIe siècle et les nombreux exemplaires de différentes 
versions, soit du XIYe soit du XYe siècle qu’on trouve dans les Bibliothè¬ 
ques attestent sa popularité; p, e. la Biblioth. de Bourgogne & Bruxelles 
en possède trois: ms. 11195 du XIYe siècle, „C e est li livres 
Flave Yegesce de la chose de ch e val e rie”; ms. 11048 du 
XYe contient le texte modernisé du ms. 11195; ms. 11046 est une version 
totalement différente. Livre III, c. 26 , Yegèce donne une série de maxi¬ 
mes, traduites par le ms. 11195 sous le titre de : Biglez gener- 
raulz d’armez et de bataillez. Il est à remarquer que là où 
le texte latin se rapporte spécialement à la vie militaire le traducteur 
généralisé la maxime; p. e. Yeg: „Exercitus labore proficit otiocon- 
senescit;” ms. 11195: n Homs prouffite par labour et aneantist par oiseuse”. 
Quelquefois dans les mss. ces maximes et d’autres extraits de Yégèce se 
trouvent à part comme un petit corps de préceptes généraux, p. e. British 
Muséum Harl. 4473. f°. 51 — 68; L’instruction de chevalierie 
et l’art de guerre. A l’une ou l’autre de ces sources Yillon aura 
pu puiser, ou bien la tradition orale lui sera venue en aide; car Yégèce 
était beaucoup cité dans les cercles littéraires qui avaient des attaches 
parmi la chevalerie ; comp. Christine de Pisan, La mutacion de fortune, 
ms. fr. de la Bibl. Roy. de la Haye 701 f°. XLI; en outre les réformes 
militaires de Charles YII, 1439, 1445, (Yallet de Yiriville, Histoire de 
Charles VII, III. 56, s.) avaient donné un regain de popularité au livre 
de Yégèce, où les principes de l’art militaire étaient discutés ; c’est dans 
cet ordre d’idées, par rapport à la nouvelle renommée militaire des Fran¬ 
çais , qu’il est cité, p, e. dans la Salle d’A. de la Sale, Bibl. de Bour¬ 
gogne, ms. 10959. f°. CXCIY; ce livre, comme il n’est peut être pas 
inutile d’ajouter date de 1461 ; comp, Gossart, Bulletin du Bibliophile 
Belge. 1871. p. 80. 

*) Voir p. e. Chronique de Loys de Bourbon, ed. Chaaaud, 



•128 


elle avait toujours relevé la tête, elle avait même 
retrouvé tout l’éclat de ses splendeurs passées aux 
grands tournois qui marquent la fin de la guerre de 
cent ans >). Et pourtant le rôle de la chevalerie était 
bien fini, elle lâchait sa prise sur la société, il n’y 
avait plus de place pour elle dans l’état moderne, 
national qui se dessinait à l’horizon ; elle se sentait 
vaincue, elle doutait d’elle-même. 

Ce sentiment a trouvé son expression littéraire dans 
les derniers chapitres de l’Histoire du Petit Jehan de 
Saintré (1450—1460). La tristesse, mêlée d’étonne¬ 
ment vous gagne en parcourant ces dernières pages 
d’un livre qui, à son début promettait une perspec¬ 
tive charmante , on éprouve comme le choc d’un res¬ 
sort qui se brise : c’est tout un monde qui va dispa¬ 
raître et une société nouvelle qui surgit»). 

Au milieu de ce monde atteint dans sa vitalité 
Villon jette la note gouailleuse de son Petit Testa¬ 
ment et son public à lui, chevaliers ou écuyers 
appauvris, la domesticité de quelque grande cour 
princière, les étudiants de l’Université, la bazoche 
turbulente, les vagabonds à l’existence équivoque, 


chap. III: comment Huguenin présenta au duc le livre peloux qu’il 
avoit faict contre les nobles etc. ; et les exclamations haineuses 
du Bourgeois de Paris sub anno 1444, éd. Tuetey p. 370. 

*) Villon fait allusion à un de ces tournois, G. T. CXXIX. 

*) Dans un passage d’un autre livre l’auteur du Petit Jehan de Saintré, 
Anthoine de la Sale, a noté non sans une ironie amère et pathétique Pavé- 
nement d’une nouvelle classe au maniement des affaires. n Il samble”, dit 
il dans la Salle (ms, de la Bibl. de Bourg. n°, 10959 f°. XLVI), 
„aux nobles que il est grant honte d’apprendre les sciences parquoy il 
convient que les choses qui doivent estre gouvernées par eulx soient gou¬ 
vernées par gens de petite condicion et jasoit qu’ilz en soient de bons, si 
ne requiert pas nature qu’ilz soient en généralité si bons de cœur et de 
pensée comme les nobles doivent estre s’ilz ne le sont. 


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■129 

i 

toute cette bohème dorée, insouciante, criminelle — 
le public de Villon le comprenait à demi-mot et ap¬ 
plaudissait aux lazzi qu’il leur distribuait. 

Trente ou quarante années plus tard la transfor¬ 
mation s’était accomplie ; la chevalerie s’était retirée 
de la vie réelle et, animée pour quelque temps encore 
d’un souffle factice, formait plutôt un décor qu’un 
élément constitutif de la société nouvelle. Le type 
bourgeois avait prévalu et par contre-coup l’intelli¬ 
gence sûre des intentions comiques du poète se per¬ 
dait: on ne s’en aperçoit que trop aux modifications 
subies par le texte dans les anciens imprimés et au 
groupement défectueux des strophes, qui obscurcit 
l’intention originale du maître. ») 

On s’en aperçoit bien plus encore en remarquant 
dans ces éditions l’absence des strophes finales du 
Petit Testament. Car ce petit poème d’un peu plus 
de trois cents vers peut être divisé en trois parties 
distinctes : après l’introduction sentimentale, après 
la bouffonnerie des legs , il contient le récit d’un songe 
ou plutôt d’un commencement de songe. Depuis l’au¬ 
teur du Roman de la Rose chaque poète qui respec¬ 
tait son métier, s’endormait au début de ses rimes 
et courait après le réel à travers le dédale de son 


x ) Le sort du Petit Testament de Villon a été partagé par d’autres 
oeuvres contemporaines. Nous avons déjà parlé de cette particularité inté¬ 
ressant au plus haut degré l’histoire littéraire du XVe siècle. Relevons 
encore ici le cas des XV J o y e s de Mariage; ce qui dans la forme 
originale de cette satire (représentée par le ms. de Rouen) rappelle la vie 
chevaleresque est omis par les éditions de la tin du XVe siècle et du com¬ 
mencement du XVIe, les tableaux de mœurs où l’écuyer joue le rôle 
principal sont transformés en scènes d’intérieur bourgeoises. Comp. surtout 
les variantes de la treizième joie, telles qu’elles sont données 
dans l’éd. Jannet p. 138, 139 et 176 


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430 


songe poétique. Villon, au contraire, partant de la 
réalité, après avoir conseillé ses oeuvres et 
disposé de ses biens, s’adonne à la rêverie vague qui 
conduit au sommeil ; un nuage passe sur son esprit 
et bientôt il aborde le charmant pays où la fantaisie, 
reine des songes, tient le sceptre. Quelle est l’image 
qui le leurre ? Bah , nous sommes bien curieux ; il 
ne nous l’apprend point, il se réveille tout d’un coup, 
se frotte les yeux et n’ayant plus envie de continuer 
son poème, ferme brusquement le livre et bonsoir 
au lecteur. 

Le songe, élément des plus nécessaires aux pro¬ 
ductions poétiques du temps, ne manque donc pas 
à l’œuvre de Villon ; seulement au lieu d’être le point 
de départ de ses effusions pathétiques, il en est 
l’éteignoir; ce songe final est comme un bonnet de 
nuit planté au chef de l’armure de chevalier qu’il a 
bâtie d’une façon si étrange et si fantastique des legs 
compris dans ses huitains. 

Mais qu’est-ce que ce bonnet, volontairement ou 
non supprimé par les éditions imprimées, peut bien 
signifier? L’intention comique générale n’est pas à 
méconnaître ; elle frappe en pleine poitrine ces auteurs 
dont le talent n’avait pu s’émanciper d’une forme litté¬ 
raire qui traînait depuis deux siècles dans le magasin 
poétique. Cependant la formule philosophique que le 
poète a trouvée pour déguiser sa satire nous montre 
qu’il poursuit un but caché, un dessein spécial. Car, 
comme on sait, dans les vingt ou trente vers traitant 
du sommeil du testateur, Villon a voulu faire montre 
de sa haute érudition, et pour dire qu’il a dormi il 
nous verse sur la tête tout un chapitre de somno 
et de somniis tiré de quelque traité aristotélique 
de Anima. 


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131 


Or, il existe un livre célèbre qui certainement n’a¬ 
vait pas perdu sa vogue du temps que Villon écrivait, 
et dont le cadre est justement la rêverie d’un homme 
cloué à son lit par la Mélancolie. C’est le traité de 
l’Exil ou de l’Espérance, comme on le nomme 
d’habitude, d’Alain Chartier. En comparant l’intro¬ 
duction de l’œuvre de Chartier avec les vers de Vil¬ 
lon, on ne peut se soustraire à l’opinion que ceci 
est bien une parodie de cela. Non seulement nous 
trouvons dans Chartier comme dans Villon l’enten¬ 
dement «surpris par un fantasieux somme”'), 
la mémoire compressée par oubliance») et 
d’autres expressions semblables, mais le style même 
du vieux auteur, qui aime à entasser les termes sa¬ 
vants, qui étale tout au long ses connaissances psy¬ 
cho-physiologiques, qui parle des quatre vertus 
sensitives, de la puissance végétative avec- 
ques ses quatre filles, du pouvoir de l’en¬ 
tendement et de la nature — ce style démodé 
est habilement imité dans les vers du Petit-Testament. 

Il est d’autant plus intéressant de constater le fait 
de cette parodie qu’il est certain que Villon a été en 
quelque manière le disciple d’Alain Chartier. Sans 
parler encore des poésies du maître , en ne feuilletant 
que ce même livre de l’Exil, il appert combien 
Villon doit à Chartier et sous le rapport des idées 
et sous le rapport de la forme *) ; mais sans se laisser 


*) AJ. Chartier, f°, XIV, Je cite comme toujours l’éd. de Galiot du Pré, 
1529, corrigé par le ms. 707 de la Biblioth. Roy. de la Haye. 

*) Chartier f°. XV. Comp. encore Chart. f°. III : „je senti ouvrir, couler 
(1. crouler) et remouvoir la partie qui au meilleu de la teste siet en la 
région de l’ymaginative que aucuns (leg. anciens) appellent fantasie”; et 
f°. XI Je demouray tout suspens”; f°. LXIIII: „opinative”; etc. 

*) On retrouve in nu ce dans le livre de l’Exil presque toutes les 


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132 


retenir par le respect des convenances, il a fait une 
niche à son maître en lui dérobant une partie de ses 
phrases à grand effet pour en orner sa propre ja¬ 
quette bariolée de bouffon. Et voilà comment le gamin 
de Paris après s’être moqué de la chevalerie, tire la 
barbe au chef vénéré de l’école littéraire contempo¬ 
raine , au père même de la grande prose française. 

Le vieux poète a-t-il été encore témoin de l’attaque 
de son disciple? Son oeuvre était-elle une nouveauté 
qui ne venait que de paraître dans le monde litté¬ 
raire ? Ce sont des questions auxquelles nous ne pou¬ 
vons répondre que par des conjectures ') et qui inté- 


considérations sur la ieunesse et la paresse, la vieillesse et la pauvreté 
qui remplissent la première partie du Grand-Testament; et cette expression 
même qui au premier abord semble du Villon si pur de l’adversité 
aiguisant ses lubres sentimens (G. T. XII. 5.) n’est elle 
pas empruntée au maître qui en parlant de la roue de fortune dit pitto 
resquement : f°. LXVIII „C i 1 qui est au dessoubz aguise son 
engin à la presse de l’angoisse.” — Au surplus on a la 
preuve matérielle, pour ainsi dire, de l’intime relation subsistant entre 
Villon et Chartier dans le fait d’une ballade du premier, égarée parmi 
l’œuvre du second et que nous restituerons à l’escolier parisien. 

*) La date de la composition de l’Exil d’Alain Chartier est fixée à 1438 
par M. Delaunay, qui s’est occupé longuement de cette question dans son 
Etude sur Chartier, Paris, 1876, p. 92—98, 171—173. Il est étrange que 
M. Delaunay n’ait pas remarqué que l’auteur lui-même nous donne une 
indication précise au corps de son œuvre. Chartier en parlant des Juifs 
dit f°. LXV : „Voyez qu’il a passé mil CCCLXIII ans qu’ilz sont exiliez 
etc.” Cela nous reporte à l’année 1433 et tous les faits mentionnés dans 
le livre concourent à nous faire accepter cette date: il doit avoir été 
écrit avant le traité d’Arras, aux premiers temps du concile de Bâle, au 
milieu des guerres hussites, environ vingt ans après la bataille d'Azin- 
court, lorsque l’auteur, pour finir par lui, avait déjà presque passé l’âge 
viril. Tous les problèmes qu’offre le traité de l’E x i 1 ou de l’E spé- 
rance sont résolus d’eux-mêmes, quand on place sa composition en 1433. 
D’autre part, M. Delaunay a parfaitement démontré que ce livre n’a pas 
été achevé par le poète, qu’il y manque non pas un épilogue mais une 
partie intégrante de l’œuvre ; dès lors sa publication ne peut pas tomber 


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133 

ressent plutôt l’histoire littéraire générale du XVe 
siècle que le sujet fort borné que nous nous sommes 
proposé. Qu’il nous sulfise, à nous d’avoir bien marqué 
les différentes inspirations d’où le Petit Testament 
procède et les intentions cachées ou apparentes que 
le poète y a voulu mettre. Oeuvre diverse, fragmen¬ 
taire , comme nous avons vu, se laissant diviser faci¬ 
lement en deux ou trois parties distinctes, écrite 
sans beaucoup de suite, au hasard de l’inspiration 


dans cette même année. Est-ce que ce n'est qu’après la mort de Chartier que 
son travail incomplet a vu le jour ? Ou est-ce que le poète sur ces vieux 
jours s’est laissé arracher des copies d’un livre fait en imitation libre du 
chef-d’œuvre de Boèce et l’égalant parfois par l’élévation de son style ? 
Il est impossible de répondre à ces questions, la date même de la mort 
d’Alain Chartier étant incertaine. On la met généralement en 1453 ou aux 
environs ; mais je crois qu'il faut la reculer de deux ou trois années. En 
effet il existe une complainte sur la mort de Jacques Mil¬ 
let auteur de l’Histoire de la destruction de Troie la 
grande où l’on trouve les vers suivants: 

Lors vint maistre Alain Chartier 
Sans nul autre hystoriographe 
Qui sur la tumbe vint trader 
En lettres d’or cest epitaphe. 

Cette complainte, faussement attribuée à Robertet par M. Petit de Jul- 
leville, Mystères, I. p. 316, parce qu’une copie nous en est restée dans 
ses papiers, est bien certainement l’oeuvre de Simon Greban, comme le 
prouve l’acrostiche Simon dans {la strophe finale de la complainte, telle 
qu’elle nous est donnée p. e. dans le ms. T. 328. de la Biblioth. Royale 
de la Haye. (Yoir sur Simon Greban La Croix du Maine, Biblioth. Franç. 
éd. 1772, I. 68, 59; II. 408—410). Suivant Greban, contemporain de 
Millet et de Villon, Alain Chartier aurait donc encore vécu l’an de la mort 
de Millet, c-à-d, 1456; mais cet auteur mêle si fantastiquement les noms 
des morts célèbres à ceux des vivants pour honorer la mémoire de Millet 
que ce témoignage poétique ne pèse pas d’un grand poids. Cependant 
j’inclinerais à ne pas mettre un trop grand espace de temps entre la mort 
de Millet et celle de Chartier. Le résultat de ces longues considérations 
serait donc qu’il est probable que l’attaque de Villon se soit dirigée contre 
un ouvrage posthume du maître. 


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134 


du jour ou de l’heure, c’est bien là le jugement qu’il 
faut porter sur le Petit Testament dès qu’on le con¬ 
sidère comme un tout. 

Ce n’est cependant pas de ce manque de suite dans 
les idées que nous avons voulu parler, lorsqu’au 
commencement de ce chapitre nous relevions les inco¬ 
hérences de sens qui nous frappent à la lecture des 
huitains de Villon ; ce manque de suite, cet état 
fragmentaire, si l’on nous permet de nous exprimer 
ainsi, tient au génie même de Villon, cette incohé¬ 
rence, ces disparates de ton, au contraire, on en est 
redevable aux retouches que le poète a fait subir à 
son travail. Nous pouvons traiter de celles-ci à pré¬ 
sent, après avoir déblayé le terrain un peu longue¬ 
ment peut-être, non sans fruit pourtant j’espère. 

Un mot encore avant d’aborder ces questions. Celui 
qui propose de grands changements dans un texte reçu 
reste sous le coup d’un grand désavantage. Il n’a formé 
sa théorie qu’après des essais cent fois renouvelés et 
des recherches innombrables, il ne s’est décidé qu’a¬ 
près avoir examiné le problème sous toutes ces faces; 
et quand enfin il doit mettre son argumentation par 
écrit, il s’aperçoit bien vite, qu’il peut à peine faire 
valoir sa conviction. Ah, si la discussion orale était 
admise, comme l’on triompherait facilement, quelle 
force nouvelle ne puiserait-on pas dans les objections 
mêmes de l’adversaire, quelle démonstration claire 
ne ferait-on pas en recourant toujours et encore aux 
textes! Tandis que celui qui expose ses idées par 
écrit sur ces questions épineuses d’abord doit faire 
un choix parmi ses arguments, puis se fier à la bien¬ 
veillance, on ne la rencontre pas toujours, à la pa¬ 
tience et au zèle, on les rencontre encore moins, de 
ses lecteurs. Et ce lecteur, même bienveillant, a souvent 



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435 


sa théorie à lui, ou encore ne veut nullement voir 
que des changements sont nécessaires; il est con¬ 
tent, lui, pourquoi ne le seriez-vous pas, vous? 

Dans ces cas-là on voudrait pouvoir se prévaloir 
de l’autorité que donnent l’absolue sincérité des re¬ 
cherches , le besoin d’écarter toute arrière-pensée 
théorique qui vous ont guidé comme un principe 
sacré, mais ce serait se poser en oracle; mieux vaut 
peut-être avoir simplement confiance dans la force 
intrinsèque de son opinion ; si elle est bonne, elle 
surnagera, si elle ne surnage pas, c’est la preuve 
qu’il lui manquait quelque chose. 

Les difficultés surgissent au Ille huitain ') ; Villon 
après avoir dit qu’il »lui vint un vouloir dè 
briser l’amoureuse prison, qui débrisait 
son cueur” continue ainsi: 

Je le fiz en telle façon, etc. 

D’après le contexte ces mots: en telle façon se 
doivent rapporter à la manière dont le poète brisait 
les portes de sa prison. Or, dans les vers suivants 
Villon n’indique nullement la façon dont il s’est 
pris pour s’évader de l’enceinte qui le tenait. Ou bien 
donc Villon s’embrouillait d’un vers à l’autre dans 
ses idées, ou bien le huitain commençant par levers: 

Je le fiz en telle façon, 

n’est pas ici à sa place. 

Je crois qu’il faut le remplacer par le huitain V : 

Le regard de celle m’a p r i n s 
Qui m’a este felonne et dure ; etc. 


'} Comme toujours dans cette introduction, je cite les huitains dans 
l’ordre qui leur a été donné dans l'éd. La Monnoye-Jannet sous ce rap¬ 
port conforme aux autres édd. du XIXe siècle. 


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Alors la suite des idées est complète; le poète 
Commence la description de sa prison et il revient 
à son projet de fuite dans les trois derniers vers: 

Si n’i voi secours que fouir: 

Rompre vueil la dure souldure 

Sans mes piteux regrets ouir 

Au huitain suivant, le VI®, il expose plus en 
détail son dessein de départ et revient encore sur son 
thème favori que sa maitresse lui donne la mort en 
le retenant auprès d’elle sans pourtant lui octroyer 
sa grâce. >) 

Le ton change absolument au VII® huitain ; c’est l’a¬ 
mant trahi qui y découvre les blessures de son cueur 
et invoque la vengeance de Dieu sur la tête de sa maî¬ 
tresse. De combien les fadeurs précieuses des précé¬ 
dents huitains sont-elles distancées ! Le dessin est tracé 
d’une main ferme, plus d’indécision dans l’expres¬ 
sion, la marche des idées une fois sortie des pre¬ 
miers replis de la pensée, se développe sûrement, 
le ton, plaintif d’abord, s’enfle graduellement, prend 
du relief, pour s’exalter encore dans ce cri suprême : 

Dieu en vueille ouïr ma clameur! 

On remarquera la même facture dans le huitain 
IV que nous avons passé jusqu’ici sous silence. Le 
même son caressant au début: 

Eh ! se j'ai pris à ma faveur 
Ses doux regards et beaux semblans, 

le retour amer sur ce que le poète a souffert, l’image 
familière au moyen de laquelle il peint son espoir 


*) Comp. p. 60 de cette Introduction. 


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137 


déçu^ la résolution équivoque, cynique 1 ) qu’il prend 
et qui ferme le huitain comme un coup de clairon 
outrageant et moqueur. 

l ) Nous avons parlé des p i e z blancs, p. 24 ; il me reste à expliquer 
le çz^y nisme révoltant des deux derniers vers du huitain ; sous leur air 
inno^3ent ils cachent des obscénités dont le sens certainement n’a pas 
écha ^ap pé aux esprits subtils qui, les premiers, entendaient réciter la poésie 
de illon. „P 1 a n t e r un autre complant” au premier aspect sig¬ 
nifia planter un champ nouveau, (complant = novelle- 

tuncm ap. Nicot) chercher fortune ailleurs; mais celui qui se 
rap£>«le que le XVe siècle, comme celui de Béroalde de Verville, aimait les 
plaisanteries de gros sel, y verra tout autre chose. Dans le charmant 
rom.au de Jehan de Paris le héros, faisant allusion aux noces pro¬ 
chaines de la fille du roi d’Espagne, se tournant vers la princesse, lui 
dit : B J’ay ouy dire que l’on vous devoit demain combatre et pour ce 
je "vous viens offrir.... de mes gens d’armes, qui ont bonnes lances et 
roi&es.” Et le conteur d’ajouter : „De ce mot fut moult grant le bruit 
P ar la salle de rire, car tous escoutoient diligemment.” (éd. Montaiglon, 
P* 104.) Veut-on un autre exemple; voici un rondeau obscène de Henri 
Bau.<ï e , le contemporain de Villon (papiers de Robertet, ms. fr. de la 
Nat. 1721 f°. 23): 

_ Dame si j’ay 1rs cheveulx gris 

Vous avez la pance ridée ; 

Si vieil suis, vous estes usée, 

Par ainsi chascun vault son pris. 

Je le sceuz quant je le compris etc. 

^IP1 a n t e r d’ailleurs est un mot dont le sens au XVe sièle a une fort 
5^ ^ande extension, nous le retrouverons au Petit Test. XX. 8. et surtout 
d®—le jargon des voleurs ; sans toucher ancunement aux nombreuses 
qrm^stions que ce verbe soulève, constatons ici seulement qu’il est pris 
ao'ixvent pour fournir, E. Dechamps (éd. St. Hilaire II. 4): „Telz 
eat d’avoir et en hault lieu planté,” de là planter les marques 
(Ballades du Jargon de Villon IV. 3), marque = fille, maîtresse de 
voleur (Fr. Michel, Dictionnaire d’Argot, in voce ; GP J. Ascoli, Studi 
Critici, I. p. 130 ); Bibl. de Stokholm, ms. fr. n°. LUI, f°. 25: „Et les 
(c-à-d. les marques) plantez en paillardie;” ibid: „pour la marque 
fournir.” Tout comme le sens de planter (fournir) se prête à 
1 équivoque, le substantif plant aussi me semble avoir une signification 
obscène ; ms. de Stockholm f°. 27 : marques de plant (Nuovo modo de 
f**tendere la lingua zerga, Vinegia 1549 : p i a n t o = bordello). 


î; 


/ 



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La manière dont Villon procède rappelle, en quel¬ 
que sorte le manège quasi félin, le coup de griffe 
sous patte de velours qui caractérise la satire du 
Grand Testament. Donc, et la conduite que le poète 
se permet envers sa maîtresse si différente de celle des 
huitains précédents et suivants, et la façon dont il 
exprime ses idées nous obligent presque à assigner 
aux huitains IV et VII une date postérieure à celle 
des autres strophes. 

Une considération, empruntée à l’histoire générale 
de la littérature au XV e siècle, vient à l’appui de 
cette argumentation. Comme M. G. Paris l’a ob¬ 
servé ') il y a deux courants de poésie dans ce siècle; 
ce qui domine c’est la poésie conventionnelle, allégo¬ 
rique, mais à côté, bien loin d’elle on aperçoit une 
riche éclosion de poésie populaire. Chez Villon les 
deux tendances opposées se rencontrent et luttent 
entre elles; on le voit aller en avant, s’émancipant 
de la forme officielle, et le Petit Testament nous 

Frapper en un autre coing en premier lieu signifie : forger ma 
monnaie à un autre coin, figurément pour : chercher une autre maîtresse 
qui ne lui ressemble pas (comp. Molinet, Roman de la Rose moralisé, 
ms. fr. de la Haye n°, 698, f°* XC, v°. : „leurs semblables de pareil 
métal et tappez cemeismescoin g.’*) Mais ensuite cette expres¬ 
sion offrait encore un tout autre sens pour un contemporain de Villon. 

Si n’est il que frapper en coing. 

dit le depucelleur de nourrices dans son sermon joyeux, Ane* Poés. 
Franç. VI. p. 200 ; et Coquillart, qui dans ce passage des Droits 
nouveaux n’a pas été compris de son savant commentateur, éd. d’Hé- 
ricault I. 87, parlant de l’argent gagné par la prostitution: „Telle mon- 
noyé est forgée à double coin g.” Comparez encore ce que dit la 
Vieille dans les Miracles de Ste. Geneviève (Mystères publiés par Jubi- 
nal, I. 291.) : 

Tousiours estoie ou plaine ou yvre, 

Et plus me fesoie coignier etc, 

*) Dans l’introduction k son éd. des Chansons du XVe siècle. 


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139 


semble marquer la transition entre les deux genres. 
Or, dans les huitains IV et VII l’expression populaire 
ou plutôt naturelle a déjà gagné entièrement le dessus, 
preuve évidente pour nous qu’ils doivent être rap¬ 
portés à une époque postérieure dans le développe¬ 
ment du génie poétique de Villon. ») 


*) Après avoir bien marqué la double inspiration dont Villon procède, 
il n’est peut-être que juste si nous ne nous exagérons pas trop son mérite 
d’avoir frayé une voie nouvelle à la poésie. En cherchant bien, on trou¬ 
verait dans Alain Chartier, dans Charles d’Orléans même , quelques indices 
d’un rapprochement vers la poésie populaire. E. Deschamps à la fin du 
siècle précédent et au commencement du siècle de Villon, avait déjà puisé 
largement à la même source, tandis qu’on retrouve la veine encore plus 
pure dans les poésies personnelles de Rutebeuf au XlIIe siècle. Mais sans 
remonter aussi haut, il est à remarquer que ces rapports divers entre la 
poésie populaire et la poésie conventionnelle, — cette séparation complète 
des deux genres, et d’autre part c,es rapprochements — sont un fait gé¬ 
néral de la littérature au XVe siècle. Pour l’Espagne voir : de los Rios , 
Historia crit. de la liter. espanola, T, VII. le chapitre intitulé, La poesia 
popular hasta el reinado de Carlos T ; — pour l’Italie une observation de 
M. d’Ancona dans son beau livre, La poesia popolare italiana p. 124, 

125:.„Cosi si originè uno stacco fra la poesia dei dotti e quella 

dei volghi, cui fu in gran parte rimediato, quando Lorcnzo il Magnifico 
ed i suoi cortigiani tornarono a riamicare le Muse col sentimento popolare. 
È chiaro che nel periodo anteriore a Lorenzo, poichè il popolo non aveva 
piu chi facesse per lui, cominciasse egli a far da per sè e cosi venisser 
fuori versi rozze si, ma non ineleganti, che formavano una maniera propria 
delle plebi.” Grâce aux travaux de MM. d’Ancona et Carducci on peut 
snivre le courant de la poésie populaire italienne et son influence sur la 
littérature depuis le Contrastode Ciullo d’Alcamo (comp. la disser¬ 
tation dans Le antiche Rime volgari, pubbl. per cura di d’Ancona e Com- 
paretti, I. p, 256), les sonnets de Cecco Angolieri da Siena, (voir d’An¬ 
cona , Studi di critica e storia letteraria, pp. 184 ss.) les madrigaux d’Alesso 
Donati (Carducci, Cantilene e ballate nei secoli XIII e XIV, p. 298 ss.) 
jusqu’ au siècle de Laurent de Medicis et de Louis Pulci. Sous le rap" 
port du ton et du style beaucoup de ces poésies populaires-artistiques se 
rapprochent de celles de Villon, comp. p. e. un sonnet tiré par M. d’Ancona 
du recueil d’Allacci p. 310, et attribué par lui à Cecco Angolieri avec 
ke debat du Cueur et du Corps de Villon. Pour prendre un 




140 

Les huitains VIII et IX ne nous arrêteront pas, 
ils font régulièrement suite au huitain VI ; mais il 
nous faut reconsidérer attentivement la 3 m « strophe. 
Ce n’est pas qu’elle ajoute rien de nouveau à ce que 
nous apprend le reste des vers de Villon ; non élle 
est plutôt remarquable pour ceci qu’on peut l’omettre 
sans que le poème subisse la moindre perte, elle 
résume brièvement la position du poète envers sa 
maîtresse et tient le milieu entre les deux aspects 
sous lesquels il a successivement envisagé ses rela¬ 
tions avec elle. ') Seulement le huitain passe sous 
silence le projet de fuite, car il est impossible que 
le premier vers s’y rapporte. Et justement ce pre¬ 
mier vers : 


Je le fiz en telle façon 

nous donne la plus grande difficulté ; qu’est-ce que 
le poète a fait, ou va faire? car comme nous l’avons 


autre exemple et un autre poète presque contemporain de Villon, compares 
la manière du Burchiello dans ces bons moments avec celle de notre poète, 
e. a. le sonnet qui commence: „Molti poeti han già descritto Amore,' 
(Sonnetti del Burchielle, Londra 1751. p. 86) si finement commenté dans 
le charmant petit livre de Paolo Minucci, Le merende di Burchiello, p, 
116, 117. Villon, pour compléter les renseignements sur l’influence que 
la poésie populaire proprement dite a exercée sur son génie, — Villon ne 
cite pas seulement des bribes de chansons populaires de son temps, maie 
il use aussi des ressources offertes par ces chansons pour se moquer fine¬ 
ment et couvertement du roi qui l’a délivré de la dure prison de 
Me un g; comp. Grand Test. IX et la chanson de nourrice dans les 
Canti popol. avellinesi d’Imbriani, p. 49. 

^Consentant & ma def façon est bien d’accord avec veult 
quej’endure la mort du huitain V, car quoi qu’en dise l’abbé Promp* 
sault, Marot a raison d’expliquer deffaçon par mort; en reqné* 
rant d’elle vengence, etc. se rapporte au dernier vers du haitaiu 
VII. Notons encore que le h. III rappelle en quelque sorte la Balles 
de Villonàs’amyedu Grand Testament. 


Digitiz* 



141 

remarqué plus haut, •) on peut lire tout aussi bien 
je le fes (fais) que je le fiz. 

La question semble devenir encore plus compbquée, 
quand on se rappelle la lacune offerte par le ms. D et les 
anc. édd. imprimées au commencement du Petit Tes¬ 
tament. En effet ils laissent de côté tout ce que nous 
croyons essentiel au poème et sautent d’un coup du 
troisième huitain au dixième. Constatons d’abord que 
nos recherches nous ont appris au moins une chose 
certaine, c’est que manuscrits et éditions tirent leur 
origine d’une source commune et la lacune même 
nous en donne une nouvelle preuve. Autrement com¬ 
ment s’expliquer que la 4 me strophe de D et des anc. 
édd. (la 10 me des mss. A. B. C.) commence par: 

11 e m à celle que j’ay dict. 

ce qui suppose qu’une autre strophe a précédé celle-ci 
contenant le début des legs de Villon? 

11 n’y a qu’un moyen pour nous tirer de cet em¬ 
barras: un feuillet doit avoir été arraché ou perdu 
de ce même manuscrit, qui auparavant avait déjà 
été utilisé pour les copies A, B, C. Mais alors le 
troisième huitain doit avoir existé au même feuillet 
que le deuxième et avoir quelque connexité avec 
celui-ci; partant nous restons toujours devant le 
problème que nous avons soulevé plus haut. 

Pour résoudre la difficulté, représentons nous bien 
le résultat obtenu: le premier feuillet du ms. ori¬ 
ginal (c-à-d. un premier feuillet, car nous ne pou¬ 
vons savoir encore, si le Petit Testament n’avait 
pas son commencement sur un feuillet au milieu du 
livre et même sur le verso de ce feuillet.) — un 


J ) p, 42, note 2 de cette Introduction. 


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m 

premier feuillet donc doit avoir été rempli par les 
huitains I—III, le deuxième feuillet, arraché ensuite, 
contenait les six huitains IV—IX, le troisième les 
huitains X et suivants. 

Le cas d’un feuillet perdu, arraché ou rayé se 
répète, par rapport au ms. D et aux anciennes édi¬ 
tions, à la fin du Petit Testament. Je n’ignore pas 
que l’on a souvent exprimé le doute, si ces quatre 
huitains, XXXVI—XXXIX, omis appartenaient bien 
au poème, mais je crois qu’il ne peut y avoir deux 
opinions là-dessus; dès qu’on admet le huitain XXXV 
au poème, comme toutes les éditions l’admettent, on 
ne peut plus écarter les quatre suivants. 

Or, voilà une preuve matérielle, palpable que les 
feuillets du ms. original de Villon ne contenaient 
que quatre strophes; deux des huitains du second 
feuillet doivent donc avoir été écrits à la marge, ce 
sont ceux que nous avons reconnus comme ajoutés 
postérieurement '). Et si ce remaniement du texte par 
le poète lui-même est démontré ici visiblement, rien 
ne nous empêche — toutes autres combinaisons étant 
épuisées — de recourir au même moyen pour expli¬ 
quer la présence du troisième huitain. 

En effet il nous semble que ces vers ont été faits 
les derniers en date, lorsque le poète, revenu de 
ses amours, prit la résolution de démarquer son 
œuvre et voulut remplacer les strophes si personnelles 
du début par quelque chose de froid et de banal qui 
pourtant n’était pas tout à fait hors du ton du poème, 


*) On peut fort bien se représenter la place occupée par ces strophes 
marginales, l’une un peu en haut du feuillet recto, l’autre un peu en 
bas ; par là s’explique le fait que les deux huitains primitifs sont comme 
intercalés entre les vers qui expriment la seconde pensée de l’auteur. 


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143 


tel qu’il 'était connu de ses amis et de ses compa¬ 
gnons «)• Alors le troisième liuitain tient lieu des hui- 
tains II—VIII et le premier vers, que l’on devra lire ; 

Je le fes (fais) en telle façon, 

se rapporte au projet du poète de conseiller 
ses oeuvres. 

Une fois mis sur la trace de ces remaniements 
postérieurs, on se demande, si le corps du Petit Tes¬ 
tament, la série des legs, en est resté libre. Cette 
question donne lieu à des conjectures plutôt qu’à des 
données certaines; cependant nous ne l’éluderons 
point, quoique convaincus que de plus en plus nous 
nous mouvons sur un terrain glissant. 

Et d’abord, au troisième feuillet du ms. original 
les trois strophes qui harcèlent le pauvre »maistre 
Robert Vallée”, nous paraissent avoir été ajoutées 
en marge en regard du huitain XVII qui dote 
Jacques Cardon*) d’une infinité de choses bonnes 
à manger et à boire. On est frappé de l’ampleur de 
la satire qui berne le pauvre clerc du Parlement; 
cela rappelle bien plus la manière du Grand Testa¬ 
ment que la touche légère du Petit Testament. 

Nous pourrions donner d’autres raisons encore: 
remarquer comment il n’est plus question de Vallée 
au Grand Test, quoique presque tous les noms dont 


a ) Dans le Grand Testament aussi on trouve des traces d’une seconde 
rédaction faite par le poète. 

s ) M. Longnon p. 115 de «on’Essai l’identifie avec Jacotin Cardon, 
«marchant drapier et chaussetier,” Mais en ceci, tout aussi peu que pour 
Robert Vallée, le savant archiviste nous semble avoir eu la main heureuse. 
La pointe du huitain qui concerne Cardon suppose plutôt qu’il fût pro¬ 
cureur ou attaché en quelque sorte au Parlement, tout comme Vallée ; à 
comparer aussi A. Fabre, Les clercs du Palais, 2e éd. p. 171. 


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144 


il est fait mention au Petit s’y retrouvent») etc.; 
mais peut-être il vaut mieux nous fonder sur le fait 
matériel de la confusion dont tous les mss. souffrent 
au 3e feuillet. Le ms. A place les trois strophes in¬ 
criminées avant le XIP huitain, le ms. C. les relègue 
tout à la fin de l’œuvre, les éditions imprimées les 
font précéder d’un huitain, le XIII e , qui bien cer¬ 
tainement n’est pas là à sa place, etc. Une bonne 
partie de ces contradictions pourraient s’expliquer par 
la supposition que le 3 e feuillet verso avait les hui- 
tains XIV, XV, XVI ajoutés en marge. 

Le quatrième et cinquième feuillet du ms. original 
non plus ne nous semblent avoir été exempts de 
particularités qui ont dérouté les copistes et em¬ 
brouillé la série des huitains telle que nous la pos¬ 
sédons. Il se pourrait que le huitain XIII fût d’une 
date postérieure aux autres et que quelqne accident 
eût empêché le huitain XXII d’obtenir dès l’abord 
sa place légitime au ms. principal»); qu’il nous suf¬ 
fise cependant d’émettre un doute sans creuser plus 
avant. 

Le huitain XXIII offre un problème plus intéres¬ 
sant. Il doit avoir appartenu à la rédaction primitive 
du Petit Testament, parce qu’il est fait allusion aux 
termes mêmes de cette strophe dans le Grand Tes¬ 
tament (h. LXVII) ») ; pourtant seuls les mss. 6. et 
le donnent ; le reste, mss. et éditions, l’omettent 


*) Naturellement hormis celui de René de Montigny qui entretemps 
avait été bel et bien pendu, voir M. Longnon, p. 74. 

*) Comp. le tableau, p. 78 et les irrégularités du ms. D, p. 83, nt. 3. 

*) Comp. aussi Grand Test. XCY1II, là comme au Petit Test, (selon D) 
le huitain faisant mention du bastard de la Barre précède celui 
qui concerne Chollet. 


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145 


Est-ce qu’il était rayé ou passé, soit par accident 
soit intentionnellement, dans le ms. principal, dont 
notre tradition dérive et la lacune a-t-elle été suppléée 
de quelque autre source? — tout comme le vers XXY. 
3, soit rayé soit omis dans notre ms. principal, et 
que Marot a pu rendre à Villon d’après un ms. qui, 
intimement lié au nôtre, était écrit avec beaucoup 
plus de soin. 

Il est impossible, comme nous croyons, de se pro¬ 
noncer sur ce point; seulement nous croyons aussi 
que nos recherches ne doivent pas s’arrêter à cet 
aveu d’ignorance. Le personnage dont s’occupe le 
huitain cité a joué probablement un grand rôle dans 
la vie de Villon, et il se pourrait qu’un mystère 
fût caché sous l’omission presque générale des vers 
qui le concernent. 

Qui était donc ce Perrenet Marchant, qu’on 
dit le Bastard de la Barre? On cherchera en 
vain son nom parmi les personnes dont M. Longnon 
a pu refaire l'état civil dans son savant Essai. On y 
trouvera celui d’un autre Marchant, Ythier, qui 
certainement a été des familiers du poète ') et qui 


J ) M, Longnon, p. 116, se contente de citer la chronique scan¬ 
daleuse et n’ajoute rien aux renseignements sur Ythier Marchant don¬ 
nés par Le Duchat dans une note de l’éd. de 1742. M. Yitu, dans sa 
Notice sur François Villon p. 45 nous promet un dossier com¬ 
plet sur cette personnalité considérable et sombre, 
comme il l’appelle. Même sans recourir aux documents qui sont encore 
enfouis aux dépôts publics, on peut se faire une idée de l’existence 
d’Ythier Marchant successivement agent politique de Charles de Guienne , 
de Louis de Luxembourg, comte de St. Pol, de Charles, duc de Bour¬ 
gogne et mêlé à toutes les intrigues ourdies contre Louis XI. Voir sur 
lui une pièce insérée aux preuves des Mémoires de Commynes, éd. Du¬ 
pont, III, 5: „Que mon maistre (Louis XI) scet les allées et les venues 
que ont faites devers vous (Charles de Bourgogne) Gaudete et maistre 

10 


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146 


peut-être était le parent de Perrenet ; mais le bâtard 
de la Barre ne semble pas avoir laissé de traces de 
son existence. 

Pourtant Villon le cite à diverses reprises dans son 
Grand Test., d’abord avec la bonhomie méprisante 
qui caractérise la strophe du Petit Test.; plus tard 
le sarcasme s’accentue; le bellâtre qui vit de sa fa¬ 
veur auprès des dames et qui gagne l’argent de ses 
amis en pipant les dés, est impitoyablement flétri. ') 
Une troisième fois (G. T. LXXXIII) le poète lui 
confie la mission de porter une ballade à sa maîtresse. 
C’est la célèbre ballade de Villon à s’a m y e qui 
nous paraît être une œuvre de sa jeunesse. Elle offre 
cette particularité que la première strophe donne 
en acrostiche le nom de Francoys c-à-d. le nom 
du poète. L’acrostiche s’arrête là, comme on l’a cru 
jusqu’ici ; à tort suivant nous : il faut distinguer 
deux manières de notre poète par rapport aux acros¬ 
tiches , sa seconde manière qui consiste à signer 
l’envoi seul de son nom Villon»), et sa pre¬ 
mière, plus pénible, qui continue la légende par 


Ythier, marchant, maistre de la chambre aux deniers de monseigneur de 
Guienne et tout ce qu’ils ont fait.” Son nom a été défiguré dans l’ar- 
rest et condempnation de Loys de Luxembourg, cité 
dans les chroniques de J. Molinet, éd. Buchon, I 189 : „... plusi- 
seurs voyages ont été faits par maistre Gauthier, Marchand, 
Pousse de Rivière et aultres, touchent ce que dit est.” 

*) Pour les deux derniers vers du huitain XCVIII comp. les deux 
rondeaux d’E. Deschamps, f». CLXXVJI et CLXXVIII du ms. 840 fr. 
de la Biblioth. Nat. Ces deux vers prouvent la familiarité dans laquelle 
Villon à vécu avec Perrenet Marchant. 

2 ) p. e. la B a 11 a d e faite pour sa mère , la Ballade de la Grosse 
Margot, le Débat du cueur et du Corps de Villon et les 
deux ballades que nous publierons à la fin de cet Essai. 


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147 


toutes les initiales des trois premières strophes '). Or, 
la deuxième strophe de la Ballade à s’amye nous 
donne le résultat suivant : Martheos, selon les mss., 
Marcheos, selon les anciennes éditions imprimées 
etMarchens, après une correction évidente faite à 
l’avant-dernier vers où il faut lire ne au lieu d’ou. 

La troisième strophe ajoute aux noms désignés par 
les lettres initiales celui de Villon. Il est vrai qu’en 
suivant la leçon des mss. B et D, on n’obtient en 
acrostiche que Viiluons, mais on ne va pas trop 
loin en appliquant un remède héroïque à cette bal¬ 
lade cruellement navrée par le temps et par la né¬ 
gligence de son auteur. On lira donc au lieu du vers 
traditionnel : 

Vieil je seray ; vous, laide , sans couleur, 

la phrase suivante: »Las vieil seray” et on res¬ 
tituera de cette façon le nom tronqué du poète. ») 

Mais alors qu’est-ce que peut bien signifier cet 
accouplement de noms? March'ans ou Mar ch en s 


*) Ici il me faut apporter des preuves, parce que je crois être le 
premier à faire cette remarque. Dans la Ballade que Villon fit pour 
Robert d’Estouteville (Jannet p. 74, 75), on lit, en reliant les initiales 
entre elles : Ambroise dqLorede, epunse (épouse) d e (le nom 
du seigneur qui est supposé avoir écrit la ballade doit suivre en sous¬ 
cription), Le XVe siècle se permettait des libertés avec les acrostiches et 
é p u n s e pour épouse est une licence excusable. 

2 ) On fera peut-être l’objection que V i i 11 o n toujours n’est pas encore 
Villon, mais je pourrais répondre qu’ici l’exigence de la strophe à huit 
vers a forcé le poète à doubler et à accentuer la voyelle de la première 
syllabe de son nom, dédoublement qui n’a rien de bien extraordinaire 
au milieu de l’orthographe et de la prononciation capricieuses du XVe 
siècle. Ainsi le ms. C. (Grand Test. CLXV) fait rimer: rai lion, 
Villon, seillon (pour sillon) etcorbeillon (pour corbil- 
1 o n). En tout cas la suggestion, présentée par l’assemblage de lettres 
V i i 1 u o n , dans une ballade à acrostiche est trop frappante pour qu’on 
soit excusé de la négliger. 


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m 


suivant l’orthographe de Villon, indique-t-il simple¬ 
ment le messager d’amour, ou cette ballade est-elle 
la vengeance de deux amants éconduits par la coquette, 
rivaux au temps qu’ils espéraient chacun la grâce de 
la belle, redevenus amis dans l’adversité ? L’acros¬ 
tiche de la deuxième strophe enfin, ne peut-elle 
aussi se rapporter à maistre Ythier Marchant') que 
M. Longnon a cru un instant le rival préféré de 
Villon? 

Toutes ces questions restent jusqu’ici et resteront 
peut-être toujours sans réponse, partant nous ne 
pouvons faire que des conjectures vagues sur les cau¬ 
ses qui ont motivé l’absence du huitain XXIII dans 
un manuscrit de l’autorité d’A, sans parler du ms. 
C. et des anciens imprimés qui également l’omettent. 
Ce que nos recherches nous ont appris c’est qu’il est 
fort bien possible que cette omission ait été un effet 
de la révision à laquelle le poète a assujetti son œuvre. 

Car un grand fait se dégage de toutes ces considé¬ 
rations : nous ne possédons pas le Petit Testament 
tel qu’il a été publié par le poète, l’an cinquante 
six”*), mais bien une révision postérieure. Pour 


*) M. Longnon, p. 117 : „11 est remarquable que le nom de maître 
Ythier vient sous la plume de Villon, dans l’un et l’autre des Testaments, 
aussitôt qu’il a parlé de la dame de ses pensées.Doit on con¬ 

clure de ces faits que Ythier Marchant était le rival préféré de Villon. 
Non, sans doute, etc.” 

2 ) Il ressort du huit. LXV. du Grand Test, que le poème de Villon 
était connu de ses amis dès l’année 1456. Le poète, comme l’on sait, 
y défend son œuvre contre le nom de Testament, qui lui a été donné 
par aucuns, tandis que lui-même l’a désignée comme certains lays. 
Nous croyons que ce nom de Testament était désagréable à l’auteur 
parce qu’il rappelait trop la mort prochaine du testateur, souhaitée peut- 
être par ces aucuns dont il parle ; lays avec son double sens de 
legs et lays ménageait mieux la susceptibilité de Villon. Pour une 


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149 


reconstituer la forme primitive de l’oeuvre, il faudrait 
ôter les huitains III, IV, VII, (XIII), XIV, XV, 
XVI et réparer l’omission d’A. etc. en ce qui con¬ 
cerne le huitain XXIII. 

En quelle année le poète a-t-il remis son travail 
sur le métier? Cette question, se rattachant à la 
chronologie générale des poésies de Villon, ne peut 
être traitée ici; elle comporterait trop de dévelop¬ 
pements sans amener une solution certaine. Nous 
l’écartons donc à présent, pour finir cette introduc¬ 
tion par un résumé des résultats partiels, obtenus 
par l’étude des mss. et édd. en vue de la reconstruc¬ 
tion d’un ms. principal des œuvres de Villon. 

On l’entrevoit maintenant, ce manuscrit, d’où notre 
tradition dérive; on croirait presque le tenir entre 
les mains, ce livre, écrit peut-être par le poète lui- 
même, avec ses feuillets à quatre huitains, ses ad¬ 
ditions à la marge, ses pages déchirées ou rayées, 
ses lacunes ou ratures, ses obscurités, ses annota¬ 
tions et corrections sorties du cerveau de quelque 
disciple de Villon. 

Abstraction faite du différent ordre de succession 
des huitains dans les manuscrits, ce sont surtout 
ces gloses qui nous empêchent de voir clair dans 
les rapports qui unissent nos mss. à leur origi¬ 
nal. Nous avons trouvé quatre sortes de gloses: des 
notes, des scholies anciennes (p. 44—47), des cor¬ 
rections communes à des mss. de famille différente 
(P- 88, 112), des remaniements postérieurs du texte 
(P- 72 et ss. et passim), et des conjectures indivi- 


®utre explication, — l’originalité revendiquée pour son oeuvre par devers 
Testament de Jehan de Meung, — voir Dr. S. Nagel. François Villon, 
P* 17, nt 59. 


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150 



duelles que l’on rencontre dans l’un et l’autre ma¬ 
nuscrit (p. 81. ss.). Sans qu’il soit possible d’en 
donner la preuve complète, nous croyons que le 
total ou la plus grande partie des deux premières 
espèces de gloses existait déjà dans le ms. principal, 
œuvre d’un annotateur quelconque, à qui le poète 
avait légué son manuscrit ■). Les deux dernières 
sortes de gloses appartiennent par) leur essence même 
aux copies de l’original. Pour celles-ci, elles ne nous 
arrêteront pas ; pour celles-là on pourrait se demander, 
si elles avaient déjà leur place en entier dans le ms. 
principal du temps qu’ a été faite la copie qui est 
représentée dans notre tradition par A; ou si elles 
y ont été ajoutées successivement. 

De la solution de cette question dépend le jugement 
que nous devons porter sur le degré de parenté unis¬ 
sant A avec B et C. Dans la première supposition 
A, B et C peuvent dériver d’une copie-mère qui 
contenait les gloses (1 et 2) et le texte, comme nous 
l’avons admis précédemment (p. 88) ; mais il se peut 
aussi qu’ A représente une tradition antérieure à part, 
et que B et C tirent leur origine d’une copie-mère 
a (= A) revue et corrigée d’après le ms. original 
modifié *). Quoi qu’il en soit, l’autorité critique assignée 
par nous à A, B et C n’en change pas et pour toutes 
les questions pratiques la différence entre les deux 
théories n’est d’aucune valeur. Aussi n’aurions-nous 
pas soulevé ce nouveau problème dans ce résumé, si 
nous n’avions pas voulu démontrer une fois de plus, 
combien l’histoire pas à pas et de détail en détail du 

*) Yoir p. 90 de l’Introduction. 

-) Le différent ordre de succession des huitains dans A, B et C nous 
pourrait conduire aussi à la supposition d’une confrontation, renouvelée de 
temps en temps avec le ms. principal. 


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151 


texte de Villon est difficile ou plutôt impossible à 
faire. 

Nous pouvons l’esquisser seulement à grandes lig¬ 
nes et constater le fait que les copies du ms. ori¬ 
ginal appartiennent à deux branches principales : 
l’une, antérieure, dont A forme une tige à part, 
tandis que B et C se tiennent de plus près >) ; l’autre, 
postérieure de date, ayant donné lieu à deux tiges, 
D et la copie qui a servi de fondement aux anciennes 
éditions. Quelques corrections de l’édition de Marot 
nous prouvent l’existence d’une source distincte, 
mais intimement liée à notre ms. principal. Une troi¬ 
sième source serait indiquée par quelques variantes 
communes à deux mss. de famille différente et la 
présence dans ces mêmes mss. d’un huitain omis par 
les autres ; mais son caractère reste vague et son 
existence problématique *). 

Ce sont là des recherches théoriques ; au point de 
vue pratique elles nous servent à élucider la ques¬ 
tion, comment il faut procéder pour reconstituer le 
texte original du poète. Evidemment la leçon d’A, 
comparée à celle de B et 'C pour nous sauvegarder 
de la négligence et de la bêtise de son copiste, doit 
former la base de ce travail. Puis viendra la confron¬ 
tation avec l’autre famille des manuscrits, qui nous 
permettra de marquer les bévues de la copie mère 
d’A, B et C ; ensuite les corrections suggérées par 
l’édition de Marot devront être considérées attenti¬ 
vement. Il reste un quatrième facteur, le bon sens 
que chaque critique préconise pour son compte in- 


J ) Date approximatixe : pour À, 1465—1475, ponr B, 1470—1480, pour 
C, 1475—1485. 

*) Voir pp. 65 et 77, 


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152 


dividuel; nous avons tâché de l’aiguiser, comme 
dirait Villon, en nous pénétrant autant que possible 
de l’esprit des œuvres du poète. Cependant nous 
n’avons suivi que rarement ce guide dangereux, 
étant convaincu que l’autorité objective des mss., 
en général, doit peser davantage dans la balance du 
critique que les subtilités écloses dans le cerveau du 
chercheur. 

Le résultat de notre travail que nous offrons dans 
les pages suivantes, pourra sembler bien dispropor¬ 
tionné aux longues digressions de cette Introduction; 
le mot sublime de l’Evangile sera notre défense; 
que s’il y a plus de joie dans les cieux pour un pé¬ 
cheur converti que pour cent qui toujours ont vécu 
saintement, ne sera-t-il pas permis au critique litté¬ 
raire de s’occuper longuement et tendrement de ces 
autres fils prodigues, les passages corrompus et tron¬ 
qués ? Le critique — animal étrange, qui dans son 
for intérieur se réjouit bien plus à la vue d’un vers 
restitué qu’à la lecture de cent autres qui de tout 
temps ont été clairs et qui jamais n’ont présenté de 
difficultés ! 


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0 




LE PETIT TESTÂMEET. 


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ABRÉVIATIONS. 


"V 


A = n?. 1661, ms. fr. de la Bibl. Nat. (p. 18 et ss.) 

B = n°. 53, ms. fr. de la Bibl. Roy. de Stockholm, (p. 47 etss.) 

C = n°. 316, ms. fr. de la Bibl. de l’Arsenal, (p. 07 et ss.) 

D = n°. 20041, ms. fr. de la* Bibl. Nat. (p. 79 et ss.) 

L = l’éd. de 1489, Bibl. Nat. Y. 4405. Réserve, (p. 91 et ss.) 
M =: l’éd. de Marot, 1533. (p. 96 et ss.) 


NOTA. Le texte suivi est celui du ms. A ; les déviations, même 
graphiques, sont Indiquées aux variantes ; pour les autres mss. et e n 
on a négligé les variantes d’orthographe. 


Digitizi 


1 


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155 


LE TESTAMENT 

DE MAISTRE FRANÇOIS VILLON. 

t 


I. 


L’an C C C C cinquante six, 
Je, François Yillon, escollier, 
Considérant, de sens rassis, 


Far. B. Le premier test. maisire /. V C. Le lais F\ V. 

L, M. Le petit Testament etc . — I. 1, A. Mil q. c . c . 
et six . L. Lan mil etc . *D. En Van mil . M. A/ïZ quatre c . — 

? Coram. I, j. Nous avons admis la leçon de B et C, parce qu’elle 
s accorde le mieux avec les variantes de D. et L. L’abbé Promp- 
sault donne la préférence à la leçon d’A, en citant un vers du 
Jardin de Plaisance pour démontrer l’usage du XVe Siècle ; 
cependant il a tort, quand il prétend que l’expression l’a n q u a- 
tre cens etc. est absurde; on l’employait tout aussi bien que 
autre. Comp. dans la Farce de Mestier et Marchandise (Fournier. 
Théâtre Français av. la Renaiss. p. 47) : 

Or, escoutés: l’an quatre cens 

Trente neuf, que monsieur le compte etc. — 


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156 


Le frain aux dans, francs au collier, 
5 Qu'on doit ses œuvres conseillier, 
Comme Vegesse le raconte, 

• Saige Rommain, grant conseillier, 

Ou autrement on se mesconte. 

IL 

En ce temps que j’ay dit devant, 

Sur le Noël, morte saison, 


5. B, ses amis c . L. M. s . œ . employer . — 8. L. M. il se 
mesc. — 


4 . frain aux dans. comp. Roman de la Rose, vs. 3079: 
Pren durement as dens le frain 
Et donte ton cuer et refrain. 

A. Chartier. Le Quadrilogue, f°. 125: »Ains fault. 

prendre aux dens le frain vertueusement.” Chastellain. 
Chroniques, éd. Kervyn, V, 361: »Et de fait, prit frein a 
dents; et veilla et estudia en ses finances et en tout ce qu’il 
avoit etc.” — francs au collier = sans contrainte, de bonne 
volonté ; voir Littré ; le contraire est: à estroit collier, 
voir La dance aux Aveugles, éd. 1748, p. 18: 

Es colleges de ces gens escoliers 

Je cache (1. chasse) gens aifies estrois coliers 

Aux estudes et universitez. — 

6. conseillier ses œuvres; voir p. 57 de l’Introduction, 
nt. 1 et 2. — 0. Vegesse; voir p. 126, nt. 3. — 7. Saige 
Rommain, comp. Roman de la Rose, 1 r. 9698, 9: 
Ainsinc le raconte Boèce 
Sages hons et plains de proèce. — 
c: il s. Noël. Il semble d’après quelques états de prisons, 
qui nous sont restés du XVe siècle, qu’on avait l’habitude de 
vider les prisons la veille de Noël ; comp. p. e. n°. 26067 ms. fr. 
de la Bibl. Nat. Quittances et pièces diverses, 75 , Charles VII, 
pièce 4001. Liste de prisonniers à Rouen de Sept. 1439 jusqu’en 


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157 


Que les loups ce vivent de vent, 
Et qu’on se tient en sa maison, 
5 Pour le frimaz, près du tison : 
Me vint ung vouloir de brisier 
La tres-amoureuse prison 
Qui faisoit mon cueur debrisier. 


V. II. 3. A. D. L. Que les /. vivent . M. Lorsque l. /. 
vivent . B. du vent . — 6. B. Me vint le v. C. Me prinst le 
v . D. Me vint v. (corr. Y me vint v .) L. M. Me vint vou - 
lente . — 8. A. B. Qui souloit . C. Qui me souloit bien d . 


mars 1440 (1441): «Pierres Sanson de Blosseville en Caux pour 
soupeçon de larrecin . . . esquelles prisons il a este certain temps 
pource que son cas n’estoït pas prest de jugier. Et le XXIIIIejour 
de Décembre ens. vigille de Noël par la deliberacion des conseulx 
et procureur du roy nostre dit seigneur fut mis hors desd. pri¬ 
sons;” et passim. Villon fait-il allusion à cette coutume-là ? — 3. 
ce vivent, voir p. 99, nt 1. — 6. u n g vouloir, voir p. 
81, 82 nt. 1. — 7. prison, voir p. 123, nt. l.etla chanson 
u XVe. siècle, G. Paris, p. 44 : 

Vray dieu d’amours, sans tarder 
Oustez mon cueur de prison, 

Et luy donnez garison, 

Ou je suis au trespasser. — 

8 . faisoit, voir p. 54, 84. — debrisier pour briser 
est de mode au XVe siècle; je prends quelques exemples au ha¬ 
sard: Complainte de madame la daulphine, (Marguérite d’Ecosse) 
ms. fr. de la Bibl. Roy. de la Haye, T. 328, f°. 637 : 

. . . mes yeulx qui puis hyer 
Ne cesseront eulx d e b r i s e r 
En pleurs angoisseux et fermes etc. 

(Farce de la Pipée) ms. fr. Bibl. Nat. 25. 467, La Valière 156, 
f 3 . 159 : 

Il va et vient, hay ha ha 

Tant que sa teste fut d e s b r i s é e (1. q. la t. a desb.) 


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158 


(77/.) Ha. (777— VIII.) 

Je le fez en telle façon , 

Voyant celle devant mes yeulx 
Consentant a ma deffaçon , 

Sans ce que li en feust de mieulx; 

5 Dont je me plains ay dueil aux cieulx , 
En requérant d'elle vengence 
A tous les dieux venerieux , 

Et du grief d'amours allegence. 


(///) Ha 1. A. fiz. — 4. A. 5. c. quil y en eust m. 
B. D. L. M, S. c . que ja lui en feust m. C. S. que ja lui en 
fust de m. — 5 . B. C. D. Dont je me deul et p . aux cieulx 
(B. dieux). L. D. j. dueil et p. a. c . M. D. f ay dueil. A. 
deveil , — 6. A. vengeance. — 7. A . Et a t. I. d. bieneureux. 
D. A. tous les d. victorieux . — 8. A. Et du dieu da. — 


(III) lia. Voir pp. 135—143. — 3. deffaçon voir p. 140; 
comp. les Accusations contre la belle dame sans 
m e r c y, ms. fr. de la Bibl. Roy. de la Haye T. 328. f°. 32 : 

Et ceste dame a le deffaire 
C’est efforcée tellement, 

Que la mort par son dur affaire 
L’a desconfit mortellement. 

le deffait du ms. des Cent Nouv. Nouvelles devient perdu, 
destruict dans les anciens imprimés; e. a: nouv. XXVI. éd. 
Garnier p. 108. — 4 . li en feust de mieulx, voir p. 31; 
on disait au XVe siècle estre mieux etestredemieux, 
estre pis et estre du pire (ms. des Ct. Nouv. Nouvelles: 
que pis vous fust, var. des anc. imprimés: qu’il ne 
vous en fust du pire), valoir mieux et valoir de 
mieux. Nous avons préféré ici estre de mieux pour con¬ 
server l’harmonie du vers qui souffrirait trop d’une succession inin¬ 
terrompue de mots à deux lettres : Sans ce que jali en feust 
m. — 5. Dont je me p., voir p. 99. nt. 3, — a y pour et, 
voir p. 36, nt. 2. — 7. venerieux, le mot usité est véné- 


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159 


(V.) III. 

Le regard de celle m’a prins, 

Qui m’a este felonne et dure; 

Sans ce qu’en riens aye mesprins, 
Veult et ordonne que j’endure 
La mort, et que plus je ne dure, 
Si n’y voy secours que fouir. 
Rompre vueil la dure souldure, 
Sans mes piteux regrets ouir! 

(VI.) IV. 

Pour obvier a ses dangiers, 

Mon mieulx est, ce croy, de partir 
Adieu, je m’en vois a Angiers, 


V. Pour F ordre de suceession de ce huilain voir p. 135 , 
136 . — 3. C. f aye ni,, B. Sans ce que feusse riens nt. — 
?. A, C. veult ; B. vueil la vie sans dure. — 

V. {VI) IV. 1, B. ces. — 3. B. a dangiers . — 

riens, voir Palsgrave, éd. Genin, p. 327, veneryen, 
belongyng to Venus ; Cotgrave, in voce, idem ; La dance 
aux Aveugles éd. 1748, p. 98. — 

C. 6 . fouir, voir p. 38. — 7. souldure, voir p. 123. nt. 
1 ; pour sans dure de B. voir p. 51 , nt. 1. — 

C. (VI.) IV. 1 . P. obvier a ses dangiers, pour pré¬ 
venir , couper court à, ces hésitations ; pour mettre fin à cette 
incertitude ; obvier a un sens plus énergique au .XVe siècle 
que celui qui lui est donné à présent. Voir Cotgrave in voce: 
to prevent, stop, forestall; La Sale d’A. de la Salle ms. 10959 
de la Bibl. de Bourgogne, f°. 29 v°. : »ce n’est pas scens de met¬ 
tre à party de perdre à ung cop ce que on pœut bien o b v i e r” = 
forestall. — S e s = ces, voir p. 26. — Dangiers, le sens de ce 
mot est fort étendu ; nous relèverons ici seulement celui qui convient 


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160 


Puisqu’elle ne me veult impartir 
5 Sa grâce, ne la départir. 

Par elle meurs, les membres sains; 
Au fort, je meurs amant martir, 
Du nombre des amoureux sains! 

(17.) IVa. 

Et ! se j'é prins à ma faveur 


4L. C. Puisqu'el. — 5. A. ne la me dep B. C. d me con¬ 
vient partir . — 6. B. meurent mes m. s. — 7. B. je suis 
amant. m. — 

V. (IV.) IVa. 1 . A se je puis. B. en ma /• — 

au vers que nous traitons. On lit les vers suivants dans une bal¬ 
lade du ms. fr. n°. 1130 de la Bibl. Nat. f°. 14*9 : 

Je ne puis pas grant d a n g i e r endurer, 

A ung seul cop fault que m’amour requiere; 

(Telle (S’elle) dit non, toust m’en convient aller, 
C’elle dit si, j’ay lors joye pleniere. 


Prince, l’octroy veul ou le reffuser 
A ung seul cop sans trop grant misere; (1. muserie) 
et une autre ballade du même ms. fl>. 153: 

Ma belle dame, ma trespleisant mais tresse, 

Ostes dangier de ma vie briefment. 

Il faut donc lier intimement le premier vers du huitain au der¬ 
nier vers du précédent et interpréter un pou largement: pour 
prévenir mon indécision, ces défaillances de ma volonté que j en 
trevois dans l’avenir, etc. — 4. elle, Villon comme tous les 
poètes de son temps se permet la liberté de supprimer dans la 
prononciation la dernière syllabe d’elle; voir la note du huit 
(XXIX) vs. 2. — impartir, voir p. 58, nt. 1. r" d®P ar ' 
tir, voir p. 59 . — 0 . meurs les membres sains, conap* 
Ane. P o é s. F r a n ç. éd. Montaiglon , I. p. 283. 7. a m a n t 

martir, voir p. 123, nt. 1. Ch. d’Orléans, I. P* 24. 

C. (IV.) IVa. Comp. pp. 136—142. 1 . Et=Hé! — j’éssj’» 



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161 


Ces doulx regarts et beaulx semblans 
De très decepvante saveur , 

Me trespercent jusques aux flancs , — 
6 Bien ilz ont vers moi les piez blancs 
Et me faillent au grant besoing . 


2. A. Ces d. regrets ; B. Ses deulx regards . — 3. B. De 
rinestimable faveur . — 4. B. Me tresperce ; C. Me trespar- 
sans. — 5. B. Amours si ont l. p . b ; C. Bien s'ils .— 0. B. 


voir p. 25, 26. — 2. C e s = Ses, voir p. 26. — doulx re¬ 
gard, comp. la théorie du regard exposée dans la 1 o y a 11 e 
dame en amours, ms. de la Haye, T. 328, 89 : 

Quant nature premier créa 
Les yeulx ou sexe femenin, 

Amours regard leur octroya, etc. 
beaulx semblans, manières avenantes, comp. le commen¬ 
cement d’une ballade, ms. fr. n°. 2264 de la Bibl. Nat.f°.54: 

Volage cuer que tant amer souloye 

Qui beau semblant a touz voulés montrer etc.; 
un rondeau de Monbeton (ms. fr. 9223. Bibl. Nat. f°. 38) 
commence: ^ 

J’ay des semblans tant que je veul; 

Mais du sourplus il n’est nouvelle, etc. ; 
dans la centième des Cent Nouv. Nouvelles où le ms 
lit : «Quand elle vit que manière ne faisoit pour parler,” l’éd J 
de Vérard a: «semblant ne manière”, l’éd. Lenoir, 1500: 

e m b 1 a n t”. On trouve aussi : «semblant desdangneux” pour 
roine dédaigneuse (ms. T. 328, P. 75) etc. — 4. trespercent = 
tresperçans, voir p. 28, ss. — 6. B i e n ilz ont, c’est ainsi 
quU lire; comp. des phrases comme dans L’amant ren- 
u C0r delier en l’observance d’amours: 

A qui il prent, bien il en a. — 
piez blancs, voir p. 24 nt. 2. — 0. faillir au be- 
i u , expression fort usitée au XVe siècle ; A. Chartier, l’Es- 
perance : »la grâce divine qui ne fault pas au besoing aux travail- 
ans ”; Charles d’Orléans, éd. d’Héric. II. p. 22: 

H 


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162 


Planter me fault autre comptant 
Et frapper et un autre coing . 

(VIL) IVb. i 

Combien que le départ soit dur , 

Si fault il que je ne Vesloingne , — 
Comme mon pouvre sens tent dur! 
Autre que moy est en queloigne , 

5 Dont oncques soret de Bouloingne 


Hz me f. — 7. B. autres compians. — 

V. {VI/.) IVb. 1 . A. le départ me soit dur ; B. C. C. que 
le d. me soit . — 2. A. S. f. i. que je P es loingne; B. C. Dur 
si f. iq. je P es longue. — 3. A. m. paouvre sens tant dur ; 
B , C. Comment ( Comme) mon poure sens conçoit . — 4. B. 
quant que moy est en q. — 5. A. onc ; C. Qui plus billon 


L’un dict que promectez de loing, 

Et qu’en estes bonne maitresse, 

L’autre que faillez au besoing, 

En îp tenant gueres promesse. — 

7. Planter etc., voir p. 137, nt. 1. — 8 . Frapper etc., 
voir p. 138, nt. — 

C. (VII.) IVb. Voir pp. 136—142. 2. esloingnerindiffé¬ 
rer , comp. Lettre missive etc. 1445 (A. Tuetey, les 
Ecorcheurs sous Charles VII. IL p. 33) : »si vous prie que ne me 
veuilliez point esloingnier la response, car le terme que j’ay 
n’est pas long.” Mystère de S te Barbe (ms. fr. Bibl. Nat. 
24. 339, f°. 1020) : 

A luy j’iray sans e 1 o i g n e r. 

La vie de Sainct Christofle (Grenoble, 1530.): 

Sa, Morgalant, sans e s 1 o i g n e r, 

Prens moy à coup ce prisonnier, etc. 

3. pouvre, voir p. 38. — tentntient, voir p. 35. — 4. 
queloigne, voir dans Cotgrave in voce : quenouille ; tenir 
de la quenouille, à la quenouille le fol s’agenouille.— 5 . voir p. 72, 


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163 


Ne fut plus altéré d'umeur. 

Cest pour moy piteuse besongne: 
Dieu en vueille ouïr ma clameur! 

(VIII.) V. 

Et puisque deppartir me fault, 

Et du retour ne suis certain: 

Je ne suis homme sans deffault, 
Ne qu’autre d’assier ne d’estaing. 
5 Vivre aux humains est incertain, 
Et après mort n’y a relaiz : 

Je m’en voys en pays loingtaing; 
Si establiz ce présent laiz. 


et plus or songne. — 0. C. Plus jeune et mieulx garny (tu¬ 
meur. — 7. B. Pour moy c'est p. b. — 

V. ( VIJL) V. 5 . B. nesqun autre. 


73. soret; M o 1 i n e t, Roman de la Rose (ms. 698 de la Haye, 
f 5 . LVIII.) : »qu’il devint secq comme ung soret.” — 

C. (VIII.) V. 0. r e 1 a i z ; le dictionnaire de Littré ne donne 
pas d’exemple de ce mot avant le XVIe siècle, cependant il a 
existé au XVe et déjà au XlVe, comme on le voit par le vers de 
Villon et par celui d’E. Deschamps (éd. St. Hilaire ,I. p. 112.): 

Il fait bon avoir un relays. 

Le sens au premier abord ne paraît pas tout à fait clair; Des- 
champs s’en sert pour exprimer l’idée de refuge et de poste 
où l’on attend meilleure fortune, sens analogue à 
un de ceux que le mot a encore. Il faut interpréter le vers de 
Villon par : à la mort on part tout d’un trait, pas 
d’idée de tourner même le regard en arrière, il 
faut donc avoir fini toutes ses besognes; comp. 
aussi l’exemple dans l’historique de Littré, tiré d’Aubfgné, 
m. 250. 


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164 


(IX.) VI. 

Premièrement, ou nom du Père, 
Du Filz et du Saint Esperit, 

Et de la glorieuse Mère 
Par qui grâce riens ne périt, 

5 Je laisse, de par Dieu, mon bruit 
A maistre Guillaume Villon, 

Qui en l’onneur de son nom bruit, 
Mes tentes et mon pavillon. 

(X.) VII. 

Item, à celle que j’ay dit, 

Qui si durement m’a chassé, 


V. (eX.) VI. 2 . A. Saint esprit. — 3. A B C. de sa 
glor. — 4. C. grâce point. — 7. C. ce nom , B. qui ou non 
de son nom , 

V. {X.) VII. 1 . M. A celle aoncques que. — 2. B. qui 

C. (IX.) VI 3. 1 a, voir p. 27, 54. — 4. par qui grâce, 
voir p. 74 nt. 1. — 5 — 7. Mon bruit qui bruit, voir la 
Légende de Pierre Faifeu, éd. Coustelier, p. 12: «Mes 
son renom par l’aer court et b r u i c t fort”; à propos de la con¬ 
struction de la phrase avec sa parenthèse qui a induit en erreur les 
commentateurs, se rappeler les vers ridiculisés par H. Estienne 
dans son Apologie pour Hérodote, éd. Le Duchat, 1735, IL 31 : 
Priez pour Martin Preudom 
Qui a faict faire ceste vie, 

Que Dieu lui face pardon, 

En ryme et en tapisserie. 

en Donneur de son nom, voir p. 124, nt. 2. — 

C. (X.) VII. 1 . Pour la correction de Marot, voir p. 99, nt 
3. et p. 141. — 2. chassé, traqué, poursuivi; voir Chastel- 
1 a i n , Chroniques, éd. Kervyn , I. p. 248 : «montèrent à cheval, 


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165 


Que je suis de joie interdit 
Et de tout plaissir dechassié, 

5 Je laisse mon cueur enchâssé, 

Pale, piteux, mort et transsy: 

Elle m’a ce mal pourchassé, 

Mais Dieu li en face merci. 

(XI.) VIII. 

Item, a maistre Ytier Marchant, 
Ouquel je me sens très tenu, 

Laisse mon branc d’assier trenchant, 
Et à maistre Jehan le Cornu, 

5 Qui est en gaige detenu 


m'a si d. c. — 3. A. Que je soye de j. B. Que de joye suis 
i. M. que fen s. — d. B. Lui laisse m. c. — 8. A. luy . — 
V. (.XL) VIII. 1 . D. Et a m. — 4L. B. C. Ou a m. — 


comme si l’ennemi les eust chassés.” — 4L. déchassié, voir 
Palsgrave, éd. Génin , p. 530. x>I drive a man or beest awaye 
fro me or from a place. Je déchasse.” — 5. cueur, voir p. 121 ; 
enchâsser est pris dans un double sens auXVesiècle ; d’abord 
il peut signifier la même chose que déchasser, voir Ct. 
N o u v. N o u v. passim ; puis , et c’est sa signification ici, il a 
le même sens que dans le passage suivant d’un conte,.où il est 
parlé d’un châtelain qui, à son lit de mort, commande que son 
cœur afusist envoyet en France et présenté à sa dame par amours* 
La dame qui le rechupt à grant joye, le fit richement enchâs¬ 
ser et garder entre ses jouyaulx.” Molinet, Roman de la 
Rose, ms. 698. f°. 2 . — 

C. (XI.) VIII. 1 . Ytier Marchant, voir p. 145 nt. 1 .— 
5. Qui est etc., pour l’effet comique de la phrase ainsi con¬ 
struite , voir (IX.) VI. 7. — en gaige; Villon jouant ici le rôle 
du chevalier laisse en gage son branc d’acier, comme dans 
la vie réelle il aura bien des fois sacrifié sa dague pour payer 




166 


Pour ung escot cincq solz montans; 
Je vueil, selon le contenu, 

Qu’on le livre, en le rachetant. 

(XII.) IX. 

Item, je laisse à Saint Amand 
Le Cheval blanc avec la Mule, 

Et a Blaru, mon Diament 
Et l’Asne rayé qui recule ; 


6 . B. C. huit. D. sept. L. M. six. — 7. B, Si vueil. — 8 . 
A. Qu'on lui l. B. C. D. L. M, leur. — 

V. ( XJL) IX. 9. A. ou la m . B. Le bel cheval b . ou la 
m, C. voire ou la ml — 4L, A. B, C. ou Tasne . — 


l’écot; comp. M. A. Longnon, Paris pendant la domination 
anglaise, p. 56 : »et pour seurté de ce lui eust baillé icellui sup¬ 
pliant sa saincture et une dague pendent à icelle.” — 6 . cincq 
solz, comp. A. Longnon, 1. 1. p. 137, lettre de rémission de 
4424: trois compagnons vont boire en la taverne de l’Escu de 
Bretagne, »ouquel hostel les diz trois compaignons eussent des¬ 
pendu en despense de bouche la some de III ou IIII sols parisis 
ou environ.” — 8 . le, A donne lui pour 1 i, ou le que le ms. 
original avait probablement. — 

C. (XII.) IX. 2. le cheval blanc etc., comp. p. 125,nt. 
2. — 4L. l’ane rayé, notons encore la locution proverbiale 
que nous avons relevé dans le poème bien connu, Les fainti- 
ses du monde, (nous citons 14. 979 des mss. fr. Bibl.Nat.): 
Tel cuyde avoir part au butin 
Qui est mys à l’as ne rayé. 

qui recule, ajouté par le poète à l’indication de l’enseigne 
pour rehausser l’effet comique ; comp. Les condicions de 
plusieurs personnes (Brit. Mus. Mss. Lansdowne 380, 
f>. 136.) : 

De femme qui demande, 

De varlet qui oommande, 


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167 


5 Et le decret qui articule: 

Omnis utriusque sexus , 

Contre la carmelixte bule, 

Laisse aux curez, pour mettre sus. 

(XVII.) X. 

Item, laisse et donne en pur don 
Mes gans et ma hucque de soye 
A mon ami Jacques Cardon; 

Le glan aussi d’une saulsoye, 

5 Et tous les jours une grasse oye 


V. (XVII.) X. !• A. Item je laisse . D. Derechief , je 
laisse en p. d. L. Item , je laisse au pardon . M. Item /. /. 


De cheval qui r e c u 11 e, 

De vieil chien qui urle, 

Ces choses sont aussi propices 
Que de voiler sont escrevisses. 

5 . le decret etc. voir la note de Prompsault. — 8 . mettre 
sus, voir p. 425, nt. 3. — 

C. (XVII,) X. 1 . en pur don, voir Palsgrave, p. 284. — 
3 . J. Cardon, voir p. 443, nt. 2. — ô. Le glan (écrit 
presque toujours ainsi au milieu du XVe s. comp. les comptes de 
C h. d'O r 1 é a n s, ms. 2460. B. N. pièce 710, nov. 4464) ; comme 
on voit par un vers de Deschamps, il faut entendre sous 1 e 
glan le produit annuel des chênes d’une forêt (éd. St-Hilaire, II. 57) : 
En la forest jadis noble et deserte 
A le sanglier vermillié la fouchière, 

Le lis destruit et le glan mis a perte ; 
évidemment le produit de glands d’une s a u 1 s a y e est nul et 
les fruits du domaine se feront longtemps attendre ; c’est à quoi 
Villon fait allusion en suggérant à l’esprit le proverbe que Cot- 
grave cite ; attendre le gland qui tombe: to live in 
expectation of profit. — 5. une grasse oye; Maillardi 
Sermones de Adventu , éd. Pigouchet, 4500, serm. XX. f°. XLVI • 


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168 


Ou un chappon de haulte gresse; 

Dix muys de vin blanc comfne croye, 
Et deux procès, que trop n’engresse. 

(XIV.) Xa. 

' Et à maistre Robert Valée 


en beau pur don . — A. Ou (Tun chappon que trop ne 
gresse . C. D. Et ung c. — 7. B. Deux m. — 8 . C.Eiung 
procès . — 

V. (XIV.) Xa. 1. A. B. L. Item a . — 


»Et domini advocati numquid plumatis aliquando anceres pingues.” 
Si l’on se rapporte à l’historiette qui suit (de l’advocat qui renvoie 
une des deux parties à son compère avec la lettre suivante : Com- 
pater mi, venerunt ad me duo capones pingues: ego pinguiorem 
cepi, et alium vobis mitto ; plumetis a parte vestra ; et ego plu- 
mabo alium) on comprendra non seulement le double sens , que Vil¬ 
lon a mis dans ses paroles, mais aussi la fonction que Cardon exer¬ 
çait. — 0 . chappon de haulte gresse, voir Comptes 
de la confrérie St. J a c q u e s , publiés dans les Mém. de la 
Société de l’Hist. de Paris: »deux chappons de haulte 
gresse; et R a bêlai s , passim. Il appert du D eba t de la 
damoiselle et la bourgeoise, poésie que nous avons déjà 
eu tant d’occasions de citer, qu’on tâchait de corrompre les juges 
par un cadeau de chapons : 

Et alors elle respondit : 

On leur a donné les chappons. — 

8 . deux procès; le poète lui donne seulement deux procès à 
jugér ou à plaider afin qu’il n’engraisse pas trop; cette interpré¬ 
tation est tout à fait la contre-partie de celle qu’on a adoptée 
jusqu’ici; comp. l’expression noury de procès, dans la f a r c e 
des veaux, (ms. fr. Bibl. Nat. 24. 341, f 3 . 179) c-à-d: gras et 
repu, mais toujours insatiable, parce que là surtout l’appétit vient 
en mangeant ; le passage de Villon a été imité dans le Testa¬ 
ment fin Ruby, poésie assez spirituelle de la fin du XVe 
siècle, Ane. Poés. Franc. XIII. p. 8. — 

C. (XIV.) Xft. Voir p. 143. 1. Robert Valée, voir p. 106, 


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169 

P ouvre clergeault en Parlement , 

Qui ne tent ne mont ne vallee , 

Je ordonne principalement 

2. A. paouvre . — B. clerget . C. clergot de p. D. L. M. cler- 
gon % — 3. A. C. D. M. qui ri entend* B. qui ne tient . L. qui 
ne tend . A. mond . D. L. omettent ne devant mont . — 

nt. 1. Dans les Proverbia Gallican a version latine de 
Jean Gilles de Nuits (Leroux de Line y. Proverbes français, 
IL p. 582.) il est fait mention de ce personnage dans les termes 
suivants (je cite l’éd. originale de Lyon, 1519. p. 17, n°. 217): 
C’est la maison Robin de la Vallée, 

Il n’y a ne pot au feu ne escuelle lavée. 

Pauperis hec domus est sterili de valie Robini, 
Jura nec effervent, vasa nec ulla nitent; 

Pane caret cophinus, vino penus, igné culina : 

Ista domus domini vere est de v a 11 e Robini. 

M. Leroux de Lincy n’a pas recueilli cette locution proverbiale dans 
son Livre des Proverbes et je ne saurais dire, si l’ex¬ 
pression populaire doit son origine à la satire de Villon, ou si 
plutôt Villon s’est servi d’un masque ou type populaire pour atta¬ 
quer plus librement son ami Jacques Cardon. 1 ) Une preuve 
légère en faveur de cette dernière théorie se trouverait non seule¬ 
ment dans la position des trois huitains au ms. principal, mais 
aussi dans les vers du Grand. Test, huitain CLIV : 

Item, rien a Jaques Cardon, 

Car je n’ay rien pour luy d’onneste, 
comparés à: »Pourcoefferplushonnestement, et au 
commencement du h. XV : 

Pour ce qu’il est de lieu honneste. — 

3. tent — tient, voir p. 34 ; ne mont ne v a 11 é e, jeu de 
mots sur tenir en fief, et t e n i r , l’effet de promettre, voir 
p. 125. nt. 4, et H. B a u d e, Le Débat de la Dame et de l’Es- 
cuyer, (Ane. Poés. Franç. IV. 173): 

1 ) Comme on sait, la réimpression de Crapelet des Proverbes 
communs, base du travail de Jean Gilles, est faite sur l’éd. de 1539, 
et c’est la seule éd. des Proverbes qui est à ma disposition. 




170 


5 QxCon li baille legièrement 

Mais brais estons aux cramillières , 
Pour coeffer plus honnestement 
S'amie Jehanneton de Minières . 

(XV.) Xb. 

Pour ce qu'il est de lieu honneste , 


5 . A. luy. — 6 . B. L. M. trumeiieres. C. tremillieres . D. 
trumillieres. — 7, L. greffer . C. Pour parler . — 8. B. C. 
M. Jehenne. — 

Vous promettez et les mons et les vaulx. — 

5 . legièrement. = vite, parfois avec la nuance de : sans 
qu’on s’en aperçoive , comme dans la première Repue franche: 

Le broc qui estoit d’eaue plain 
Contre l’aultre legierement 
Luy changea, à pur et à plain. 

6 . mais brais — mes brayes, l’é muet y était habituellement 
élidé dans l’orthographe du XVe siècle, comme on l’élidait à la 
prononciation dans amie du dernier vers. Comp. p. 93, nL* — 
cramillieres* A donne la bonne forme de ce mot; comp, 
Littré, in voce crémaillère. Notez la solemnité et le for¬ 
malisme de e s t a n s et l’elfet comique de ce simple crampon ou 
les brayes du poète pendaient ; Cotgrave, crémaillère, cre- 
millère, a hook to hang anything on. — 

C. (XV.) Xb. 1. honneste, voir nt. 1 du précédent hui- 
tuin. Christine de Pisan au commencement du siècle parle 
déjà de l’orgueil des clercs tenant office, au 3me livre de la M u- 
tacion de Fortune (ms. de la Haye, 701, f°. XLVIII.): »Ci 
dit d’aucuns qui se appelaient clers et ne le estoient mie. 

Et telz gens si ne prisent ame, 


.... il n’est si hault montez 
Ne si vaillant grant ne meneur 
Qu’il ne leur semble qu’en honeur 


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171 


Fault qu'il soit mieulx recompensé , 
Car le Saint-Esprit Vadmonneste , 
Obstant ce qu'il est incensé . 

5 Pour ce , je me suis pourpensé , 

Puis qu'il n'a cens en son aulmoire y 
A recouvrer sur Malpensé , 


V. (.X V.) Xb. 2. D. soit recompensé. — 3. A. esprit a dm. 
C. charité m'y adm. — 4. A. L. Obstant qu'il . C. Pource 
quil est tout in s. M. Nonobstant. — 5. B. Pourtant je. C. 
Et pourtant me s . — 6 . A. B. D . sens ne que une a. C. Veu 
que n'a sens ne qu'une a. L. riens ne qu'une a. M. riens 
qu'en une a . — 7, A. intervertit l'ordre des deux 


Bien le vaillent en trestout pris, 

Tout ayent ilz petit apris. 

Et n'a pas III jours qu’ilz servoyent 
Bien bassement ne estât n’avoyent, 

Mais fortune si les a mis 
En office pnr quelque amis.” — 

2 . recompensé, comp. O. M a i 11 a r d i Sermones de adventu , 
éd. Pigouchet, 1500, serm. XLII, f°. LXXXV : aclerici des finan¬ 
ces et thesaurarii.... Vos etiam dicitis quod officium vestrum 
constat vobis multum et sic il fault se recompenser et rem¬ 
bourser (gall.).” 3 . Saint Esprit, pour Dieu, dans un sens 
ironique ; comp. la manière de Charles d’O r 1 é a n s , (éd. 
d’Héric. II. p. 60) : 

Benoit en soit le Sain t-E s p r i t 
Qui de si finete me hourde. 

Notez, comme toujours, l’effet comique et de la plus grande 
irrévérence de la parenthèse , si elle est trop étroitement liée au vers 
suivant. — 4 . obstant =3 nonobstant, on peut suivre la tran¬ 
sition de l’une des deux expressions â l’autre dans les édd. desCt. 
Nouv. Nouv. , p. e. éd. Garnier , p. 405, ms: obstant, Vérard, 
Lenoir: nonobstant. Dans notre commentaire du Grand Test, 
nous donnerons l’histoire détaillée de nonobstant. — 6. 
cens etc. ; voir p. 106—108. — 7. recouvrer en dehors du 


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172 


Qu'on li baille .... VArt de mémoire. 
(XVI.) Xc. 

Item , pour assigne(r) la vie 
Du dessusdict maistre Robert , — 

Pour Dieu ! n'y aiez point d'envie , 
Mes parens ! — vendez mon aubert , 

5 Et que l'argent , ou la pluspart , 

Soit emploié dedans ses Pasques 


derniers vers . B. D. L. De rec. M. On recouvre . L. 
ceulx Ma up en sé. M. ches Maup. B. D. Maup . C. De luy 
laisser sans malpensé. — 8 . A. lui. D. mémoire , corrigé 
e n gramoire. C. De recouvrer F art de m. 

V’. (XVI.) Xc. 1. A. pour recouvrer sa vie. C. 
seurer la vie. D. L. je assigne la v. M. Item plus J asSt 
3 . A. n'y aiez envie. L. Mes parens n'y aient envie. 
jPtfwr Dieu qu'on vende mon haubert. B. tabart\ — ^ 5 


sens restreint, en a un plus large au XVe siècle, voir la 99e des 

Ct. N o u v. N o u v. éd. Garnier, p. 401 : »le faire souper-d® 

ce dont on pourroit recouvrer en la ville.” recouvrer derr 
trouver. — sur pour chez , c’est l’usage constant de Villon ; 
on le trouve aussi dans la farce de Pathelin (éd. Lacroix p. 39): 
»s u r moy ” = chez moy ; Ane. Théâtre Franç. éd. Jan- 
net, I p. 71 : 

Passer le temps sus ma commère. 

A la fin du siècle les imprimeurs changent sus en chez: comp. 
aussi le ms. des C t. N o u v. N o u v. (éd. Garnier, p. 269.) »s u s 
certaines matrosnes édd. Vérard et Lenoir : chez c. m.” Pour 
ceulx (cheux) des anc. imprimés, voir C. N isard, Etude sur 
le langage populaire de Paris , p. 303.— 

C. (XVI.) cX. 1 . pour assigner, voir p. 84 et74,nt.2. 

6. dedans ses (ces) Pasques, c.-à.-d. avant la fin de 1 an- 


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173 


A achapter à ce poupart 

Une fenestre emprès Saint Jaques. 

(XVIII.) XI. 

Item, je laisse à ce noble homme, 

Régnier de Montigny, deux chiens; 

Aussi a Jehan Raguier la somme 
De cent francs, prins sur tous mes biens; 

5 Mais quoy! Je n’i comprens en riens 
Ce que je pourré acquérir: 

pasque^' b. avant ces p. — 8. B. D'achecter. C. L. M. Pour 
a - — L. après S. T. M. auprès. — 

V. K^XVin.) XI. A. B. C. à noble h. D. L. M. à ce jeune 
h* — ZB. B. six ch. C. D. L. M. Iroys. — 3 . A. B. L. Et à . 
M* -SV puis à. — 5. A, B. C. Je ne comprens. — 6. B, 

n ?e, 'terme fort usité au XVe siècle. — 7. poupart, pris 
d’abord au sens d’un petit enfant, »il le fault allaittier ainsy 
comir\^ ung petit poupart,” (M o 1 i n e t) puis d’un homme qui 
se laisse dorloter ; Cotgravein voce : a tender sot that lookes 
to b^ alwayes fed with pap. — 8. Une fenestre etc. M a r o t 
V explique par, une des petites boutiques d’Escri vain près S. Jacques 
de la Boucherie;” mais ce commentaire ne satisfera personne, 
croyons-nous. Peut-être y avait-il auprès de l’église de S. Jacques 
des maisons mal famées où les femmes parées se mettaient aux 
fenêtres pour attirer les regards ; alors le poète lègue à Robert 
Vallée ce poste pour mieux marquer sa mise plus que négligée et 
ses propensions amoureuses. Des femmes parées aux fenêtres, 
comp. le Débat des Dames de Paris et de Rouen, 
Ane. Poés. Franç. XII. p. 44. — 

C. (XVIII.) XI. 1. ce noble homme, voir p. 86. nt. 2. 
Froissart, Chroniques, éd. Luce, I. p. 100; a: »ce fu mes- 
sires Robers d’Artois;” une copie de Froissart, écrite à Paris ou 
j>our le marché de Paris, c o d. V o s s 9. de la Bibl. de Leide, 
Aonne ce passage de la manière suivante, f°. XXXII : »ce fut ce 
n oble homme, monseigneur R. d’A.” — 3. chiens, voir 


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m 


On ne doit forsprendre des siens, 
Ne son amy trop surquerir. 

(XIX.) XII. 

Item, au seigneur de Grigny 
Laisse la garde de Nigon, 

Et six chiens plus qu’à Montigny, 
Vicestre, chastel et dangon ; 

5 Et à ce malostru changon, 


Ceulx . — 7. B. On ne doit prendre du scien. C. L. M .trop 
prendre . D. L en ne doit p. — 8, B. C. requérir . D. Ne trop 
ses amy s. L. M, ne ses amis trop . — 

V. {XIX.) XII. 5. C. Canion. — 6. C. Mouton. A. B. 

p. 125, nt. 4. — 7. forsprendre, voir P a 1 sgr ave, p. 
650 : »je forprens — J owttake ; nowe the frenshe tongue leveth 
such maner of composition.” Cotgrave ne l’a plus. — 8- Ne 
son amy, le conseil est adressé à Raguier, Y a m i c’est Villon, 
surquerir; Chastellain, Chroniques, I p. 29 : Le perforcié 
et surquis prince plus tard le sens s’affaiblit, Cotgrave, 
to question too busily with. — 

C. (XIX). XII. 2. Laisse la garde etc., comp. les vers 
de Deschamps, cités p. 118 : 

Et s’ay laissié pareillement 

Au Roy le Louvre et le palays. 

5 . changon; jusqu’ici les commentateurs ont pris changon 
pour un nom propre ; il se pourrait fort bien que ce fût la quali¬ 
fication de Moutonnier qui alors indiquerait le personnage 
visé par le poète. En effet, changon est une épithète injurieuse 
qu’on rencontre parfois dans les documents, comp. M. Longnon, 
Paris etc. p, 245, lettre de rémission de 1427 : »icellui Tirant en 
soy courrouçant l’appella c h a n g o n.” Le dictionnaire de Durcange 
in voce cambio l’explique par un passage du livre de super- 
stitionibus: »filii demonum incuborum mulieribus, eorum 
filiis subtractis, ab ipsus demonibus supponuntur... propter quod 


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k 


175 

Mautonnier, qui li tient procès, 
Laisse troys coups cTun escurgon, 
Et couchier, paix et aise, en sèz." 

(XX.) XIII. 

Et à maistre Jaques Raguier, 
Laisse l’abreuvouer .... Paupin, 
.Grand Figuier; 


C. D. L. qui le tient en p. M. qu'il tieîit en p. — 8. L. Et î 

crucher . A. en beaulx sez . B .pais en beaulx ceps . C. D. es ceps . — Z 

V\ (XX,) XIII. 1. A. B. Item à ?n. — 2. M Je laisse . 

A. Poupin . — 3 . A. Par ses paouvres seurs gras signier , t 

etiam cambiones dicuntur en allemand : Wechselbalg, 
en angl.: changeling. (P. Sébillot, Préface p. X de la 
2me série des Contes populaires de la Haute Bretagne.) Elie de 
S t.-G i 11 e s, éd. Raynaud, vs. 109 : 

Dan viens, moût estes faus et gangars et enflés ; 
le glossaire donne seulement: gangars, épithète injurieuse. 

Est-ce qu’il existe quelque parenté entre gangars et c h a n- 
gon? — 6. Mautonnier etc., ni la leçon, ni l’interprétation 
de ce vers ne sont sûres, parce que les faits auxquels le poète fait 
allusion sont inconnus ; tenir procès à q. q. équivaudrait à 
chicaner, être partie adverse ou, en généralisant l’ex¬ 
pression , vivre en inimitié avec q. q. On trouve tenir 
procès dans C o m m i n e s (VIII. 8) quoique avec une autre 
signification* — 8. paix etaise, en sez, l’expression suggère 
le dicton familier qui déclare qu’un homme est paix et aise 
chez lui; voir p. 125. nt. 1. — s e z, ce mot s’écrivant sou¬ 
vent au singulier seth (Ménot, Sermones quadragesimales, 
cité par Méray, Libres Prêcheurs, I 120: »car il n’y a seth ni 
sarment qui vaille.”) la forme du pluriel s e z ne doit pas nous 
étonner. — 

C. (XX.) XIII. 3. abreuvouer, de quatre syllabes, voir 
p. 37 et nt. 2. comp. p. 110. — 3 . grand figuier, voir p. 53 


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176 


Tousjours le choix d'un bon lopin, 
5 Le trou de la Pomme de pin, 

Le doz aux rais, au feu la plante, 
Enmalloté en jacopin : 

Et! qui vouldra planter, si plante. 


B. Perches poires gras figuier . C. Paiches poires sucre fi¬ 
guier , D. L. M. Perches poussins au blanc menger . — 6* D. 
intervertit f ordre des vers 6 et 7. A. rains B; C. D. L. M, 
Cloz et couvert au /. 7 . L. M (Tung j . — A. pourra . 


et 110, nt. 1. — 5 . trou, comp. G. Test. CLXXII. 8: le trou 
Perrette; la chanson du Vendeur de livres (B. N. ms. fr. 
24 , 341, f\ 68) : qui commence par : 

Trou du cul perrete 


et finit par : 

Vydés les gallons; 

Monologue du pelerin pasant, B. N. ms. fr. n°. 24, 
341 , f°. 336 (Fournier, Th. Franç. p. 273.) : 

Je vis là (à Paris) tant de trous de trous. 

De caquetans, de devisans, 

De gentis gens, de bilours lours, 

De bien parlans et bien disans, etc. — 

6 . Le doz aux rais, voir p. p. 21—23 ; cependant il ne serait 
pas impossible que Villon eût écrit rains pour rais, comp. 
une note de M à t z n e r sur la forme r a n c i n e s , Altfranzôsische 
Lieder, p. 103: »das Einschieben eines n vor Kehl- und zungen 
lauten ist dem Altfr. sehr gelaufig” — 8 . planter, comp. 
Charles d’Orléans, II 60: planter une bourde; au jargon 
où planter joue un rôle fort marqué, (voir p. 137, nt. 1), il a 
souvent le meme sens que tromper, joncher, p. e. : ms. de 
Stockholm, n°. 53, f 3 . 25: 

Prince, planteurs et bailleurs de saflûrs etc. 

Je crois qu’il faut rapporter à cette signification de planter le 
mot plancher qui, lui aussi, a le sens de plaisanter, voir 
le Dictionnaire du bas langage II. 239. et F r. M i- 
c h e 1, Dictionnaire d’Argot, p. 328. L’expression , vienne qui 
plante, fort usitée au XVe siècle me semble aussi ne pouvoir 


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(XXI.) XIV. 


Item à maistre Jehan Mautaint 
Et maistre Pierre Basannier, 

Le gré du seigneur qui actaint 
Troubles, forsfaiz, sans espargnier; 

5 Et à mon procureur Fournier, 
Bonnets cours, chausses sommelées, 
Taillées sur mon cordouannier, 


V. (XX/.) XIV. l. A. D. Et a m.C. A maistre . — 3. L. 
M. Et a Pierre le B . — 3. A. du sergent . L. de celuy qui at¬ 
tend. — 9. L, Taillez . A. B. L. M. chés (L. cheuz). C par m. c. — 

être expliquée que dans la supposition que planter équivaut à 
se moquer, plaisanter; p. e. Mystère de sainte 
Barbe, ms. fr. B. N. 24, 337, f°. 465: 

au fort aller vienne qui plante, 
et Vie de St. Martin par A. de la Vigne, ms. fr. B. N. 
24, 332, f°. 73 , où »d e h a i c t, de h a i c t” a été effacé par 
l’auteur et remplacé par »Viengne qui plant e.” 

On trouve une ramification de ce mot planter sur le sol al¬ 
lemand, soit qu’il ait été directement importé de France, soit 
qu’il ait modifié un sens déjà existant du verbe, p 1 a n t e n , 
pflanzen; comp. A vé-Lallem ant, Das Deutsche Gaunerthum 
II. 79 : z u p 1 a n t e n et ibid. IV. 582 : pflanzen, planten, 
der pflanz, die Lüge, der Vorwand. En patois de Vienne, 
p f 1 a n z signifie bourde ; comp. S c h m e 11 e r, Bayer. Worterbuch, 
in voce : sich pflànzeln zz: sich zieren, en angl, t o f 1 au n t, 
employé surtout des femmes; la distance entre zieren et tromper 
n’est pas grande. Voir aussi L e x e r, Mittelhochd. Wôrterb. voce 
phlanzieren. Nous tâcherons plus tard de démêler l’apport 
de chacun des jargons français, italien, espagnol, allemand et 
anglais aux différentes significations du verbe planter, qui est 
international dans le mauvais sens du mot. — 

C. (XXL) XIV. 6. sommeiées = semellées, voir p. 
42. — 9 . taillées sur, le poète joue-t-il ici sur le double 

12 



Pour porter durant ses gellées. 

(XXII.) XV. 

Item , au chevalier du guet, 

Le heaulme li establiz; 

Et aux piétons qui vont d’aguet 
Tastonnant par ses establis, 

V. (XX//.) XV. Voir la liste p. 78 . — 2. A. luy. — *. A. 


sens de sur, qui d’abord, lié au mot suivant, peut désigner des 
chausses neuves à sa disposition chez (cfr. Xb. 7.) le tailleur, 
puis, dépendant de tailler, indiquerait ce même vêtement, 
mais prélevé comme un impôt sur le pauvre cordonnier ? — 8. 
ses = ces; c’est pendant l’hiver que Villon écrit. — 

C. (XXII.) XV. On ne saurait dire exactement à laquelle des 
deux rédactions du Petit Test, ce liuitain-ci appartient, voir p. 
144. — 2 . heaulme, de trois syllabes, voir Littré, Hist. 
de la langue franç. II. 43 , i d. Etudes et Glanures, p. 164. 
Heaume appartient, au XVe siècle, à la langue comique comme 
casque plus tard ; ainsi dans P a t h e 1 i n : 

Dieux ! qu’il a dessoubz son heaulme 
De menues conclusions; 

quand Astaroth, dans le Mystère de la Passion par A. 
G r e b a n , sur l’ordre de Lucifer bat Sathan , il lui dit (éd. G. 
Paris et G. Raynaud, vs. 17392): 

Yoicy ung heaulme en bourgeois, 
establiz ~ j’ordonne. — 3 . piétons, voir Ane. Poés. 
F r. XII: 225 : 

Nourrir me fault les piétons et gendarmes, 
d’a g u e t ; aller d’aguet se dit de celui qui marche avec prudence 
au sens propre et figuré ; comp. Jehan Michel, Mistère de 
la résurrection de Jesucrist, éd. Verard s. p. (Bibl. Na t. Y. 4353): 

Guischart. Nous irons d’aguet; 
l’opposé est : par aventure. — 4 . tastonnant; un certain 
blâme est compris dans ce mot ; comp. Le charroi de Nymes 
suivant la correction de Littré (Hist. langue fr. I. 203): 


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5 Je leur laisse deux beaux rubiz, 

La lanterne la Pierre-au-Let_ 

"V oire mes je auré les Trois-lis, 

S’ilz me mainent en Chastellet. 

(XIII.) XYI. 

Item, à Jehan Tronne, bouchier, 

Laisse le Mouton franc et tendre, 

ces establies (L. ses). — A. B. leur beau riblis. D. ung b. rt- 
blis. — S. A. B. tant, de la P. — 9. L. M. Pourveu que 
j auray. A je aure trois lis. — 8. A. mènent (B. D. mainent). — 
V. (XFSf.) XVI. a. A. le m. qui est tendre. — 

Moult t’ont servi par nuit de tastoner, 

Do veves famés, d’enfanz deseriter. 
ses est ublis = ces étaux, (Villon, comme les auteurs popu¬ 
laires de ^ on temps, fait volontiers usage du pronom démonstratif; 
sur ce^ barbiers, éd. Jannet, p. 77 etc), comp. les vers 
cités p. nt 3 : 

Quant on va de nuyt par les rues 


Et les e s t a u 1 x qu’on doit t a s t e r 
En tenant le main à l’esguet (à l’aguet). 

Villork se moque ici de la prudence des piétons du guet et flé¬ 
trit leu. x lâcheté, source inépuisable pour la satire du siècle ; 
peut-ètr-e le legs au chevalier du guet contient-il ce même blâme 
et doit-il servir pour protéger sa chère tête contre les horions 
à venir. — ft. r u b i z , voir p. 65, nt. 1 . — 6 . Pierre-au- 
Let, petite place de Paris, est citée à deux reprises dans 1 ’ E s- 
batement du mariaige des IIIIfilzHémon,(Ju- 
bina 1 , Mystères du XVe s. I. p. 369). — ». Chastellet; 
dans vme ballade inédite du XVe siècle (Bibl. nat. ms. fr. n°. 2206, 
f*. 180) le tavernier dit à ses hôtes qui ne peuvent payer 
leur écot: 

Vous paierez par Sainct Denys, 

Ou assez tost menrez la dance 
En Chastellet, en ce pertuys. — 


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<80 


Et ung Tahon pour esmouchier, 

* Le Beuf couronné qu’on veult vendre, 
5 Et la Vache que pourra prendre 
Le Yillain qui la trousse au col, 

S’il ne la rent, qu’on le puist pendre 
Et estrangler d'un bon licol. 


S. A. tachon. B. D. L. tacon . C. iacquon . — 4. L. M. qu'il\ — 5. 
A. C. Ou la vache qui p. M. Ou la vache et qui. L. La vache 
qu on pourra . D. Et la vache quon ne peult p . — 6. B. Ung 
larron . — 7. C. S'il ne la veult on le p . B. on le /. — 
8. A. L. Ou estrangler. B. Et assommer. D. ou assommer. — 

C. (XIII.) XVI. Meme remarque que pour le précédent huitain. — 
On trouvera le commentaire de ce huitain p. 101—104. — 

Et estrangler; c'était la terminologie officielle qui donnait 
lieu , paraît-il, à des plaisanteries funèbres. Voir la LXIe nouvelle 
de Des Périers : » Jehan Trubert, pour avoir prins, robé un grand 
jument, seroit pendu et est r angle, le petit ovecques luy.... 
Le bourreau pendit ce povre petit tout pendu, et l’estran- 
g 1 a , qui estoit bien pis.” 

On trouve une allusion à ces sortes de plaisanteries dans une 
des scènes populaires et patibulaires des Mystères qu’il faut sur¬ 
tout étudier pour pouvoir comprendre la langue comique du poète. 
Voir le discours entre le bourreau et son valet dans la Vie 
de Sainct Christoflede Chevalet, Grenoble, 1530, s.p.: 

Pascalet. Si a on meint homme pendu! 

Morgalant. Hé, poure briffault morfondu, 

Pendu prou, mais rien estranglez. 

* B et D ont la glose assommer pour estrangler; on 
trouve l’explication du mot assommer, qui a ici une signifi¬ 
cation fort inusitée, dans le sicilien assumari = innalzare, 
intr. e tr. montare, venir su; voir P i t r é, Fiabe e rac- 
conti siciliani, IV. 311 ; comp. aussi la note de Gaspary, Si- 
cilianische Dichterschule, p. 192, sur a s o m a t a de la chanson 
de Tomaso di Messina dans Le antiche Rime volgari pubbl. 
p. d’Ancona e Comparetti, p. 49 et une remarque de 


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181 


(XXIII.) XVII. 

Item, à Perrenet Marchant, 

Qu’on dit le Bastard de la Barre, 
Pour ce qu’il est ung bon marchant, 


V. {XXIII.) XVII. 1. B. Item à mon amy Pernet M. 
D. Item je les se à P, — S. B. est très bon m. — 


Fléchi a, Archivio Glottologico, II, p. 33 (Postille etimolo- 
giche): L’elemento francese abonda in questi due dialetti (les dia¬ 
lectes sicilien et napolitain) più che altri non crede.” Assommer 
ne serait donc qu’une version élégante de pendre. — 
c. (XXIII.) XVII. Sur ce huitain voir p. 84 et 144—148. — 
3* ung bon marchant; un passage des Joyeux Devis de 
Bonaventn>ï? e Despériers est le meilleur commentaire de cette ex¬ 
pression, nouv. LXXXI; »Je dis donc qu’en la ville de Toulouse 
fut prins l’un d e ces bons marchands (filous) dont nous 
parlons.” En effet au XVe et encore au XYIe siècle marchand 

est pris dans le sens de coquin, p. e. »Quel marchant!’* 

s écrie w n personnage du Mystère du. V i e 1 Testament, 
Paris, Marnef. s. d. f\ CCCXXVI. v°. (Voir aussi, Les actes 
de ap5 très de Greban, éd. Paris, 1537, I. f°. CXXXIII. r 0 .). 
Dans le> mistère de la Passion de J. Michel, 1490, s. p. 
Roullarfc., un des sbirres, en parlant de trois larrons pris sur le 
graud cshemin, dit au géolier : 

As tu peur de perdre ta peine 

A festoyer ses (ces) troys marchans etc.; 
le sens varie entre gueux et coquin; ainsi Pathelin, éd. 
Jacob, p. 83, le drapier en son désespoir s’écrie : 

Or suis-je le roy des marchans! 

C 6 la version latine, Comoedia nova quae vetera- 
tor inscribitur,éd. 1512 (Brunet, Manuel, in voce Pa¬ 
thelin), traduit par : »Rex omnium i n f e 1 i c i u m.” La pointe 
du sarcasme de Villon est assez facile à découvrir ici : comment sera 
dont fait le reste de la famille Marchant si les bons parmi eux 
sont, déjà des filous? Du reste, Villon fait encore usage de cette expres- 


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182 


Je laisse trois gluyons de foerre 
5 Pour estendre dessus la terre 
En faisant l’amoureux mestier, 
Où il li fauldra sa vie querre, 
Car il ne scet autre mestier. 

(XXIY.) XVIII. 

Item, au Loup et à Cholet, 

Je laisse à la foiz ung canart, 


4L B. Je lui l. i. gluys de ferre. D. Luy l. i. g. d. feurre. — 
6 . D. A faire. — 7 . B. faaldroit son pain querre. — 

V. (XXj V.) XVIII. l. B. au Lou. — 2. A. C. Laisse. 
C. ung bon canart . L. M. Pour à la fois laisse . — 

sion dans le même sens ironique, G. T. C. vs. 2. — 4 . gluyons, 
ce mot mal interprété dans le dictionn. de Lacurne signifie la même 
chose que g 1 u i, c-à-d. »un fesseau de chaum e”, comme 
un texte du XVe siècle nous apprend. Cotgrave,gluy — 
long and whole straw. Les chambres des prostituées étaient jon¬ 
chées de paille. — 7. Où il fait une syllabe; comp. la Ballade 
de Vaillant sur la devise de Jacques Cœur, B. N. ms. fi*. n°. 
2230, f°. 248: 

Prince, fortune fait pleuvoir 

La où i 1 lui plaist, bien est visible. — 

C. (XXIV). XVIII. 1. Cholet; dans une liste d’amen¬ 
des des eaues et forests à Meullent de Nov. 1455 
(Pièces diverses n°. 6908, ms. 26083 de la Bibl. Nat.) deux in¬ 
dividus du nom de Chollet, Estienne et Jehan sont taxés 
d’amendes : Dpour poisson deffendu par eulx prins à nasses, vueulx 
et autres engins faulx et deffenduz.” — 2. àlafoiz, voir 
Palsgrave p. 812: »somtyme, à la foys, quelque foys, aul- 
cunes foys, aultres foys. 

A la foys doybt le temps muer.” 

Le sens d’à la foys au XVe siècle varie entre certaines limi¬ 
tes, il signifie tout aussi bien quelquefois que une fois 
pour toutes; il faut le rendre ici par : de temps en 


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183 


Prins sur les murs, comme on souloit, 
Envers les Fossez, sur le tart; 

5 Et à chascun un grand tabart 
De cordelier, jusques aux piez, 

Bûche, charbon et poys au lart, 

Et mes houseaux sans avantpiez. 

4. A. C. Ou vers les f, — 6. B. De cor de lier s. — D, des 
poys . L. M. et lart\ — 

temps. — canart, voir p. 126. nt. 1 Le Roux, Dictionn. 
Comique, éd. 1735: donner un canart — ne pas tenir ce 
qu’on avait promis. — 3. sur, comp. (XV.) 7. — 4. En¬ 
vers; Nicot, Thrésor de la langue franç. envers^:apud. — 
1 o s s e z ; voir Corrozet, Les antiquitez , chroniques et singu¬ 
larités de Paris, éd. 1586. I. 207: »sur les fossez depuis la 
porte S. Michel jusques à la porte S. Jacques.” — 5. tabart, 
voir G. T. C. vs. 7. — 7. p o y s a u 1 a r t ; tout ici est plein d’in¬ 
tentions comiques ; les pois au lard suggèrent (voir p. 125, nt. 4.) 
à l’imagination l’expression, avoir les pois au veau. On la 
rencontre dans un rondeau de Charles d’Orléans (éd. d’Héric. II. p.118): 
Plusieurs, comme voy, 

Ont des pois au veau; 

c-à-d : sont des dupes. Le XVIe siècle ne connaissait plus 
cette expression, il disait : faire manger des pois verds 
au veau, voir Cotgrave, in voce : veau, he hath cheated 
him so finely, he hath so fetched him over that he cannot per¬ 
çoive it. Avoir des pois au lard est tout à fait le con¬ 
traire de l’autre dicton, comme le lard est opposé au veau ; comp. 
les expressions : il y a du lard en luy (there is great sub- 
tilty in him), il a mangé le lard, etc. C’est comme si 
Villon a voulu dire : je vous donnerai ce que vous prendriez sans 
moi, inutile d’essayer à vous tromper, coquins fieffcs ! — 8. mes 
houseaux, mot à effet comique comme heaume du huit. 
(XXII.) et canard; voir Pasquier, Recherches. 1. VII, c. 34: 
»le peuple facétieusement dit avoir laissé les houseaux 
pour dénoter un homme qui est m o r t.” Le sans avantpiez 
y ajoute un détail précis et réaliste qui rehaussse l’effet comique. — 


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184 


(XXV.) XIX. 

Item, je laisse par pitié, 

A trois petiz enffans tous nuds, 
Nommez en ce présent traictié, 
Affin qu’ilz soient mieulx congnus, 
5 Pouvres orphelins impourveuz, 

Et desnuez comme le ver; 

Je ordonne qu’ilz soient pourveuz, 
Au moins pour passer cest yver. 

(XXVI.) XX. 

Premièrement, Colin Laurens, 
Girard Gossoin et Jehan Marceau, 
Desprins de biens et de parens, — 


V. (XXV.) XIX. I. A. B. L. en pitié, C, et en pitié. D. 
Derechief je laisse en p. — 4. 5 . M. qu'itz en soient. L. omet 
le 4 e vers. A. B. C. D. 

4. Paouvres orphelins impourveuz . (B. et or phi) 

5. Tous deschaussez tous despourveuz. (A. et desvestuz.) 
(B. Tous deschaux et tous desvestus). — 

7. C. que soient . D, qu ils seront. — 

V ; (XXVI.) XX. 2. A. Gossain et I. Moreau. B. Gos- 
souin. D. Gossuin . — 3. Despourveuz de biens de parens . — 

C. (XXY.) XIX. 1 . par pitié, voir p. 85. — 4,5. Affin 
etc., voir p. 111—113. — 6. desnuez, comp.M. d’Escouchy, 
Chronique, éd. Beaucoiirt, I. p. 154: «notables bourgois qui furent 
du tout mis en destruction et desnuez de tous biens.” — 

C. (XXVI.) XX. 3. desprins; desprendre — to loose from. 
to let his hold goe, Cotgrave; comp. esclore du huit.suiv, 
Coquillart. Monologue des perruques, éd. d’Héric. IL 269: 
Mince d’argent, povre endossé , 

Nu et despris, pour tout comprendre. 


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185 


Et n’ont vaillant Tance d’un ceau, — 

5 Chascun de mes biens ung fesseau, 

Ou quatre blancs s’ilz l’ayment mieulx; 
Ilz mengeront le bon morceau, 

Les enffans. quant ilz seront vieulx. 

(XXVII.) XXI. 

Item, ma nomination, 

Que j’ay de l’Université, 

Laisse par résignation, 

Pour esclaure d’aversité 
5 Pouvres clercs de ceste cité, 

Soubz cest intendit contenuz: 

Charité m’y a incité, 

Et Nature, les voyans nuds. 


4. B. C. D. L. M. Qui n'ont. — 5. A. A. chascun. — 6. B. 

L. s'ilz aym. C. si Faymcnt. — 9. A. B. les bons m. D. L. 

M. maint. — 8. A. B. C, D. L. M. je seray. — 

V. {XX Vil.) XXI. 3. A. esclandre . B, secourir Fadv . C. 
exclurre. D. seclurre. L. M. forclorre % — 5 . A. paouvres . — 
6 . A. ce. — 7, B. le tri!a inc % — 


(l’éditeur, lisant e s p r i s , manque le sens du passage). — O. 
quatre blancs; pour leur valeur, comp. pièces justificatives 
dans le 3me vol. de la Chronique de M. d’E s c o u c h y, éd. Beau- 
court , p. 268 : » qu’il ne leur laira à chascun deux blans 
pour fere leur barbe.” — 8. ilz seront, comp.p. 108,109, nt. 1. 

C. (XXVII.) XXL I. nomination; comp. Coquillart, 
I. 131 : 

Au moins les nominations? 

©t la note de l’éditeur. — 4 . esclaure, voir p. 20, 21,nt. 1. — 


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186 


(XXVIII.) XXII. 

C’est maistre Guillaume Cotin 
Et maistre Thibault de Vitry, 

Deux pouvres clercs, parlans latin, 
Paisibles enfans, sans estry, 

5 Humbles, bien chantans au lectry. 
Je leur laisse cens recevoir 
Sur la maison Guillot Geutry, 

En attendant de mieulx avoir. 

(XXIX.) XXIII. 

Item, et je ordonne la Crosse, 
Celle de la rue Saint Anthoine, 

Ou ung billart de quoy on crosse, 


V. (XXVDL) XXII. 1. B. Courtin. - 4. A. Et bien 
servans sans. — D. intervertit l'ordre des vers \ et 
®. A. B. D. L. M. sans recev. — 7. A. Guesdry. B. L. M 
Gueuldry . C. Guettry . — 

V. (. XXIX % ) XXIII. B. omet ce huitain . — 1. C. D. L. 
M, Item et f adjoindz à la C . (L. Item je . M. Item plus je)» 

3. A. M. Et. L. En . — 


C. (XXVIII.) XLXII. 0 cens etc. ; l’allusion contenue dans 
les derniers vers nous échappe ; nous ne croyons pas qu’il s agit 
d’un cens sur la maison du bourreau, comme M. P* ^ a ' 
croix interprète ce passage ; alors l’équivoque de cens recevoir 
et sans r. perdrait tout son sel. Villon, avec toute sorte de 
circonlocutions, dit en réalité qu’il ne laisse rien »aux pouvres 
clercs.” Comp. G. T. CXXI. — 

C. (XXIX.) XXIII. 1. 2 . la Crosse etc. voir p. 88—90. — 
3. rue, monosyllabique, comp. h. XL. 5 du Grand Test, sue, 
et elle, brais, amie, h. (VI.) et (XIV.) du Petit Test. — 
3. billart, la qualification : de quoy on crosse, ne sem- 


Et tous les 
5 Aux pigons 
Enserrez so 


A D. en les soi) 
IA Enfermez, — 


a ce 

^4 signifiait d’abord b 


les C ( 
propos (àcétieu 
llf «tier (Recueil de I 
un bi|| 
te mon bill 
* testament de F 
^M. de Montaiglo 
6 St. Chris to 
,!!*•»•.««»]# Mi 

I, Bra 
gare 
Tousiours : 

M en général 

“ del » Fem, 
Quant jeu 

FUe le fai 

. «agadfiViii, 

Aucuns 


eur s 
5** • Iwiga 
Nou,. 


Saunier, 

ren T étar >t 
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187 

Et tous les jours plain pot de Seine, 

5 Aux pigons qui sont par essoine, 

Enserrez soubz trappe-vollière, — 

à. A. D. en F essoine. C. qui sont soubz la Saine . — 
6. A. Enfermez . — 

blera point superflue à celui qui se rappelle qu’au XVe siècle bil¬ 
lard signifiait d’abord bâton et puis l’autre bâton, dont il est 
fait mention dans les Contes de la reine de Navarre; 
(nouv. XI, propos facétieux d’un cordelier). Comp. la Farce du 
Savetier (Recueil de farces la Valière, n°. 63, fl>. 409) : 

J’ey un billard de quoy biller souloye ; 

Mais mon billard est usé par le boult, etc., 
le Testament de Ragot, Ane., Poés. Franç. V. 152 et la 
note de M. de Montaiglon ; les expressions jouer du billard 
(Vie de St. Christofle), billes, billettes, biller.— 

5. pigons, dans le Mistère de la passion Jesu Christ 
de 1490 (J. Michel), Brayhault, le géolier, comme il le dit lui-même: 
garde cy le coulumbier, 

Tousiours avons oeufs ou pigons; 
pigons, en général, sont les niais; voir le Débat de l’Hom¬ 
me et de la Femme, Ane. Poés. Franç. I. p. 5‘. 

Quant jeune p i g o n femme englue, 

Elle le fait devenir grue ; 

dans le passage de Villon ce sont donc les niais qui se sont laissé 
attrapper ; Ballade du J a r g o n , IV. vs 17 , et III. vs. 33. — 
par essoine, pour leur peine, en punition, voir Coquillart, 1.53 : * 
Aucuns dient pour tout essoine 
Qu’elle doit assaillir la porte etc., 

(la note de l’éditeur sur ce vers fausse l’esprit du passage) comp. 
aussi p. 85. — O. enserrez; en serre et enserrer sont les 
mots usités en langage populaire ; à la fin du XVe siècle on 
préférait enfermer, comme il appert de la comparaison du 
ms. des cent Nouv. Nouvelles avec les anciens imprimés, nouv. 
XXIX, éd. Garnier, p. 135. — soubz trappe-vollière, 
les prisonniers étant comparés à des pigeons, l’expression vo¬ 
lière ne doit pas nous étonner; Cotgrave, a dove-cote stan- 




188 


Mon mirouer bel et ydoine, 

Et la grâce de la geollière. 

(XXX.) XXIV. 

Item, je laisse aux hospitaulx 
Mes chassiz tissuz d’arignée; 

Et aux gisans soubz ses estaux, 


V. {XXX), XXIV. se. A. arignie . B. cTarignées. — 
3. A. sur les e. B. C. soubz les e. L. M. sur ces. e , — 


ding on piliers ; dessoubz la trappe, signifie aussi : en 
prison, Myst. de S te Barbe, 1. 1. f°. 607: 

Madame poit, 

Madame sue dessous la trape; 
au sens propre on se sert de l’expression quand les prisonniers 
sont mis dans un fossé obscur, comme ceux dont Villon parle; 
la Vie de Saint Vincent, ms. fr. de la Bibl. Nat. n°. 12. 
538 s. p : 

Le chartrenier: Entrez, j’ay ouverte la trappe 
Voiez le la tout estandu. — 

7 . mirouer, voir p. 37 , nt. 2. ; on conçoit combien le m i- 
roir bel et idoine leur sera utile dans le trou noir où ils 
sont plongés. — 8 . la grâce de la geollière, remarquez 
bien que c’est le miroir que le poète appelle beau, non pas la 
geollière qu’il dote de cette qualité ; nous avons donc toute liberté 
de nous la représenter malpropre et hideuse et de concevoir sa 
grâce comme un e s s o i n e de plus pour les pauvres prisonniers.— 
C. (XXX.) XXIV. 3. Soubz ses estaux; ses = ces, 
comp. h. (XXII) vs. 4 ; se coucher sous les étaux est signe 
de la plus profonde misère ; (il faut toujours se rappeler que le 
poète écrivait au milieu de l’hiver et qu’il était probablement 
frileux comme Baudelaire sous la plume duquel le mot frimas 
aussi retourne souvent) comp. le Mystère de Sainte Barbe, 
1. 1. f 3 . 791 : En comparaison avec vous, dit le géolier, aura une 
douce nuit celui , 


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189 

Chascun sur l’œil une grongnée, 
5 Trembler à chière renfTrongnée, 
Maigres, veluz et morfonduz ; 
Chausses courtes, robbe roignée, 
Gelez, murdriz et enfonduz. 


5 . B, Tremblans . — 9, B, et robes rongnées . — 8 . A. et 
morfonduz . — 


qui se couche sous les étaux 
Dessus le fumier des chevaux. — 

4. grongnée, qu’on cherche en vain dans les dictionnaires 
et qu’on a expliqué par emplâtre ou meurtrissure, si nous ne nous 
trompons, vient de groin. Une forme emphatique de ce groin 
est engrongne pour e n g r o i n , (comp. c r i (g) n e et crin, 
gaigne et gain) voir les A-ctes des Apostres, ms. du 
Brit. Mus. add. n°. 17427, f 3 . 12: 

Corbin. Encore le villain grongne , 

Bien luy pourray d’une engrongne 
Sus les dens 
Non dedens, 

Pour mieulx renformer sa trongne , 

Donner ung coup si plus hongne. 

Dans ce passage Je mot engrongne signifie clairement l’in¬ 
strument au moyen duquel le coup est appliqué (on rencontre 
autre part le mot grogner (gronger) avec le sens de férir, 
Ducange, in voce g r u gnu m.) ; la g r o g n é e ne peut donc 
être autre chose que la blessure infligée par l’engrogne, le 
groin ou le g r o g n e t des piétons du guet qui passent en fouil¬ 
lant avec leurs armes sous les étaux. Comp. aussi Ducange, 
in voce grugnum, groignet, armorum species, un baston 
que l’en nomme groignet. — 8. enfonduz, selon M a r o t, 
creux et descharnez, selon Pr ompsault, ne pouvant se 
soutenir ; les autres commentateurs et traducteurs suivent soit 
Marot, soit Prompsault ; Cotgrave donne e n f o n d u : muck- 
wet, wringing-wet. On ne rencontre pas souvent le mot; E. 
Deschamps l’a (ms. fr. Bibl. Nat. 840, f 3 . CLXXX) : 


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190 


(XXXI.) XXY. 

Item, je laisse à mon barbier 
Les rongneures de mes cheveulx, 
Plainement et sans destourbier; 

Au savetier, mes souliers vieulx, 

5 Et au frappier, mes habits tieulx 
Que, quant du tout je les délaisse, 
Pour moins qu’ilz ne coustèrent neufz 
Charitablement je leur laisse. 

(XXXII.) XXVI. 

Item, je laisse aux Mandiens, 

Les Filles Dieu et les Beguynes, 
Savoreux morceaulx et frians, 
Flahons, chappons, grasses gelines, 

5 Et puis preschier les Quinze Signes, 


V, {XXXI.) XXV. 8, A. la rongneure. — S. C. sans 
descombrier. — 6. B. q. de tout point je les laisse. C. quant 
ainsi je les d. — 7 . A. qu'ilz ne me ' coustent. B. qu’ilz tu 
coustent tous n. — 

V. {XXXII) XXVI. 8. A. B. C. D. L. M. aux /. D. 
et aux £. — 4. A. plaçons. C. Faucons. D. Chappons , 


Coqus, camus, cornus et malostrus, 

Coquars, comars, fetars et druz paillars, 

Trop tost venus, enfondus, mal vestus, etc. 

On peut éliminer, ce me semble, l'interprétation de Cotgrave, 
qui ne va pas avec gelez et celle de Prompsault (I. Payne: 
■with lialting pace), qui ne convient guère à gisans, et consi¬ 
dérer enfondus comme le parte, d’enfondrer. (voir Pals- 
grave, p. 399, sur les verbes à conjugaison double) ; le sens 
alors serait : cassés, rapetissés par le froid et la misère. — 
C. (XXXII.) XXVI. 8. Les Filles Dieu etc., voir p. 109. — 
4. Flahons, voir p. 103. nt 1. — A. Signes, pour le 


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191 

Et abatre pain à deux mains. 
Carmes chevauchent noz voisines, 


flaons L. M. chappons , pigons . — 

prononciation, voir Palsgrave, p. 8, H. Estienne, Hy- 
pomneses de Gallica Lingua, 1582 , p. 60, L i v e t, Grammaire 
franç. p. 364. — 6. abatre pain; Molinet, Roman de la 
Rose, (ms. 698, de la Haye) nous peindra le moine qui abat 
le pain, f°. LXXI, v°. : »ceulx qui pour abatre le pain 
font le lolin anant les rues, clinent la teste d’ung letz, vestu 
d’ung habit tant rasé que ung poul ne porroit tenir sus et au 
couvert vous sont comme gorriers.” Abattre (recueillir, mettre 
la main sur,) p a i n se dit en général pour recueillir des dons, 
gagner de l’argent, comme dans la moralité du Chevalier 
qui donna safemmeaudyable, Ancien Théâtre Franç. 
éd. Viollet le Duc, III. p. 438: 

Le pipeur. Si trouver me puis sus le banc, (c.à.d. à la 
taverne ou en quelque lieu propice) 

Et quelque gavion de ludie, (niais) 

Croyez que je ne fauldray mie 
A abatre pain largement. 

Abattre semble presque appartenir au jargon des moines, 
clu moins on le rencontre fréquemment, dans le sens que Villon 
lui donne et qui est ignoré par les dictionnaires, où il est ques¬ 
tion des bons frères et de leurs associés les porteurs de bulles. 
»Vous les aves a b b a t u s (les écus) à tous les dyables,” dit 
p. e. Maillard à ces derniers, Sermones de Adventu, éd. Pigou- 
chet, 1500, f®. XXVI. Cependant l’expression a aussi pénétré la 
vie commune; comp. Poésies des XVe et XVIe siècle, Paris, Sil- 
vestres, 1830—32, Sermon nouveau sur tous les maux 
que l’homme a en mariage, p. XI: 

S’il a de l’argent sans rabat, 

Tout contant el le vous abat. — 
chevauchent; comp. Maillard, 1.1. f°. 41. r°. : »Quidam 
garsio dicebat quod tunicae aperte ante sunt inventae ad eun- 
dum ped ester. Non dicam ultra, bono intelligenti pauca 
suffîciunt: credo totum oppositum.” On pourrait citer ce 


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192 


Mais cela, ce n’est que du moins. 

(XXXIII.) XXVI. 

Item, laisse le Mortier d’or 


8. A. ne m' est que d. m. — 

V. (XXX/ff.) XXVI. 1. A. B. D. je laisse. — 

passage comme preuve de la blague populaire qui procédait comme 
Villon en suggérant totum oppositum. — noz vois mes, 
encore un mot qui, au sens où il est pris ici, se rapporte fré 
quemment aux ecclésiastiques; comp. Ct. Nouv. Nouv. 
LVIe Nouv. : »Ceste bonne damoiselle s’accointa d’un curé qui 
estoit son voisin de demye lieue et furent tant voisin^ 
et tant privez l’un de l’autre que le bon curé tenoit le lieu du 
gentilhomme toutes foiz qu’il estoit dehors.” Dans la Pronosti 
cation Nouvelle, Ane. Poés. Franç. XII. 152 il est dit. 

Près très chevaucheront leurs voysines , 

Quoy que leurs maris soyent habiles, 
noz voisines me semble dit ici en opposition aux FiH es ^ ieu 
etc., qui étaient destinées à être les amies des Mendian i 
tandis qu’ils devraient laisser les femmes des bourgeois aux éco 
liers et à leurs amants. — £. cela, ce n’est que du moin s ) 
comp. Les actes des apôtres, éd. 1537, II. P. XXXVIII. 

Ha, cela ce n’est que du moins! 

Vie »de Sainct Christofle, 1. 1.: 

Ne nous chaille, c’est bien du moins; 
Martin Franc, Champion des Dames : 

La foy promise est du mains; 

Chansons du XVe siècle, éd. G. Paris, p. 51 : 

Mes maulx souliers n’e stquedumains; 
c-à-d : de cela ne nous chaille, comme dans la passage de Villon- 
C. (XXXIII.) XXVI. 1. le Mortier, une enseigne, '°' r 
A. B e r t y , Les enseignes de Paris , Revue Archéologiq 110 » 
p. 8. Le mortier se prêtait à grand nombre d’équivoques; u a 
une signification obscène, comme cm peut voir aux dictionnaire® 
comiques et par le passage suivant de Deschamps (ms. fr 
la Bibl. Nat. 840. f°. CCCXXXIII.) : 


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■198 


A Jehan, espicier, de la Garde, 

Et une potence Sainct Mor, 

Pour faire ung broier à moustarde. 
5 Et cellui qui fist l’avangarde, 

Pour faire sur moy griefz exploicts, 


2, D. L. M. Fespicier. — 3. B. C. Une pot. A. B. C. D. L. 

p. de St. Mor. — ft. B. C. A celuy. L. Et a celluy. — 

_ - 

Un mortier use six piles; 

Trop y broiay, s’en ay vergogne. 

Tousiours veult mortier qu’on besogne, . . . 

Plus n’en puis, tel broier ressogne 
Par deffault etc. 

Villon, dans ses vers sur Jehan de la Garde, côtoie l’obscé¬ 
nité sans donner satisfaction au pauvre épicier ; ainsi mortier 
était encore usé dans une autre locution, que l’on trouve p. e. 
dans le Sermon sur les maux de mariage, éd. Silvestre, 
p. VIII : 

Nonobstant le mal qu’il eut hier, 

Fauldra qu’il trayne le mortier; 
c-à-d. trainer sa croix comme mari malheureux. — 2. Jehan* 
on peut conclure d’un passage du Grand Test. huit. CXXVII, que 
l’épicier méritait bien son nom de Jean, qui signifiait et cor¬ 
nard et cocu; comp. une note de La Monnoye surlaLXIIIe 
nouvelle de B. des Périers. — espicier; les espicières, 
comme les pasticières semblent avoir eu une fort mauvaise 
réputation au XVe siècle; comp. le poème bien connu de H. B a u d e 
(ms. fr. Bibl. Nat. 1716. f\ 34.) : 

Je ne veul point parler de l’espiçière, 

Elle ayme trop, si fait la pasticière. 

3. potence Sainct-Mor, une béquille pour soutenir celui 
qui souffre de la goutte, voir H. Estienne, Apologie pour Hé¬ 
rodote , éd. 1735, II. p. 249. Voir aussi Deschamps, ms. f® CCCXXXIII : 

Sire, j’ay goûte 
De Saint Mor. — 

4L. broier à moustarde; on disait au figuré broyer sa 
moutarde pour: ruminer sa mauvaise humeur, songer; comp. 

13 


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194 


De par moy Saint Anthoine Tarde! 
Je ne li feray autre laiz. 

(XXXIV.) XXVIII. 

Item, je laisse à Mèrebeuf 
Et à Nicolas de Louviers, 

A chascun Tescalle d'un œuf, 
Pleine de francs et d’escuz vielz; 

5 Tant au concierge de Gouvieulx, 
Pierre de Rousseville, ordonne; — 
Pour le donner entendre mieulx, 
Escuz tieulx que le prince donne. 


*. C. Et par moy . — 8. L. M. lairray . — 

V. (XXXjV.) XXVIII. 1. B. item. A. B. L. 

Malebeuf. D. Mirebeuf , M. Mairebeuf . — 2. C. L. M. 
Louvieux. — 3. A, Ï escale. — 5. B, D. L. M. Quant 
au c. C. Et au conc . A. de Goigneux. — 6. C. D. L. M. 
Pierre R . f ord. —■ ?. B, les donner à ent. C. donner en 
attendant m. D. correct. ly donner encorez m . L. leur 
donner entre e. M. leur d. entremy eux . — 8. D. L. M, que 
princê les donne . — 


Les Actes des Apostres, éd. 1537. I. f°. LYIII: 

Griffon. Que fais-tu? Broyés (ms. B. M. broys) tu ta 

mo ustard e? — 

C. (XXXIV.) XXVIII. 1 . Merebeuf, voir Longnon, p. 
116. — 9, donner entendre, on disait au XVe siècle:don¬ 
ner à entendre et donner entendre,comp.Jehan de 
Paris, éd. Montaiglon, p. 5 »par leur faulx donne(r) entendre”; 
voir p. 83, nt. 2 ; p. 125, nt. 4 ; Villon continuant à leurrer ses 
légataires par le vain mirage de ses dons, ne parle pas de donner, 
mais de donner entendre, deux verbes qu’il faut lier étroite¬ 
ment et expliquer en regard de la pointe du dernier vers. 


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195 


(XXXV.) XXIX. 

Finablement, en escripvant, 

Ce soir, soulet, estant en bonne, 

Dictant ses laiz et descripvant, 

J’ouy la cloche de Serbonne, 

5 Qui tousiours à neuf heures sonne 
Le Salut que l’Ange prédit; 

Si suspendy et mis à bonne, 

Pour prier comme le cuer dit. 

(XXXVI.) XXX. 

Ce faisant, je me entreoublié, 

V. (XXXV). XXIX. A. B. mis en bonne . C. y mis 
bourne . D. mis en bourne. L. mis en somme . M. mis cy 
bourne. — A. B. que le curé dit . — 

V. (XXXVI.) XXX. Voir p. 142. — 1. A. ce fait. — 

C. (XXXV.) XXIX. 2. estant en bonne; Cotgrave, 
estre en ses bonnes, to be in a good mood, voir aussi : Oudin, 
Curiositez Françoises, in voce. — 3 . ses = ces. 4 . J’ouy la 
cloche; est-ce que l’effet poétique, obtenu par cette cloche qui 
sonne le Salut, serait une réminiscence d’un passage du Péléri- 
nage de l’âme de Guilleville, appelé aussi le Songe du 
cordelier, livre fort populaire au XVe siecle? La plus ancienne 
version que j’en ai eue sous les yeux (Brit. Mus. Harl. 4399, f\ 
88.) porte : 

Mais ensi comme je estoie 
En teil point, en teil tourment, 

Je oy l’orloge dou couvent 
Qui pour les matines sonnoit, etc. 

Serbonne, voir p. 37. — 9. mis à b 0 n n e = m’arrêtai ; 
bonne = borne ; (comp. le dernier vers du Petit Test : mis à 
fin); nous n’avons pas retrouvé l’expression en d’autres écrits. — 
8. cuer, voir p. 52. — 

C. (XXXVI.) XXX. Comp. pour les quatre huitains suivants 
pp. 129—132. — 1. entreoublié, voir p. 25; entre indique 


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196 

Non pas par force de vin boire, 
Mon esperit comme lié ; 


S, A. Mon esprit . Q.. L'entendement. — 


le commencement ou l’à peu près d’une action ou d’un état, mais 
peut être aussi une forme emphatique du verbe simple; p. e. 
L’incarnarion et nativité de Jesu Christ, 1474. 
f°. CLXVII : 

Après, t’es-tu entroublié? 

Avant! — 

3. e s p e r i t, de trois syllabes comme (IX.) 2. A ce propos nous 
rappellerons brièvement que la psycho-physiologie du moyen-âge, 
suivant en cela les traces d’Aristote et son traité de Anima, 
divisait le principe vital, l’Anima, en trois parties, trois âmes 
distinctes : anima vegetativa, anima sensitiva et 
anima intellectiva. Dès l’abord le domaine de l’âme sen¬ 
sitive n’était pas exactement déterminé (compr W e r n e r, die 
Psychologie des Duns Scotus, Mémoires de l’Académie de Vienne, 
1877, p. 40, idem, Der Averroismus in der christlich-peripate- 
tischen Psychologie, Bulletin des séances de l’Acad. de Vienne, 1881, 
p. 207.), la Mémoire, qu’ Aristote avait définie comme une des 
fonctions de l’âme sensitive, montait en grade pendant le 
cours du Moyen-Age et devenait non seulement une partie de 
l’âme intellective ( W e r n e r, die Psychologie des Bona- 
ventura, Bulletin etc. 1876, p. 121), mais l’intelligence 
elle même (W e r n e r, Duns Scotus, 1. 1. p. 46 : »Die Seele kann 
die Species der Dinge nicht, wie Thomas von Aquino will, den- 
kend in sich activiren, sie kann dieselben einfach nur recipiren; 
der Intellect als Récipient und Bewahrer jener Species — das ist 
eben die Memoria,” comp. aussi ibid. p. 73.) Cependant, 
tout en spiritualisant la t ,Mémoire, on lui gordait son local au cerveau 
qui lui avait été assigné de longue date, et qui communiquait par 
des pertuis avec les autres parties de la tête. (W e r n e r, Bulle¬ 
tins etc., 1874: Averroïs Paraphrasis 1. de Memoria etRe- 
miniscentia, Aristoteles, Opp. Venetiis, 1570,VII. 158; 
Raym. Lulli Opp. ed. 1737, Tom. VI, De Anima rationalif 8 .19: 
acerebrum occipitis organum memoria e.”) Elle demeurait là 


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197 


Lors je senty dame Mémoire 
5 Respondre et mectre en son aulmoire 
Ses espèces collateralles, 

Oppinative faulce et voire, 

Et autres intellectualles. 


6 . B. C. Reprendre . — 6. C. Snr expèees . — 9 . A. 
faulee et en boisme . — 8. A. Interlectualles. — 

avec ses potentiae ou potestates que Ton nommait aussi 
vertus, espèces, accidents, (comp. e. a. W e r n e r , 
Bonaventura 1 . 1 . p. 120 ) et que Villon semble nommer espèces 
collaterales pour indiquer leur différence d’avec les espèces 
des choses que la Mémoire recueillait (voir sup. la citât, de 
Duns Scotus): l’opinative, un des attributs de l’intel¬ 
ligence (la qualification de faulce et voire n’y est pas ajoutée 
à l’aventure, car c’est justement ce qui la distingue des sens qui, 
dans leur domaine, disent toujours vrai ; Aristote, de Anima, 
I. II. summa VIL c. I. : asentire enim propria semper est verum , 
distinguera autem potest falsari.” R. L u 11 u s 1. 1. f°. 43 : anima 
habet potentiam opinativam cum qua habet opinionem quae proce- 
dit in afïirmationem et negationem”), l’extimative, origina¬ 
lement une fonction de l’âme sensitive, plus tard montée en 
grade avec la Mémoire (voir W e r n e r, die Psychologie des 
Roger Baco, Bulletin etc., 1879. p. 483—487; pour A. Chartier 
aussi, dans son traité de l’Espérance, l’estimative, tout 
comme la mémoire, est une vertu sensitive), le sentiment de 
répulsion et d’attraction, la vertu au moyen de laquelle la mé¬ 
moire distinguait et séparait les idées; la similative et 
formative, les fonctions par lesquelles les conceptions ab¬ 
straites se formaient etc. — 3 . lié = liai; le sommeil est con¬ 
sidéré comme un lien dans la physiologie du Moyen-Age, »vincu- 
lum et immobilitas quaedam,”Aristoteles, liber 
de Somno et de Vigilia. — 5. Respondre, voir p. 61, nt. 2. — 
9. voire, comp. pp. 44 , 45 . — 


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198 


(XXXVII.) XXXI. 

Et mesmement l’extimative, 

Par coy prospérité nous vient; 
Similative, formative, 

Desquelez souvent il advient 
5 Que, par leur trouble, homme devient 
Fol et lunaticque par moys: 

Je ray veu, ce bien m’en souvient, 

En Arristote aucunesfoiz. 

(XXXVIII.) XXXII. 

Donc le sensitif s’esveilla 


V. (XXXVil). XXXI. 2 . B. Par quoy prospective n. 
C. Par qui la perspective v. — 3. A. B. Simulative. — 
4. C. Par quoy bien s. — 3. A. Que par lair (une main 
postérieure en à fait airt) trouve . B. p. leur cours . — 
9. A. veu bien m. B. leu se bien m. C. leu dont il m. 

V ; (XXXVVII). XXXII. l. A. le sensif. C. Mais le se. - 

C. (XXXVII ) XXXI, 2 . prospérité; est ce une allusion à 
la paraphrase d’Averroës du livre d’Aristote, de Memoria 
etc., Opp. VII. p. 157 : »et est ilia virtus, quam Avicenna vocat 
existimationem; et per hanc virtutem fugit animal natu- 
raliter nocitiva, licet nunquam senserit ipsa?” — 9 . veu; on 
chercherait envain un passage en Aristote qui se rapporte aux 
paroles de Villon, aussi l’expression veu nous semble une équi¬ 
voque qui veut dire en même temps que le poète a trouvé l’ob¬ 
servation dans les œuvres d’A., et en a remarqué la justesse par 
l’exemple d’A. lui-même, ce se (si), voir p. 99, nt. 2. — 

C. (XXXVIII.) XXXII. 1. sensitif; aSomniare,” dit R. 
Lu 11 us dans son Liber Proverbiorum f*. 87 (Opp. Tom. 
VI.), »est confusus actus ex vigilare et dormire.” On peut songer 
per vegetativam et per sensitivam. »Per sensi- 


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199 

Et esvertua fantasie, 

Qui tous organes resveilla, 

Et la souveraine partie 
5 Teint en suspens, comme amortie, 


2 . B. esmeut toute la /. 3 . A. tous argeutis . B, les organes 
tout troubla . C. tous les dormans . — 4 . A. B. Et tint la 
j. C. Car la s . — 5 . A. En souppirant c . B. En suspens et 
comme mortie . C. En suspens es toit a . — 

tlvam sommant homines similitudines appetituum particularium 
sensuum.” — 3. e s v e r tu a, excita, fantasie; R. Lullus, 
1. 1: I m a g i n a t i v a est centrum somniandi quia in ipsa multi- 
plicantur species per quas animalia somniant. L’envahissement de 
l’esprit par la rêverie est assez vaguement décrit par le poète; 
selon Averroès, Paraphrase du livre de s o m n i i s d’Aristote, Opp. 
VII, p. 169): in vigilia sensibilia extrinseca movent sensus, et 
sensus communis (le sensitif) movet virtutem imaginâti- 
vam (la fantasie); in somno autem, quando virtus i m a- 
ginativa imaginata fuerit intentionem * revertetur et movebit 
sensum commune m.” — 3 . organes; la leçon n’est pas 
sûre ; on peut lire aussi argeutis du ms. A, qu’on interprétera 
par subtilités (un des nombreux traités de Anima nous 
apprend : »in quibus spiritus phantasticus- purior est, illis etiam 
subtiliora et magis significantia somnia accidunt.”); on pour¬ 
rait trouver des analogies de la forme insolite d’argeutis, 
msc. pl. pour arguties, dans fantasis, jaleusis etc. ms. 
fr. Bibl. Nat. 24, 341, f°. 13. Cependant nous nous sommes décidé à 
lire organes parce que nous avons trouvé, il est vrai dans un 
traité de Anima du XVIe siècle, la définition suivante du songe, 
(De Anima, commentarii P h. Melanchthonis, Witteber- 
giae, 1575, p. 272): Somnium est phantasia ex specibus sensi- 
bilibus relictis in cerebro concepta, varias cogitationes et imagines 
exprimentibus spiritibus, qui famulantur phantasiae;” 
et le même traité appelle régulièrement ailleurs ces spiritus 
famulantes, idonea organa phantasiae. — 5. en 
suspens, comme amortie; comp. Aristoteles, de 
Anima, 1. II. in fine : »quia intellectus sincopizatur 


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200 


Par oppression d’oubliance, 

Qui en moy s’estoit espartie 
Pour montrer des sens l’aliance. 

(XXXIX.) XXXIII. 

Puisque mon sens fut à repos 
Et l'entendement desmelc, 

Je cuidé finer mon propos; 

Mais mon ancre c’estoit gelé, 

5 Et mon cierge trouvé soufflé, 

De feu je n’eusse peu finer; 

Si m’endormy, tout enmouflé, 

Et ne peuz autrement finer. 

7. B. de moy s'es toit deppartie . C, es toit esp. — 8. A. C. 
de sens . B. de sens la science . — 

V . {XXXIX.) XXXIII. 1. A. Puis m. s . qui /. B. 
Lorsque m. s. — 2, A. desveillé . B. Et mon sentement d. — 
4. A. C. ancre es toit g. B. trouvay g. — 5. A. estoit s. 
C. trouve freslé. — 6. C. Et n'eusse peu de f. /. B. trouver . — 
7. B. boursoufflé. C. C estoit assez tartevelé. — 8. A. finir . 
C, Pourtant il me convint f. — 

ab aliquo accidente, aut sommo.” — O. oubliance, voir p. 
131. — 7. espartie; répandue, dispersée, voir Journal 
d’un Bourgeois de Paris, éd. Tuetey, p. 233: »comme 
bestes que ung loup es part ça et là.” — 8. des sens l’ali - 
a n c e ; ni la leçon ni l’interprétation est aussi sure qu’on la 
désirerait; on croirait presque que Villon avait devant l’esprit 
la définition d’Aristote du sommeil : asomnus copu 1 a est 
sensuumou celle d’Averroës »somnus est ligamentum 
virtutum,” et qu’il les a mal comprises. — 

C. (XXXIX) XXXIII. 1. Puisque = postquam. - * 
desmelé; Cotgrave, in voce, opened, cleered, disintan- 
gled. — 4. c’estoit = s’estoit; comp. p* 99, nt 2. — •* 
finer, voir p. 61. nt. 2. — 7 . e n m o u f f 1 é , C o t g r a v e, 
voce, bemuffled, wrapt within clothes. — 


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201 


(XL.) XXXIV. 

Fait au temps de ladicte date, 

Par le bien renommé Villon, 

Qui ne mengue figue ne date, 

Sec et noir comme escovillon; 

5 II n’a tente ne pavillon 
Qu’il n’ait laissé à ses amis, 

Et n’a mais que ung peu de billon, 
Qui sera tantost à fin mis. 

Cy fine le Testament Villon. 


V. (XL.) XXXIV. 3. B. ung bien . D. L. M. bon re¬ 
nommé . — 3. C. mangeust . — 4. B. comme ung e . — 5. A. 
Qui n'a. — 7. A. C Et n'a plus. B. Il n'a mais. — 8 . A. 
tantost sera affin. C. sera lost à la f. D. en la fin. — C. Et 
ho. , — D. Eisplicit. 

C. (XL.) XXXIV. 7. mais, voir p. 43/44. 


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VARIANTES DES ÉDITIONS MODERNES. 

P. = Oeuvres de Maistre François Villon, corrigées 
et augmentées etc. par J. H. R. Prompsault. 
Paris. Techener, 4832 (Ebrard, 4835). 

I. = Oeuvres complètes de François Villon, édition 
préparée par La Monnoye, mise au jour par 
M. Pierre Jannet, Paris, Picard, 4867. 

L. = Oeuvres de François Villon publiées par Paul 
Lacroix, Paris, 4877. 

/. 1. P. I. Mil quatre cens . P. I. L. cinquante-et-six . — 
IL 3. P. I. L. Lorsque les loups vivent . — 0. I. Cy me vint 
v. L. Me vint le v . — 0. P. I. L. souloit . — (///.) 1. P. 
I. L. feis. — 4. P, I. Sans ce que jà luy en fut m. L. Sans 
que ja luy en fust de m. — 5. P. Dont f ay deuil et me 
p. — 7. P. victorieux . — 0. P. du dieu da . — (/K) 1. P. 
se je prens . I. se je penze . L. en ma f. — 3. P. I. regrets . — 
(F.) 7. P. I. L. veulU — {VL) 6. P. I. ne me départir . L. 
il me convient partir . — ( F//) l. L. le despart me soit . — 
3 . P. esloingne . I, m'en esloingne . L. Dur, si /. il que je 
m'esL — 3. P. I. dur . L. conçoit . — 5, P. I. onc en foret . 
L. plus billon et plus or soingne . — 6. L. P/wx jeune 

et mieulx garny dhumeur, — (/X.) 4. L. point . — 


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304 


7 . L. ce nom. — (X) i. I. L. A celle doneques. — 3. P. I. 

L. f en suys. — ( XI). I. I. Et à m. — 6. P. I. six solz. 

L. huit solz. — 8. P. I. luy. L, leur. — (XII/.) 1. I* 

Trouvé. — 3. P. I. L. tachon. — 4. p. qu'il veult. — 
ft. P. ou la v. P. I. L. qu'on ne peult p. — 6. L. qui ta. — 

8. I. Ou est. — (XIV). 2. P. I elergeon au. L. clergeon 

de. — 6. P, I. L. trumellieres. — (XV.) 4 . P. Obstant que. — 

I. Ce obstant que. L. Nonobst. — Q. P. eiL,.intervertissent 
l'or dr e des trois derniers vers. P. sens ne qu'une 

а. I. L. mais qu'une a. — 7. I. De rec. — (XVI.) 1. P.I. 
plus je assigne. L. pour asseurer. — 7. P. I. L. Pour a . — 

9. P. auprès. — (XVII) I. P. je laisse en beau p. d. I. 

Derechief, je laisse en p. d. — 5. P. I. L. grosse. — 

б. I. L. El. — (XVIII) I. I v jeune h . — 2. P. I. L. troys c. — 
3. P. Et à. — 7. P. I. L. trop prendre. — 8. P. I. L. ses 
amis. L. requérir. — (XIX.) 5. P. I. moutonnier qui tient 
en procès. L. Mouton qui le tient en p. — 9. L. ès eeps. — 
(XX.) I. P. Item à J. R. — 2. P. I. L. Je laisse. - 
3. P. I. P or ses paouvres seurs grafignier. L. Péchés, poires ) 
sucre figuier. — 6. P. I. L. aux rains. — 8. P. pourra p. 
se p. — (XXI) 2. P. Et a. P. le b. L. A. m. P. Basann. — 
7. P. chés. — (XXII) 6. P. I. à la P. L. et la P. — 
(XXIII.) P. I. L. Luy laisse. — 6. P. I. L. A faire.- 
(XXIV) 2. P. Pour une foys , l. — 3. P. I. sous les m. — 
4L L. Ou vers. — (XXV.) I, I. Derechief, je laisse en p . 
L. item je l. et en p. — 4/3. P. 7 ous deschaussez et devestus. 
I. L. Tous deschaussez, tous despourveuz. — 7. P. I. L. 
qu'ils seront. — (XXVI.) 4L. P. I. Qui n'ont. — 9. P. I. 
maint bon m. — 8. I. L. Ces e. P. I, L. je seray. — 
(XXVII) 4. P. I. L. forcorre. — (XXVIII.) 6. P. sans r. — 
(XXIX.) 1. I. Item plus. L. Item et. I. L. je adjoinctz à la 
C. — 3. P. I. L. Et ung b. — 5. P, I. L. en fessoine. — 
7 . P, I. L. Et mon m. — (XXX.) 3. P. sur. P. I. L. les est. — 
(XXXI.) 2 . P. La rongneure. — 3. L . descombrier .— 6. L 
quant ainsi. — (XXXII.) 1. P. I. Item aux quatre M. — 


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205 


2. P. I. L. Aux F'. D. et aux B. — 4. P. I. L. chappons , 
pigons. — ». P. I L. ne m'est que du m. — (XXXITl). 

2. P. I. L. Pepicier. — 3. I. L. potence à S. M\ — 

5. L. A celluy . - ». P. I. 4»rray. — (XXXIV) 5. P. I. L. 
Quant au c . — 6. P. I, Pierre Ronseville je o. — 2. P. Pour 
leur donner entremy eulx. I. Pour luy donner encore mieulx. 
L. Pour donner en attendant m. — ». P. I. L.prince les d .— 
(XXXV). 1. L. estrivant . — 2. P. mis en b . I. et cy mis b . 
L. étf ry aæjtf bourne. — ». P. ^ & curé d\ — 

(XXXVI) 1. P. I. CW# fait . — 3. L. L'entendement. — 

3, P. I. L. Rescondre . — 6. L. .SW* — 2. P. Faulce 
oppinative, et boisvie. — (XXXVII) 3. L. la perspective 
vient. — 5. P. I. Part trouvé hom d . — 2 . I. L. bien • — 
(XXXVIII) 1, P. I. Doncques le sensif. L. J/Wj — 
3. P. I. ÇW tous argeutis. L. Et tous argutis. — 4. P. I. Et 
tint s. p . L. Car la s. p. — 5. P. I. En souppirani. L,. En 
suspens estoit a .— (XXXIX). 1. P. I. Puis mon sens qui f .— 

P. I. desveillé . — 4. P. I. L. estoit g % — 5. P. I. L. 
estoit s. — 2. L. C estoit assez tartevelé. — ». L. Pourtant 
U me convint f. — (XL.) 2. I. bon ren.— 7. P. U plus. — 


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DEUX BALLADES 

DE 

VILLON. 


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DEUX BALLADES DE VILLON. 


De tout temps les éditeurs des œuvres de Villon 
ont cherché à grossir son bagage poétique. L’édition 
de 1723 apportait trois ballades ') ingénieuses, 
tirées d’un ms. du XVI e siècle, dont la pre¬ 
mière, pour ne parler que de celle-là, est l’œuvre 
d’Alain Chartier; 2 ) un fragme nt d’une autre ballade 
fit son apparition dans l’édition de 1742, d’après un 
ms. rongé et déchiré ; M. Campaux restitua la ballade 
d’après un ms. de la Bibliothèque Nationale 3 ) et à 


*) E d. Jannet, p. 144—147. Pour les additions aux éditions de 
1533 , le Monologue du Franc Ar chier etc., voir l’introduction 
au Nouveau Recueil de Farces Françaises deM. Picot, 
p. XVII—XXXIV. 

2 ) C’est la ballade qui commence par: 

J’ay ung arbre de la plante d’amours. 

Elle a été publiée depuis dans un recueil rarissime: Rondeaulx et 
Ballades inédits d’Alain chartier, publiés d’après un ms. 
de la Bibliothèque Méjanes, à Aix. Caen, 1846. Elle y porte le no. 3, 
M. J. Payne l’a traduite en anglais dans sa version des Oeuvres de 
Villon p. 133 ; il n’est que juste de remarquer que M. Payne n’y a pas 
reconnu la moindre trace de la main du poète. 

*) M. Campaux. p. 64, d’apres ms. fr. Bibl. Nat. 1707, f°. 47. Con¬ 
statons que la transcription de M. Campaux est extrêmement défectueuse. 

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210 

présent elle figure sous le titre de Ballade joyeuse 
des taverniers parmi les poésies attribuées 
à Villon 1 ); il est à peine nécessaire d’observer que 
rien n’y trahit soit la pensée, soit la main du poète. 
Prompsault, dans son édition de 1832, outre les 
vers dont il augmenta le Petit et le Grand Testa¬ 
ment, donna dix vers à la ballade du débat du 
corps et du coeur de Villon, et cinq nouvelles 
ballades aux oeuvres diverses*); toutes ces poé- 

On rencontre cette ballade assez souvent dans des mss, du XVe et du 
XVIe siècles, p, e. ms. fr. 2206, Bibl. Nat. f°. 178. Une auuotation du 
copiste (Ballade contre ceulx qui mectent de l'eaue an 
vin ou contre noz enemy) prouve sa giande popularité et le 
différent usage qu’on en pouvait faire. 

*) E d. J a n u e t, p. 174, suivant une version différente de celle de 
M. Campaux. 

2 ) E d. P r o m p s a u 11, p. 42 ; ce sont d’abord le troisième dixain du 
Débat, tiré du Jardin de Plaisance, éd. Verard, f°. CVIII (la 
strophe se trouve aussi au n°. LIII de la Bibl. de Stockholm, f°. 34), 
la Ballade Villon, ms. fr. Bibl. Nat. n°. 1104, f°. 30. (Jannet 
p. 110), puis deux ballades tirées du ms. D. (voir p. 79 de cette 
brochure) ; leur authenticité n’est pas douteuse ; on ne saurait en dire 
autant des deux suivantes: la Ballade des povres Housseurs 
(Jann. p. 119) et la Ballade contre les Mesdisans delà 
Franc e (Jann. p. 121). Pour cette dernière ballade Prompsanlt se 
fonde sur l’autorité du ms. fr. Bibl Nat 12490, un des volumes du Re¬ 
cueil de I. Robertet. En effet on l’y trouve, f°. 98, fermant la série des 
ballades de Villon dont le ms. donne une copie; mais il faut observer 
que l’autorité de ce ms. est nulle, la copie qu’il renferme des œuvres de 
Villon étant certainement faite d’après une édition imprimée. Un feuillet 
de garde, sur lequel la ballade se trouvait écrite, peut avoir donné lieu 
à l’erreur; car elle jouissait de la plus grande popularité; on la ren* 
contre presque partout : au Jardin de Plaisance f°. CC. (séparée 
par une grande distance des ballades de Villon qui sont au f°. CVIII)» 
parmi,,les premières plaquettes imprimées (Ane. Poés. Franç. V. 320), 
dans les recueils mss. des poésies du XVe siècle, comme ms. fr. Bibl. 
Nat. 2 3 75, f°. 32, n°, 2206, f°. 181 etc. Aucun de ces livres ne 
l’attribue à Villon ; au contraire le n°. 2206 la donne au milieu de six 


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211 


sies ont acquis droit de cité parmi l’œuvre reconnue 
et légitime de Villon et cependant pour deux de ces 
ballades, celle des povres housseurs et la Bal¬ 
lade contre les mesdisans de la France, ce 
droit est plus que suspect, presque nul. La question 
est plus compliquée pour un groupe de poèmes dont 
on doit aussi la découverte au zèle de Prompsaultet 
qu’il a publié en appendice, comme supplément aux 
œuvres de Villon. ') Nous traiterons ce problème 
plus tard, en remarquant toutefois dès à présent que 
le jugement, porté sur la valeur poétique du Dit 
de la Naissance, comme Prompsault l’appelle, 
doit, en tout cas, céder le pas aux preuves matérielles 
et extérieures qui pourraient être alléguées en sa 
faveur. 

M. Campaux, dans son Etude sur Villon. 
1859, avait recueilli une moisson de poésies nou¬ 
velles, ballades et rondeaux, plus ample encore que 
celle de Prompsault. Suivant l’exemple de Lenglet- 
Dufresnoy, dont le travail est resté manuscrit, M, 
Campaux avait mis à contribution le Jardin de 

ou sept ballades authentiques de M e s c h i n o t et sans me prononcer ici 
catégoriquement sur la paternité de la Ballade, il faut constater qu’elle 
est d’une façon plus antique que celles de Villon* le milieu où elle se 
trouve au Jardin de Plaisance le prouve du reste. La Ballade 
des povres Housseurs (pour l’explication de ce mot, voir M. G. 
Paris, Revue Critique année 1867, n°. 16), suivant Prompsault (p. 53), 
se trouve intercalée parmi les autres ballades de Villon au Jardin de 
Plaisance; „j’ai dû la prendre,” dit-il, comme s’il avait eu la main 
forcée, „et en enrichir mon édition.” Il paraît qu’on n’a jamais pris la 
peine de contrôler l’assertion de Prompsault t en effet la ballade des 
Housseurs, au lieu d’être au milieu des poésies de Villon, en clôt la 
série (f°. CIX), et celles-ci devant commencer et finir quelque part, il n’y a 
aucune raison qui nous oblige à accueillir une ballade étrangère dans la 
série. 

*) Ed. Prompsault, p. 469, ss ; e d. J a n n e t, p. 105—110. 


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212 


Plaisance et en avait rapporté un choix de pièces 
qui lui semblaient, de la façon la moins équi¬ 
voque, faire allusion aux circonstances les 
plus caractéristiques de la vie du poète.*). 
Les différents éditeurs, venus après l’éloquent ami de la 
poésie de Villon, MM. Jannet, Lacroix et Moland, 
à leur tour fait ont lait un choix dans le choix de M. 
Campaux, et ainsi s’est constituée la ‘rubrique des 
poésies attribuées à Villon, qu’on ajoute généra¬ 
lement aux éditions modernes. 

L’œuvre du poète en est-elle enrichie réellement? 
On a donné comme raison pour les garder en ap¬ 
pendice aux poésies authentiques de Villon, que si 
elles n’étaient pas le produit de la muse du maître 
lui-même, au moins on y devait reconnaître les traces 
de son influence, et on s’est laissé aller à parler de 
l’école de Villon. Cependant si l’on pouvait démontrer, 
pièces en main, que le plus grand nombre de ces 
ballades et rondeaux doit son existence soit aux 
maîtres, soit aux contemporains de Villon! 

Prenons un exemple. M. Campaux *) cite un rondeau 
du Jardin de Plaisance, qui commence par: 

De mon faict je ne scay que dire , 

et à propos des derniers vers: 

A son gré parler je l’écoute, 

Puis emprès elle je m’accoute 
Sans luy vouloir riens contredire ; 

il sՎcrie: Ȉ moins de supposer une imitation qui 
aurait été jusqu’au plagiat, on reconnaîtra que 
l’auteur des derniers vers de ce rondeau- est le 


J ) M. Campaux, 1. 1. p. 331. 

2 ) 1. 1. p. 344; Jannet, p, 135. 


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I 

i 


I 213 

I?même que l’auteur du h. 56 du Grand-Testament.”'). 
ï(ï Plagiat ou non, l’auteur du rondeau est un person- 

■es nage tout à fait différent du bohème de génie qui a 

4r écrit le grand-Testament. La suscription du rondeau 

i: dans un manuscrit bien connu, renfermant les pro- 

I ductions poétiques du cercle de Charles d’Orléans, ») 
;! nous apprend son nom, Blosseville, un des fa- 
i: miliers du duc, qu’il avait suivi en Angleterre et cer¬ 

tainement l’aîné de Villon d’une trentaine d’années. 

Ce simple nom mis en l’umière, traîne après lui 
tout un brillant cortège de talents poétiques qui ont 
chanté leurs amours et leurs déceptions à peu près 
comme Villon est censé avoir chanté les siennes, 
avec cette différence pourtant que leur réputation 
s’est éteinte dans un profond oubli, tandis que toutes 
les étincelles de leur foyer poétique se sont rassem- 


J ) Notons que la comparaison avec les vers du Grand-Test, cloche un peu : 
Quoy que j e lui voulsisse dire, 

Elle estoit preste d’escouter, 

Sans ni* accorder ne contredire; 

mais on n’y voit pas de si près quand on est emporté par son sujet et 
son argumentation. 

*) Ms. fr. B i b 1. Nat. 9 223, f°. 38 ; le ms. (M. d’Héricault l’a 
décrit , Poésies de Ch. d’Orléans, II, 291.) contient plus de trente 
rondeaux de Blosseville ; une ballade sur la mort de la dauphine 
Marguérite d’Ecosse (f°. 65) précise le temps où il vivait ; un rondeau 
fort curieux d’Antoine de Guise (f°. 64) montre l’estime où son talent 
poétique était tenu par ses amis: 

Blosseville , noble escuier, 

Tous ces fatraz je vous envoyé 


Avant qu’ilz aillent aultre voye, 

Donnez leur ung tour du mestier. 

Pour d’autres détails sur la vie et les œuvres de Blosseville, voir la 
notice de 3L de Montaiglon en tête du Débat du viel et du 
jeune. Ane. Poé s. Franç. IX. 216 ss. 


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214 


blées comme une auréole autour de la tête pelée du 
vagabond. 

Ce n’est pas ici le lieu de restituer à leurs diffé¬ 
rents auteurs les poésies attribuées à Villon. 
Ce que nous avons voulu montrer par un seul exem¬ 
ple, c’est qu’avant d’aller glaner parmi les rondeaux 
anonymes du Jardin de Plaisance des poésies 
de Villon, il n’est pas superflu de s’orienter dans ce 
champ inculte jusqu’ici, qu’on appelle l’histoire lit¬ 
téraire du XV e siècle. 

Est-ce qu’il est donc si difficile de trouver des vers 
inconnus de Villon dans le Jardin de Plaisance? 
Mais non! Voici un huitain, le deuxième de la Bal¬ 
lade des Proverbes (Jannet, p. 116), qu’on a né¬ 
gligé d’y cueillir ') : 

Tant parle-on qu’on se contredit; 

Tant vault bon bruyt que grâce acquise: 

Tant promet-on qu’on se desdit ; 

Tant prie-on que chose est acquise 
5 Tant plus est chère et plus requise; 

Tant la quiert-on qu’on y parvient ; 

Tant plus commune moins est quise; 

Tant crie l’on Noël qu’il vient. 

Et le rondeau suivant *) doit être attribué à Villon, 
si l’on accepte la théorie assez plausible de Promp- 
sault que l’éditeur du Jardin de Plaisance met 
à la suite les unes des autres toutes les pièces qui 
appartiennent au même poète: 


l ) Jardin de Plaisance, éd. Verard, s. d. f°. CVIII. Le ms. 
de Stockholm, f°. 24, donne anssi ce huitain. Nous notons les variantes sui¬ 
vantes : vs. 3. B. s e d e s d i t. I. d. P. s’en d. — d. B. et plnsest 
qui se. I. d. P. plus est requise. — 7. B. et moins requise. — 
s ) Jardin de Plaisance, f°. CIX, entre la Ballade des • 
Proverbes et celle contre les langues envieuses. 


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2 15 


RONDEL. 

Jenin l’anemy, *) 

Va-t-en aux estuves 
Et toy là Tenu, 

Jenin etc. 

Si te lave nud 
Et te baigne ès cuves 
Jenin etc. 

Ceci n’est qu’une boutade sans sel, et l’addition à 
la Ballade des proverbes présente, s’il se peut, 
encore moins d’intérêt. Aussi avons-nous mieux à 
offrir en compensation des ballades que nous avons 
élaguées de l’œuvre de Villon, non pas parce que 
l’inédit ou le quasi-inédit en soi a pour nous des 
charmes, mais parce que nous croyons qu’il faut 
augmenter autant que possible l’œuvre du poète, 
d’abord pour pouvoir déterminer plus exactement la 
chronologie de ses poésies, en second lieu pour avoir 
une base plus large d’où partir à la decouverte de 
poèmes inconnus. 

Or, la premières condition pour le succès des re¬ 
cherches ultérieures, c’est que la base soit bien solide 
et que les poésies de Villon soient toutes bien au¬ 
thentiques. Sous ce rapport du moins les deux bal¬ 
lades que nous allons publier ne laissent rien à 
désirer; le poète les a signées de son nom, leur envoi 
porte en acrostiche: Villon *). La première est 


1 ) Il faut lire probablement au lieu de Jenin l’anemy, Jenin 
Lavenu ou L’avenu. 

2 ) Comp. p. 146 nt. 2. Nous connaissons une troisième ballade qui pos¬ 
sède cet acrostiche, l’avant-derniére des cinq ballades e n j argon , 
que l’on trouve au ms. de Stockholm, f°. 26. Nous l’aurions donnée ici 
avec les autres, si nous n’avions lu récemment une notice dans le Figaro j 
annonçant la prochaine publication d’un livre de M. Yitu sur le Jargon 


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216 


donnée par le ms. de Stockholm, si souvent cité 
dans le cours de notre travail; elle s’y trouve au 
troisième feuillet, étant précédée de la ballade 
d’Alain Chartier : 

Il n’est dangier que de villain *), 

et suivie d’une autre ballade dont l’auteur nous est 
resté inconnu: 

Qui ne contreffait l’amoureux *). 

La ballade de Villon, que nous sachons, n’a jamais 
été imprimée, et en tant que copie manuscrite,nous 
connaissons seulement celle de Stockholm. 

Ceci n’est pas le cas pour la seconde ballade que 
nous publions plus loin. Elle a été connue de longue 
date, mais comme l’œuvre d’Alain Chartier; on la 
trouve déjà dans les premières éditions de ce poète, 
imprimées sous le titre: Les fais maistre Alain 
Chartier; de là elle est passée dans l’édition de 
Galliot du Pré etc. Ce qui doit nous étonner davan¬ 
tage, elle est comprise dans un des grands recueils 
manuscrits des œuvres d’Alain Chartier 5 ); la place 

de Villon, où il utiliserait cinq ballades inédites du poète. Evidemment 
ce sont les ballades du ms. de Stockholm que l'éminent critique a en 
vue, dès lors nous pouvons tranquillement laisser le soin de publier la 
ballade à des mains plus compétentes que les nôtres, 

’) Le ms. Lansdowne 380, du Brit. Muséum, comme nous l’avons 
rémarqué , p. 49, donne explicitement cette ballade à Chartier ; elle y 
est appelée la Ballade faicte et composée par le doulx 
poète maistre A. Chartier, 

2 ) Le scribe du recueil semble avoir rangé parfois les pièces d’après 
leur contenu ou la façon dont elles étaient écrites. On ne peut donc nul¬ 
lement inférer de la place, occupée par cette ballade, qu’elle est aussi l’œuvre 
de Villon; d’ailleurs le ton courtisanesque qui y règne, exclut cette 
supposition. 

3 ) m s. 1 r. B i b 1. N a t. 8 3 3, f®. 193, Le manuscrit a été décrit par 
Paulin Paris, VI. 386 ; il est du commencement du XVIe siècle. 


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217 


qu’elle y occupe, sa présence au dernier feuillet, 
nous donne peut-être la clef du mystère, comment 
une ballade de Villon s’est fourvoyée parmi les poé¬ 
sies du docte secrétaire de Charles VII; elle nous 
paraît avoir été écrite à l’origine par le poète lui- 
même sur un feuillet de garde ou sur une des feuilles 
abondantes d’un de ces livres copiés à la hâte et 
négligemment, qui servaient de base aux scribes pour 
leurs travaux de commande '). Le scribe aura trans¬ 
crit tout ce qui lui venait sous la main, et voilà 
Villon enté sur Chartier. Le même brouillon semble 
avoir été l’original des éditions imprimées J ); du moins 
ces éditions, tout comme le ms., font suivre notre 
ballade par un rondeau et un fragment qui pourraient 
être attribués avec quelque raison à la main du même 
auteur. 

Le rondeau n’est pas tout à fait indigne de 
Villon, quoiqu’il me semble plutôt une copie d’une 
chanson appartenant au cercle de Charles d’Orléans: 

La mercy dieu je vis tousiours, 

Quelque desplaisir que je porte ; 

Bon vouloir ma douleur supporte, 

Mais j’ay passé tous mes bons jours, 

Sans avoir ayde ne secours ; 

Doulcement mon temps je déporté, 

La mercy dieu etc. 


*) Il reste encore grand nombre de ces livrets de scribe; p. e. le ms. 
Bibl. de Bourgogne n 9 . 10959 de la Salle d’A. de la Sale est l’original 
de la copie, faite par Mielot ou un de ses disciples, qui existe sous le n°. 
9287 de la même bibliothèque. L’état de ces livrets avec leurs croquis de 
miniatures nous est le mieux représenté par le ms. du Petit Jehan 
de Saintré, n°. 9547 ; comp. aussi le n°. 9629, brouillon de l’histoire 
de (xilion deTrasignyes, Bibl. de Bourgogne. Villon lui-même 
a-t-il exercé pendant quelque temps le métier de scribe ? 

3) P. Paris, 1. 1. 


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218 


Je n’ay plus que faire d’amours , 

Désormais ne m’en plaist la sorte, 

Aux autres du tout m’en rapporte , 

Car quant à moy j’ay fait mon cours : 

La mercy dieu etc. 

Quant au fragment, on y verra difficilement la 
trace de l’esprit du poète: 

Trop sont à grief meschief livrez 
Cueurs qui d’amours sont enyvrez, 

En la fin encor le seau ras, 

Quant ton temps perdu y auras, 

Et degastée ta jeunesse 
En ceste dolente léesse. 

Se tu peuz encores tant vivre, 

Que d’amours te voie delivre, 

Le temps qu’auras perdu plourras 
Mais recouvrer ne le pourras, 

Encor se par tout en eschappes. 

Car en l’amour ou tu t’entrappes, 

Maints y perdent, bien dire l’os, 

Sens, temps , chatel, corps, ame et los. 

Enfin voici les deux ballades, qui n’ont pas besoin 
de commentaire. 


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BALLADE. 

I. 

Il n’est soing que quant on a fain, 

Ne service que d’envieux, 

Ne mascher qu’ung botel de foing, 

Ne fort guet que de homme enivreux, 
5 Ne clémence que felonnie, 
N’asseurence que de peureux, 

Ne foy que de homme qui regnye, 

Ne bon conseil que d’amoureux. 

IL 

Il n’est engendrement qu’en boing, 

Ne bon bruit que de homme benny, 
Ne riz qu’après ung cop de poing, 

Ne lotz que debtes mectre en ny, 

5 Ne vraye amour qu’en flaterye, 
N’encontre que de maleureux, 

Ne vray rapport que menterye, 

Ne bon conseil etc. 


Var. ms. Stockh. /. 8 . II. 8 . III. 8 . IV. 8 . Ne bien 
conseille que a. — II. 41. lotz ; orthographe du ms. 
pour los, renommée', ce mot revient f°. 7 . 


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220 


III. 

Ne tel repos que vivre en soing, 
N’oneur porter que dire fy, 

Ne soy vanter que de faulx coing, 
Ne santé que de homme boufîy, 

5 Ne hault vouloir que couardye, 

Ne conseil que de furieux, 

Ne doulceur qu’en femme estourdye, 
Ne bon conseil que d’amoureulx. 

IV. 

«foulez-vous que vérité vous dye, 

'—'1 n’est jouer qu’en maladie 
fectre vraye que tragedye, 
fasche homme que chevalereux , 

5 Orrible son que melodye, 

Ze bon conseil etc. 


Var. IV. 1 Nous n'avons pas changé la leçon du nts-, 
peut-être voulez vous ne faisait que deux syllabes . 

4L. m s. homs. — 5 . ms. horrible. — 


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BALLADE. 

I. 

Hommes failliz despourveuz de raison, 
Desnaturez et hors de congnoissance, 

Desmis de sens, comblés de desraison, 

Fols abusez, plains de descongnoissance, 

5 Qui procurez contre vostre naissance, 

Youz soubzmettant à détestable mort 
Par lascheté; las que ne vous remort 
L’orribleté qui à honte vous maine; 

Voyez comment maint jeune homme en est mort, 
10 Par offenser et prendre autruy demaine. 

IL 

Chascun en soy voye sa mesprison, 

Ne nous vengons, prenons en pacience; 

Nous congnoissons que ce monde est prison 
Aux vertueux franchis d’impacience ; 

5 Batre, touiller, pour ce n’est pas science, 
Tollir, ravir, piller, meurtrir à tort. 


Var. Nous suivons Péd. Galliot du Pré, 1529 . f°. 
CCCXXXIX v", — I. 3. ms. 833. f ~. 193. du sens. — 
O. tn s. soubzmettans. — 7. é d. Galliot. homs ; a br év a- 
t i o n mal résolue, ms. jeunes bons est m. — 

Var, II. 4 . é d. franchise d'imp. — 5 . je pense qu' i l 
faut lire percer (une maison) au lieu de pour ee. — 


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De Dieu ne chault, de vérité se tort 
Qui en telz faitz sa jeunesse deraaine, 

Dont à la fin ses poingz doloreux tort, 

10 Par offenser et prendre autruy demaine. 

III. 

Que vault piper, flater en trahyson, 
Quester, menter, affirmer sans fiance, 
Farcer, tromper, artifier poyson, 

Vivre en péché, dormir en deffiance 
5 De son prochain, sans avoir confiance; 

Pour ce conclus: de bien faisons effort, 
Reprenons cœur, ayons en Dieu confort, 
Nous n’avons jour certain en la sepmaine; 

De noz maulx ont noz parens le ressort 
10 Par offencer et prendre autruy demaine. 

IV. 

<ivons en paix, exterminons discord, 
i—eunes et vieulx, soyons tous d’ung accord, 
na loy le veult, l’apostre le ramaine 
licitement en l’epistre rommaine; 

Ordre nous fault, estât ou aucun port, 
Zottons ces pointz, ne laissons le vrayport 
Par offencer et prendre autruy demaine. 


V. é d. trop vérité se dort ; voir Cotgrave , se tordre — 
se fourvoyer. — ///, I. ms. rire en t. — 3 . é d. Forcer . — 

FIN. 


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TABLE ALPHABÉTIQUE. 


abatre (pain); 191, 6. 
abreuvoir, 110. 

acrostiches, 146, 147, nt. 1 ; 215, 
aguet (d’>; 178, 3. 

•ai ss - e , 36. 

-ai =a ei; 36. 
nt. 2. 


-aient, 80. 

-aige ~ -âge, 39 . 
aiguiser, 13, 131, nt. 3. 
-ail ss -aii^ 39 
alliance-, 200, 8, 

-an s= -en, 36. 

-an =s -on, 36 . 

-aou = - au , 3 g 
-ar ss - er , 42 


Aristote, 16 . 

asne ra yé, 125, nt. 
as signer, 74. 


assommer; 180, 8 
atours, 30, nt. 1. 
" aM ==- 0 , 36. 

' aM = - 0U , 37. 


4. 


aulmoire , 106, nt. 2. 
autentique, 46, nt. 1. 

Averroès, 16, nt. 2; 46. 
ay — et, 36. 
billart; 186, 3. 
blancs (monnaie); 185, 6. 
blancs (les piez), 24. 

Blosseville, 213, nt. 2. 
boesme , 44. 
bon , 62, nt. 1. 
bonne (estre en b.); 195, 2. 
bonne (mettre à b.); 195, 7. 
bourreletz , 30, nt. 1. 
brayes , 93, nt. 1; 1 7 0, 6. 
bruire , 164, 7. 
bruit; 164, 5. 
c et g, 94, nt. 2. 
c (confondu avec h.), 102, 103. 
cadéSy 33. 

canari , 126, nt. 1; 182, 2. 
Cardon (Jacques), 143, nt. 2. 
ce (pour se), 26—28; 157, 3; 
198, 7. 


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ce (dans les mss.), 99, nt. 2; 200, 4. 
ce (ces) (usagedu pron.démonstr); 

473, 4; 178, 4; 188, 3. 

Cent Nouv. Nouv., 70, nt. 2; 75, 
nt. 1 ; 116, nt. 2 . 

Nouv., 91; 14, nt. 1. 
ces (pour ses), 26—28; 161, 2 . 
changon; 174, 5. 

Chartier( Alain),131-133;216,nt 1 . 
chasser; 174, 2. 

Chastellet; 179, 8 . 
chevaucher; 19.1, 7. 
chiens (et oiseaux), 125, nt. 4. 
Cholet; 182, 1. 
clercs; 170, 1 . 

coing (frapper en c.), 137, nt. 1. 
collaieralles (espèces); 197, 3 nt. 
comique (suggestion); 125, nt. 4, 
donner; 125, nt. 4, en friche; 
125, nt. 4, sur pied; 125, nt. 
4, en parolles; 169, 3, tenir; 
175, 8 , paix et aise; 183, 7, 
pois au lard; 191, 7, chevau¬ 
cher, 194, 7, donner entendre, 
comique (effet de la parenthèse); 

164, 7; 165, 5; 171, 3. 
complant , 137, nt. 1. 
conjugaison, 40. 
conseiller, 57, nt. 2. 
cramillières; 170, 6 . 
crosse , 88 , 89, nt. 1. 
cueur, 121; 16., 5. 
curé (cuer), 52. 
dangiers; 159, 1. 
débriser; 157, 8 . 
déchassé , 165, 4. 
dédoublement des consonnes, 41. 
deffaçon, 140, nt. 1; 158, 3. 
départir, 58—60. 


dcsmesler; 200 , 2 . 
desnuez; 184, 6 . 
desprins; 184, 3. 
diamant, 125, nt. 1. 
don (en pur d.); 167, 1. 
donner , 125, nt. 4; (entendre) 
194, 7. 

•e = -ai, 25, 37, 42, nt 2. 

-e = -er, 42, nt. 2; 85. 

-e ~ -o, 37. 
e et i, 42, nt. 2. 
elle; 160, 4. 
employer, 57, nt. 1. 

-en 1 = -an, 37. 
enchâssé; 165, 5. 
en fondu; 182, 8 . 
engrongne; 189, 4. 
enmoujflé; 200, 7. 

-eus — -ans; 14, 28—31. 
enseignes, 53; 89; 101; 103, nt 
2 et 3, 125, nt! 2; 192, 1. 
dnserré; 187, 6 . 
entreoublier; 195, 1. 
envers; 183, 4. 

•er, 52. 
esclore, 21. 
escot; 166, 6 . 
esloingner; 162, 2 . 
esparti; 200, 7. 
espèces, 197, 6 . 
esperit; 196, 3. 
espicière; 193, 2. 
essoine; 187, 5. 
establis; 178, 4. 
estaulx; 63, nt. 3; (soubz lese), 
188, 3. 

estrangler; 180, 8 . 
esvertuer; 192, 2. 
extimative; 197, nt. ; 198, 2. 


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225 


faillir (au besoing); 161, 6. 
faire (verbe auxiliaire), 54. • 
fantasie ; 131, nt. 2; 199, 2. 
fenestre ; 173, 8. 

Figuier (Grand), 53. 
prier , 61, nt 2. 
foiz (à la f.); 182, 2. 
jormative ; 197, nt.; 198, 3. 
forsprendre; 147, 7. 
frain (aux dents); 156, 4. 
franc, 102, nt. 1. 

» (au collier); 156, 4. 
frappier , 42. 

(en g.) ; 165, 5. 

£*an; 167, 4. 
glui; 182, 4. 
gluyons , 182, 4. 

Greban (Simon), 132, nt. 1. 
9 re sse (de haulte g.); 168, 6. 
grongnée; 189, 4. 
heaulme; 178, 2. 
housectux (laisser les h.); 133, 8. 
Jardin de Plaisance; 25, nt. 1. 
je (confondu avec il), 108, 109, 
nt. 1. 

Jehan; 193, 1. 

~ier, 39. 

imaginative; 131, nt. 2. 
impartir, 58, nt. 1. 
imprimés (anciens), 70; 75; 77; 

86, nt. 2; 95, nt. 4. 
intéllectudlles; 197, 8. 

Joyes de Mariage (les XV), 129, 
nt. 1. 

juchier (la pie), 63. 
lard; 183, 7. 
légièrement; 170, 5. 
li = luy, 31—34. 
li=zles, 31, 33. 


iîrrl’y, 31, 32. 

lier; 196, 3. 

lubre ; 12, nt. 2. 

mais, 43, 44; 170, 6; 201, 7. 

Malpensé, 108, nt. 2. 

marchand (bon m.); 181, 3. 

Marchant (Perrenet), 145—148. 

Marchant (Ythier), 145, nt. 1. 

martir , 123, nt, 1; 160, 7. 

mémoire ; 197, 4, nt. 

Merle (Germain de), 70. 

Merle (Jehan de), 69. 
mettre sus, 125, nt. 3. 
mieux (estre, valoir de m.); 151,4. 
millésime (usage du XVe siècle); 
151, 1. 

mi-partie (impartie), 58, nt. 1. 
mirouer ; 188, 7. 
moins (être du m.); 192, 8. 
Molinet (auteur d’une rhétorique), 
80, nt. 2. 
mortier ; 192, 1. 
mourir; 160, 7. 
moustarde ; 193, 4. 

Noël; 156, 2. 

nominatif singulier, 31, 40. 
nomination; 185, 1. 
obstant ce que ; 171, 4. 
obvier; 159, 1. 

-i oient , 80, 113, nt. 1. 
oppinative, 131, nt. 2; 197, 7, 
nt. 

organes; 199, 3. 
ou = au, 40. 

-ou — -eu, 38. 
oubliance, 131. 

-ouer — -oir, 37. 

-ouir un -uir, 31. 
ouvrir, 15. 

15 


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oye (une grasse o.); 167, 5. 
par (confondu avec dix) 85, nt 3. 
par (confondu avec eu), 85. 
par (pour) (confondu avec je), 86. 
Pasques; 172, 6. 
pie (jucliier la p.), 63. 
Pierre-au-Let; 179, 6. 
piétons; 178, 3. 
pigons; 187, 5. 
plant, 137, 1. 

planter; 137, nt. 1; 176, 8. 

pois (au veau, au lard); 183, 7. 

poupart; 173. 7. 

pour (avec l’infinitif), 64, nt. 1. 

pinson, 123, nt. 1; '157, 7. 

procès; 168, 8; tenir p.; 175, 6. 

promettre (mons et vaulx); 169, 3. 

puisque; 200, 1. 

qiC et c\ 107, nt. 1. 

queloigne; 162, 4. 

qui (confondu avec que), 104. 

qui (par qui grâce), 74. 

r (confondu avec o), 94. 

rains , 22; 176, 6. 

rais, 23; 176, 6. 

recompenser; 171, 2, 

recouvrer; 171, 7. 

reculer; 166, 4. 

relaiz; 163, 6. 

respondre, 61, nt. 2. 

riblis, 65; 179, 5. 

Roman de la Rose, 121; 156, 4, 6. 
rubis , 65; 179, 5. 
rue (monos.); 186, 2. 
s (confondue avec l ), 27, 54. 
Saint-Esprit; 171, 3. 

Saint-Mor; 193, 3. 
saints (amoureux), 123. 


seigneur (confondu avec ser> 
gent), 53. 
semblans; 161, 2. 
sensitif, 131; 198, 1. 
ses = ces; 159, 4; 172, 6; 178, 
4; 195, 3. 
sèz; 175. 8. 


signes; 190, 5. 
similative; 197, nt.; 198, 3. 
sommelées, 42. 
soret (de Boulogne), 73; !6$A 
soudure, 123, nt. 1. 
sur; 171, 7; 183, 3. 
surquerir; 174, 8. 
suspens (en), 131, nt. % 192,5 
talion, 102. 
tailler; 177, 7. 
tartavellerie, 76, nt. 1. 
tarteveler, 76, nt. 1* 
tastonner, -178, 4. 
tenir {lent, teint), 34,35, 
fief); 169, 3. 
tieulx, 41. 

tordre , (se), 222, nt. ^ 

trappe (dessoubz la t.), 1 » 

trou; 176, 5. 
trousser (au col), 103, nt. 

-u = -ou, 39. . | 

Vallée (Robert), 143; 168, • 

mZ/ée (tenir, promettre mon 

v.); 169, 3. 
veau; 183, 7. 

Végèce, 126, nt. 3. 
vénérieux; 158, 7. 


Guillaume), 112; 16*’ 

—■%3Ælî 

, h. IL 2; 125, nt 


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227 



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Villon, Grand-Test. h. IV, 8; 80, 
nt. 1. 

» h. VI, 4; 109, 

nt. 1. 

» h. VII, 8; 71, 

» h. IX; 139, 

nt. 1. 

» h. X, 6, 7; 25. 

» h. XI, 2, 99. 

» h. XII; 11-17. 

* h. XII. 5; 131, 

nt. 3. 

» h. XII, 8; 46. 

» h. XVI,6;125, 

nt. 4. 

» h. XVII, 7; 33. 

» h. XIX, 4; 76, 

nt. 1, 

» h. XX, 7; 46. 

» h.XXIII,7;29. 

» h. XXV, 8;83. 

» h. XXIX, 7; 

80, nt. 1. 
» h. XXXII, 3; 
45, 46. 

» h. XXXVI, 2; 

52. 

» h. XXXIX, 7; 

29. 

» (Jann.) p. 36; 

94. 


Villon, Grand-Test. 
» 


» 

» 

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» 

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h.XLVI,7;75. 

h. L. 6; 109, » 

nt. 1. 

h. L, 7; 125, » 

nt. 4. 

h.LXV,5;148. » 

nt, 2. 


h. LXXIII, 3 
53. 

h. LXXIII, 8; 
47. 

(Jann.) p. 55; 

27, 28. 
h. LXXXIII, 
3; 34. 

(Jann.) p. 57, 
58;146,147. 
h. XCIV, 5; 

109, nt. 1. 
h. C, 5; 40, 
nt. 1. 

h. CIII, 3; 80, 
nt. 1. 

(Jann.) p. 69; 

' 62—64. 
h. CXVI,1 ;69. 
h. CXXIII, 6; 
85. 

h. CXXIX, 5; 

85, nt. 2. 
h. CXXIX, 6; 
34. 

(Jann.) p. 74, 
75; 147, 

nt. 1. 

h. CXXX, 7: 

107, nt. 2. 
h. CXXXI, 1; 
26. 

(Jann.) p. 80; 

80, nt. 1. 
h. CXLIII, 2; 

85, nt. 2. 
(Jann.) p. 87*, 
118, nt. 1. 


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oye (une grasse o.); 167, 5. 
par (confondu avec dix) 85, nt 3. 
par (confondu avec en ), 85. 
par (pour) (confondu avec je), 86. 
Pasques; 172, 6. 
pie (jucliier la p.), 63. 
Pierre-au-Let; 179, 6. 
piétons; 178, 3. 
pigons; 187, 5. 
plant, 137, 1. 

planter; 137, nt. 1; 176, 8. 

pois (au veau, au lard); 183, 7. 

poupart; 173. 7. 

pour (avec l’infinitif), 64, nt. 1. 

pinson, 123, nt. i ; '157, 7. 

procès; 168, 8; tenir p.; 175, 6. 

promettre (mons et vaulx); 169, 3. 

puisque; 200, 1. 

qiC et c\ 107, nt. 1. 

queloigne; 162, 4. 

qui (confondu avec que), 104. 

qui (par qui grâce), 74. 

r (confondu avec o), 94. 

rains , 22; 176, 6. 

rais, 23; 176, 6. 

recompenser; 171, 2, 

recouvrer; 171, 7. 

reculer; 166, 4. 

relaiz; 163, 6. 

respondre, 61, nt. 2. 

riblis, 65; 179, 5. 

Roman de la Rose, 121; 156, 4, 6. 
rubis, 65; 179, 5. 
rue (monos.); 186, 2. 
s (confondue avec l ), 27, 54. 
Saint-Esprit; 171, 3. 

Saint-Mor; 193, 3. 
saints (amoureux), 123. 


seigneur (confondu avec sep 
gcnt), 53. 
semblans; 161, 2. 
sensitif, 131; 198, 1. 
ses =. ces; 159, 1; 172, 6; 17& 
4; 195, 3. 
sèz; 175. 8. 
signes; 190, 5. 
similative; 197, nt.; 198, 3. 
sommelées, 42. 
soret (de Boulogne), 73; 162, 
soudure, 123, nt. 1. 
sur; 171, 7; 183, 3. 
sur quérir; 174, 8. 
suspens (en), 131, nt. 2; 192, 5. 
tahon, 102. 
tailler; 177, 7. 
tartavellerie, 76, nt. 1. 
tartcveler , 76, nt. 1. 
tastonner, 178, 4. 
tenir ( tent, teint), 34, 35,61. (er- 
fief); 169, 3. 
tieulx, 41. 
tordre, (se), 222, nt. 
trappe (dessoubz la t.); 187, 6. 
trou; 176, 5. 

trousser (au col), 103, nt. 3. 

-u = -ou, 39. 

Vallée (Robert), 143; 168, 1. 1 
vallée (tenir, promettre monte 
v.); 169, 3. 
veau; 183, 7. 

Végèce, 126, nt. 3. 
vénérieux; 158, 7. 
vielz, 41. 

Villon (Guillaume), 112; 164, f 

Villon, Grand-Test, et livre i 
l’Exil, 131, nt. v 

» h. IL 2; 125, ntl 


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227 



Villon, Grand-Test. h. IV, 8; 80, 

I Villon, Grand-Test. h. LXXIII, 3 



nt. 1. 


53. 


» 

h. VI, 4; 109, 

» 

h. LXXIII, 8; 



nt. 1. 


47. 


» 

h. VII, 8; 71, 

» 

(Jann.) p. 55; 


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h. IX; 139, 


27, 28. 



nt. 1. 

» 

h. LXXXIII, 


» 

h. X, 6, 7; 25. 


3; 34. 


» 

h. XI, 2, 99. 

» 

(Jann.) p. 57, 


» 

h. XII; 11-17. 


58;146,147. 


» 

h. XII. 5; 131, 

» 

h. XCIV, 5; 



nt. 3. 


109, nt. 1. 


» 

h. XII, 8; 46. 

» 

h. C, 5; 40, 


» 

h. XVI,6;125, 


nt. 1. 



nt. 4. 

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h. CIII, 3; 80, 


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h. XVII, 7; 33. 


nt. 1. 


» 

h. XIX, 4; 76, 

1 

(Jann.) p. 69; 



nt. 1, 


62—64. 


» 

h. XX, 7; 46. 

)) 

h. CXVI,1 ;69. 


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h.XXIII,7;29. 

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h. CXXIII, 6; 


» 

h. XXV, 8;83. 


85. 


» 

h. XXIX, 7; 

» 

h. CXXIX, 5; 



80, nt. 1. 


85, nt. 2. 


» 

h. XXXII, 3; 

» 

h. CXXIX, 6; 



45, 46. 


34. 


» 

h. XXXVI, 2; 

» 

(Jann.) p. 74, 



52. 


75; 147, 


» 

h. XXXIX, 7; 


nt. 1. 



29. 

x> 

h. CXXX, 7: 


» 

(Jann.) p. 36; 


107, nt. 2. 



94. 

» 

h. CXXXI, 1; 


» 

h.XLVI,7;75. 


26. 


» 

h. L. 6; 109, 

» 

(Jann.) p. 80; 



nt. 1. 


80, nt. 1. 


» 

h. L, 7; 125, 


h. CXLIII, 2; 



nt. 4. 


85, nt. 2. 


» 

h.LXV,5;148. 

» 

(Jann.) p. 87; 



nt, 2. 


118, nt. 1. 

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228 


Villon, Grand-Test. h. CLIV, 2: vivre (se v.), 99, nt. i. 

168, 1. vollière; 187, 6. 

» h. CLXVÜI, voulentéj 82, nt. 1. 

4; 29, nt.l. vouloir , 82, nt. 1. 

» (Jann.)p.il3, 

114; 139, 
nt. 1. 


FIN DE LA TABLE ALPHABÉTIQUÈ. 


5, ligne 15, au 1: 
H l note 1, „ 

^8* Aligne 20, „ 

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11, ligne 20, 

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12, note 2, 

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15, note 2, 

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Froissard. 

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19, ligne 22, 

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1475. 

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21, ligne 23, 

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36, note 1, 

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42, ligne 15, 

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43, ligne 26, 

ajoutez enfermez pour enserrez , P. T. XXIX, 6. 

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47. ligne 7, 

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de 

cecc, lisez 

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49, note 1, 

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édite, „ 

inédite. 

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56, note 1, 

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P. Y.IY, 5. T. 7 „ 

P. T. IV. 6, y. 7. 

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60. ligne 13, 

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laisses, „ 

laisser. 

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56, ligne 9, 

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no as semble, „ 

nous semble pour le moment 

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72, ligne 2, 

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possédait, „ 

possédait. 

Page 

74, note 3, 

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p. 61, nt. 2. 

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99, note 1, 

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G Y MN k SIUM 

MET ZESJAEI&EE CUESUS 

» 

TE 

LEIDEN. 


JAARCURSUS 

1880—1881. 


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Boek- en steen-drukkerij van De Breuk & Smits- 


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GYINASIUM 

MET ZESJARIGEN CURSUS 

TE 

LEIDEN. 


VERSLAG AANGAANDE DEN JAARCURSUS 

1880 - 1881 . 


CURATOREN. 

Mr. C. G o c k, President. 

Prof. P. L. R ij k e, 

Prof. G. G. C o b e t, 

Prof. A. K u e n e n , 

Prof. P. A. van der Lith, 
Prof. J. E. van Iterson. 
Secretaris : Mr. F. W a s. 


LEERAREN. 

Voor de oude talen : Dr. H. W. van der Mey, rector. 

Dr. J. G. Vollgraff, conrector. 
Dr. J. J. H a r t m a n. 

B. Kruytbosch. 

Voor de nieuwe talen : Dr. P. J. B1 o k, ( nederlandsch ). 

J. J. A. A. F r a n t z e n ( hoogduitsch . 

en tijdelijk fransch). 

T. P1 u m m e r, ( engelsch). 

Voor de geschiedenis : Dr. W. G. G. B ij v a n c k. 

Dr. P. J. B1 o k. 

Voor de aardrijkskunde : Dr. W. G. G. B ij v a n c k. 

Voor de wiskunde : Dr. J. G. v a n D e v e n t e r. 

Voordenatuur-enscheik.:Dr. J. Camper t. 


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4 


Voor denatuurl. historié: Dr. P. P. C. Hoek. 

Yoor het hebreeuwsch: Dr. M. Th. Houtsma. 

In het personeel van leeraren is dit jaar geen verandering 
gekomen. 


LEERLINGEN. 

(Aanwezig bij het begin van den cursus, 4 September 1880). 
Vijfde Klasse: J. H. Goudsmit, R. J. G. Dam s té, A. 
Desertine, G. H. Dee, L. Knappert.L. M. 
de Laat de Kanter, H. K. J. van Noorden. 
Vierde Klasse : YV. C. Koopmansvan Boekeren, 0. 
W. Sip k e s, H. G. H a g e n, W. A. d e L a a t de 
Kanter, J. H. Willebrands, P. Wijn, P. H. 
Scholten, J. H. de Tries, A. A. Andreson, 
C. L. G. van Venetie. 

Derde Klasse : Th. v a n H o y t e m a, J. P. K u e n e n, D. 
A. II. van E c k, F. van P r a a g, J. W. G. Ko lff, 
J. S u r i n g a r, J. B. K n o 11 n e r u s, C.O.Sc- 
g e r s, T. A. M. R ij k, W. Th. M. W e e b e r s, M. 
M. A. v a n R h ij n, P. B u y s, H. L. O o r t, J. A. 
S p r u y t, P. A. van Noorden, F. G. H. Ger- 
1 i n g s, J. J. II a g e n , H. J. B o o 1, A. J. G r o e n, 
P. van E c k. 

Tweede Klasse : F. A. V. Harloff, P. L. E. Vijzelaar, 
M. P. Sipkes, C. D. Ou we hand, F. J. Los, 
W. G. B o o r s m a , G. H. M i 11 e n a a r, R. A. B a r- 
men ’t Loo, J. vanBinsbergen, P.J. Boon, 
W. B. Oort, G. Mulié, C. Bleckmann, A. 
B o e r s, E. II. K r u y f f, A. L e e r s, Ph. S c i p. 
de Laat de Kanter, B. Formijne, A. Rut¬ 
gers van der Loeff, H. R. van Maasdijk. 
Eerste Klasse.: N. van Hamel, L. A. G. Kolff, A. D. 
W'empe, J. Aequo y, S L. Blok, E E. Boom- 
k a m p, 11. J. Cou veé, A. Drucker, 0. van 
E ck, A. G. H. Graafland, J. J.G. Bierens de 


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5 


Haan, H. C. Hartevelt, J. G. Plate, D. J. 
den Beer Poortugael, J. van Rhijn, J. B. 
W. P. Roelants, P. H. Ro s en s te in, J. C. M. 
Timmmermans. 

Ben 16 en September 1880 heeft E. H. Kruyff, den le» 
December 1880 C. L. C. van Venetie, terstond na de 
kerstvacantie B. B a r m e n ’t L o o, den Februari 1881 
N. van Hamel, den le» Juni 1881 S. L. Blok het gym- 
nasium verlaten ; N. v a n H a m e 1 om te Amsterdam, waar 
zijne ouders zich met der woon gevestigd hebben, het gym- 
nasiaal onderwijs voort te zetten, de anderen om tôt andere 
werkzaamheden over te gaan. 

Daarentegen is den 13 en December V. N. de S tur 1er tôt 
de eerste kl., den 29 e n Maart 1881 J. H. de Roode tôt de 
tweede kl., den lien April 1881 J. L. G. Schroedervan 
der K o 1 k tôt de derde kl. toegelaten. 

De examens zijn gehouden 4, 5 en 6 Juli. Na den afloop 
hebben II.H. Curatoren besloten tôt de volgende 

BEVORDERINGEN : 

Van de eerste klasse tôt de tweede : 

L. A. C. K o 1 ff, J. A c q u o y, A. D. Wem p e, J. v a n 
Rhijn, D. J. den Beer Poortugael, J. C. M. Tira¬ 
na e r m a n s, A. Drucker, J. H. de Roode, 0. van 
Eck, H. J. Couvée, J. G. J. Bierens de Haan, P. 
H. Rosenstein. 

Van de tweede klasse tôt de derde: 

M. P. Sipkes, C. D. Ouwehand, A.* Rutgers van 
der Loeff, W.G. Boorsma, G. Bleckmann, J. van 
Binsbergen, V. A. F. Harloff, J. L. C. Schroeder 
van der Kolk, G. H. M i 11 e n a a r, F. J. L o s, H. R. 
van Maasdijk, B. Formijne, G. Mulié, P. Boon. 

Van de derde klasse tôt de vierde : 

D. A. II. v a n E c k , J. P. Ku e n e n, J. W. G. K o 1 ff, 
F. van P r a a g, W. Th. M. W e e b e r s , P. B u y s, J. S u- 
ringar, G. 0. Segers,P. A. van Noorden, H. L. 


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6 


0 o r t, J. B. Knottnerus, T. A. M. R ij k , Th. van 
H o y t e m a. 

De leerling H. J. B o o 1 zal op eigen verlangen iiog één 
jaar de lessen der derde klasse volgen. 

Van de vierde klasse tôt de vijfde : 

0. W. Sipkes, H. G. Ilagen, J. H. Willebrands, 
W. C. Koopmans van Boekeren, W. A. de Laat 
de Kanter, A. A. Andreson, J. H. de Vries, P. H. 
S c h o 11 e n , P. W ij n. 

Van de vijfde klasse tôt de Hoogeschool : 

J. H. Goudsmit, R. J. G. Damsté, A. Desertine, 
H. K. J. van Noorden, C. H. Dee, L. Knappert, 
L. M. de Laat de Kanter; de beide eersten onder ver- 
gunning om met het liouden van eene oratiuncula afscheid 
te nemen van het gymnasium. 

Tevens zijn toen voor de verschillende vakken van onder- 
wijs toegewezen de volgende 

PRIJZEN : 

Voor de oude talen. 

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In de I e kl. aan : Kolff, Acquoy, Werape, van E c k, 
van Rhijn,denBeerPoortugael, 
Gr a a fl and, Timmermans, Harte- 
velt, Bierens de Ha an, Couvée, 
Rosenstein, Roelants, Boom- 
k a m p, Drucker, Plate. 

» » 2e » » Sipkes, Ouwehand, Boorsma, Los, 

van Binsbergen, Bleckmann, 
Rutgers van der Loeff, Mille- 
naar, Harloff, van Maasdijk, Oort, 
Vijzelaar,Boon. 

» » 3 e > » D. A. H. vanEck, Kuenen, Kolff, 

Suringar, van Praag, Buys, Wee- 
bers, Segers, van Noorden, van 
H o y t e m a, Knottnerus, Oort, Bool. 

» > 4 e » ) Sipkes, Hagen, de Laat de Kan- 


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7 


ter, deVries, KoopmansvanBoe- 
keren, And reson, Willebrands, 

In de 5e kl. aan : G o u d s m i t, Damsté, Desertine, 
van Noorden, Dee, Knappert. 

Voor de nieuwe talen. 

In de kl. aan : den Beer Poortugael, Kolff, van 
Rhijn, Acquoy, Drucker, Tira- 
mermans, Hartevelt, Wempe, 
Plate. 

» > 2 e » » van Binsbergen, Boorsma, Los, 

Sipkes, Bleckmann, de Laat de 
Kanter, Ouwehand, Rutgers van 
derLoeff, Forraijne, Millenaa r. 

» » 3 e » » Kuenen, D. A. H. vanEck, Rijk, 

van Noorden, van Rhijn, Weebers, 
Segers, van Praag, P. vanEck, 
Kolff, Buys, Ilagen, Oort. 

»»4e» » Sipkes, Willebrands,Hagen,de 

Vries, Koopmans van Boekeren. 

» » 5 e » » D e s e r t i n e, Kn a p p e r t, G o u d s m i t, 

van Noorden, Dee, Damsté, de 
Laat de Kanter. 

Voor de geschiedenis en aardrijkskunde. 

In de I e kl. aan : van Rhijn, van Eck, Acquoy, 
Kolff, Plate, Timmermans, Boom- 
kamp, den Beer Poortugael, 
Wempe. 

» » 2 e » » Los, Rutgers van derLoeff, For- 

mijne, Bleckmann, van Binsber¬ 
gen, Ouwehand, Sipkes, Harloff, 
van Maasdijk, Millenaar, Oort. 

» » 3« » » Kuenen, D. A. H. vanEck, P. van 

Eck, Segers, Kolff, Weebers, 
Groen, van Praag, Knottnerus, 
S u r i n g a r, Buys. 


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8 


In de 4« kl. aan : S i p k e s , Hagen, de LaatdeKan- 
ter, Scholten, Koopmans van 
Boekeren, Willebrands, Wijn. 

» » 5® » » Damsté, Dee, Desertine, G o u d- 

smit, de Laat de Kanter, Knap- 
pert, van Noorden. 

Voor de wiskunde. 

In de I e kl. aan : K o 1 f f, van Rhijn, Wempe, den 
Beer Poortugael, Aequo y. Boom- 
k a m p, Couvée. 

» t> 2 e » » üuwehand, Sipkes, Formijne, 

Boorsma, Bleckmann, Vijzelaar, 
M i 11 e n a a r, Boorsma, van M a a s- 
dijk, Rutgers van der Loeff. 

» » 3® » » D. A. H. van Eck, Kuenen, Surin- 

gar, Kolff, Buys, Knotterus, 
Weebers, Spruyt,van Praag. 

» > 4 e » » Sipkes, Hagen, Andreson, Koop¬ 

mans van Boekeren, Scholten, 
Willebrands, W ij n. 

Voor de natuurlijke historié. 

In de I e kl. aan: Boomkamp, Drucker, van Eck, 
Bierens de H a a n, Kolff, van Rhijn, 
Roelants, Acquoy, Wempe, R o- 
senstein, Graafland, Couvée, 
Hartevelt, Plate, den Beer Poor¬ 
tugael. 

> » 2 e » » Formijne, Sipkes, Ouwehand, van 

Binsbergen, van Maasdijk, Oort, 
Los, de Laat de Kanter, Mille¬ 
naar, B o o r s m a, Ru t ge r s va n d e r 
Loeff, Vijzelaar. 

Het eerste toelatingsexamen is gehouden op Donderdag en 

Vrijdag, 7 en 8 Juli. Hiervoor waren opgekomen 18 exami- 

nandi, van welke toegelaten zijn tôt de I e klasse 11 , t. w. : 


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9 


J. Blaak, J. J. van Dissel, F. Dozy, M. Félix, 
A. G r a f t d ij k, C. J. d e J o n g, D. d e K n e g t, J. Ko- 
ning, J. J, Modderman, A. W. V o o r s , H. W e r t- 
heim; tôt de 2e kl. 1 , t. w. : Th. B. Pleyte, tôt de 3 e 
kl. 2 , t. w. : J. J. d e R o o d e en W. C. Th. van d e r 
Schalk, welke laatste echter geen leerling van l:et gym- 
nasium geworden is. 

Het tweede toelatingsexamen is gehouden op Donderdag 1 
September. Hieraan namen 5 examinandi deel, van welke 1 
tôt de le klasse toegelaten is, t. w. : J, Jannette Walen 

De openbare promolie en prijsuitdeeling is gehouden op 
Zaterdag 24 September, onder leiding van den conrector, bij 
ontstentenis van den rector, die door de gevolgen eener ziekte 
verhinderd was. 

Bij die gelegenheid werd de gratiarum actio voor de le 
kl. uitgesproken door L. A. C. K o I f 1' in het fransch, voor 
de 2 e klasse door M. P. S i p k e s in het hoogduitsch , voor 
de 3 e klasse door D. A. H. van E c k in het engelsch, voor 
de 4e klasse door 0. W. S i p k e s in het lalijn, 

De leerlingen der 5 e klasse J. H. G o u d s m i t en R. J. G. 
D a m s l ê hielden eene oratiuncula, de eerste de Horatio, de 
tweede de Aristophanis Pluto. 

Vôôr den aanvang van den nieuwen cursus hebben nog de 
volgende leerlingen het gymnasium verlaten : E. E. Boom- 
k a m p, G. A. L e e r s en W. B. 0 o r t, om tôt andere werk- 
zaamheden overtegaan; C Bleckmann en A Rutgers 
van d e r L o e f f, om aan andere gymnasia in steden , waar 
hunne ouders zich met der woon gevestigd hebben, het on- 
derwijs voorltezetten ; A. A. A n d r e s o n en P. II. S c h o 1- 
t e n, om aan de Universiteit te studeeren, de eerste voor 
het doctoraat in de medicijnen, de tweede voor het docloraat 
in de rechtsgeleerdheid ; P W ij n , om zich voor het vak van 
arts te bekwamen. 

De nieuwe cursus is op Zaterdag 3 September begonnen 
met 72 leerlingen, die aldus in de klassen verdeeld zijn : 
Vijfde klasse : 0. W. S i p k e s, H. G. II a g e n , J. H. W i 1- 


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10 


lebrands, W. C. Koopmans van Boeke- 
ren, W. A. de Laat de K a nier, J. II. de 
V r i e s. 

Vierde klasse : D. A. H. v a n E c k , J. P. K u e n e n, J. W. 
G. Kolff, F. van Praag, W. Th. M. W.eebers, 
P. B u y s, J. S u r i n g a r , C. 0. S e g e r s, P. .4. 
van Noorden, U. L. Oort, J. B. Kn ottne- 
ru s, T. A. M. R ij k, Th. van Hoylcma. 

Derde klasse: H. J. Bool, P. van Eck, F. G. H. Ger- 
11 n g, A. J. G r o e n , J. J. Il a g e n, M. A. v a n 
Rhijn, J. A. Spruyt, M. P. Sipkes, C. D. Ouwe- 
hand, W. G. Boorsma, J. van Binsbergen, 
V. A. F. Harloff, J. L. G. Schroeder van 
der Kolk, G. H. M il] en a a r, F. J. Los, H. R. 
van M a a s d ij k, B. F o r m ij n e, C. M u 1 i é, P. 
Boon, J. J. de Roode. 

Tweede klasse : A. Boers, Ph. Scip, de Laat de K a n- 
t'e r, P. L. E. V ij z e 1 a a r, L. A. G. K o 1 f I, 
J. Acquov, A. D. Werape, J. van Rhijn, 
D. J. den Beer P o o r t u g a e 1, J. C. M. T i ra¬ 
mer ma ns, A. Drucker, J. H. de Roode, 0. 
van Eck, H. J. Couvée, J. C. J. Bierens de 
Haan, P. II. Rosenstein, Th. B. P l e y t e. 
Eerste klasse: A. G. H. Graafland, H. C. Hartevelt, 
J. G. Plate, J. B. W. P. R o e la n t s, V. N. d e 
Sturler, J. Blaak, J. J. van Dissel, F. Do- 
zy, M. Félix, A. Graftdijk.C. J. deJong, 
D. de Knegt.J. Koning, J. J. Modderman, 
A. W. Voors,J. Jannette Walen, H. Wert- 
h e i m. 

Bovendien is er één toehoorder voor latijn, grieksch, ne- 
derlandsch, hoogduitsch, geschiedenis, en aardrijkskunde in 
de 4 e klasse, t. w. : 0. S c h r ô d e r s. 

Januari 1882. H. W. VAN DER ME Y. 

Gymnasii rector. 


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11 


OMSCHRIJ VING 

VAN DE 

VEREISCHTEN VOOH HET EXAMEN VAN TOELATING 

IN DE EERSTE KLASSE VAN HET GYMNASIUM 
TE LEIDEN. 


Lezen. 

Duidelijk en nauwkeurig lezen van gemakkelijk proza en een- 
voudige poezie, waarbij de examinandus moet toonen het ge- 
lezene te verstaan. 

ichrifven. 

Met eene loopende hand zoo duidelijk en nauwkeurig schrij- 
ven, dat de karakters der letters goed uitkomen. 

Rekenen- 

Kennis van: 

de inrichting en het gebruik van het tientallig stelsel (bedre- 

venheid in het uitspreken en schrijven van getallen); 

de hoofdbewerking met geheele getallen; 

den grootsten gemeenen deeler en het kleinste gemeene veelvoud; 

de deelbaarheid der getallen; 

de eigenschappen der gewone breuken en de bewerking daar- 
mede; 

de eigenschappen der liendeelige breuken en de bewerkingen 
daarmede ; 

het metrieke stelsel. 

Door het oplossen van eenvoudige vraagstukken moet de 
examinandus blijken geven dat hij het boven opgenoemde 
grondig verstaat. 

Nederlandsche teal. 

De examinandus moet bekend zijn: 

1. met de beginselen der woordvorming, dus met de reede- 
deelen en met de voornaamste veranderingen, welke zij 
door verbuiging en vervoeging kunnen ondergaan ; 


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2. met de beginselen der woordvoeging, dus met de voor- 

naamste bepalingen aangaande onderwerp, gezegde, voor- 

werp, bijstelling enz. ; 

3. met de hoofdregels der nieuwe speliing. 

De examinandus moet eenige vaardigheid hebben in het 
schriftelijk uildrukken van zijne gedachten in hetnederlansch, 
blijkende uit het juiste gebruik van eenige opgegeven woor- 
den in eenvoudige zinnen. 

Fransche taal. 

Vaardig en met eene goede uilspraak lezen van gemakke- 
lijk fransch proza en vertalen daarvan in het nederlandsch* 

Vertalen van eenvoudige volzinnen uit het nederlandsch M 
het fransch. 

Bekendheid met de eersle beginselen der spraakkunst, daar- 
onder begrepen de regelmatige en de meest gebruikelijke on- 
regelmatige werkwoorden. 

Geiehleitenlg. 

Bekendheid met de voornaamste tijdperken, gebeurtenissen 
en personen der vaderlandsche en met de allervoornaamste 
der nieuwe geschiedenis, in zooverre ze in betrekking staan 
tôt die van het vaderland. 

Aardrljkskunde. 

Het berg- en rivierstelsel van Europa in groote hoofdlre 
ken. De Europeesche landen met enkele voorname steden. 

Grondige kennis van Nederland en eenige kennis van onz 
Overzeesche Bezittingen. 


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13 


PROGRAMMA VAN HET ONDERWIJS. 


EERSTE KLASSE. 

Lat||n. De Heer Kruytbosch . •.8 uren. 

Vormleer: verbuiging en vervoeging. De allereerste regels 
der woordvoeging mondeling. Vertaling uit het nederlandsch 
in het latijn en omgekeerd. Ontleding en vertaling van zeer 


geraakkelijk proza. 

Nederlandsch. De Heer Blok.3 uren. 

Vormleer. Dictées. Opstellen. Ontledingen. Stijloefeningen. 
Oefeningen in ’t lezen. Spelregels. 

Fransch. De Heer Frantzen .. 4 uren. 


Uitspraak. Spraakkunst: het lidwoord, het zelfst. naamw. 
en het bijvoeg. naamw. Vertalingen uit het nederlandsch 
in het fransch en omgekeerd. Dictées. 

Geschiedenis. De Heer Blok .4 uren. 

De vaderlandsche geschiedenis (2 uren) tôt 1648. 

De algemeene geschiedenis (2 uren): overzicht der oude 
geschiedenis. 

Aardr{|kskunde. De Heer Bijyanck .3 uren. 

Inleiding tôt de géographie. Nederland. 

Inleiding tôt de géographie van Europa. 

Wisknnde. De Heer Van Dgvbnter .4 uren. 

Algebra. 

De hoofdbewerkingen met geheele algebraïsche vormen. 
Merkwaardige quotienten. Ontbinding in factoren. Grootste 
gemeene deeler en kleinst gemeene veelvoud van geheele 
vormen. Eenvoudige vraagslukken, die aanleiding geven 
tôt vergelijkingen van den 1 ea graad met één onbekende. 


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14 


Mcelkunde. 

Onlslaan van de rechtlijnige figuren. Het verband tusschen 
de elementen der rechtlijnige ingesloten figuren. Toepas- 
sing van eenvoudige vraagstukken. 

Natuuriyke Historié. De Heer Hoek .2 uren. 

Dierkunde: gewervelde dieren. 

Plantkunde: vormleer volgens schriltelijke opgaven. Na 
1 Àpril behandeling van op de les aanwezige bloeiende 
planten. 

TWEEDE KLASSE. 

Latyn. De Heer Kruytbosch 

als ergeen zesde klasse is. . . . .5 uren. 
Herhaling en voortzetting der vormleer. De voornaamste 
regels der woordvoeging. Yertaling uit het nederlandsch 
in het latijn. Lektuur van Caesar B. 6. 

als er een zesde klasse is .6 uren. 

Leerstof als boven en lectuur van Nepos. 

De Heer Van der Mey 

als er geen zesde klasse is.1 uur. 

Lektuur van Nepos en Phaedrus. 

alsereenzesdeklasseis .niet. 

Grieksch. De Heer Hartman.6 uren. 

Vormleer: verbuiging en vervoeging. Vertaling uit het 
nederlandsch in het grieksch en omgekeerd. 

Nederlandsch. De lleer Blok .2 uren. 

Spraakkunst: Woordvoeging. Dictées. Opstellen. Ontledin- 
gen. Stijloefeningen. Oefeningen in ’t lezen. Spelregels. 

Fransch. De Heer Frantzen.3 uren. 

Spraakkunst: voornaamwoorden en onregelmatige werk- 
woorden. Vertaling uit het nederlandsch in het fransch 
en omgekeerd. Dictées. 

■oogduttscb. De Heer Frantzen . 3 uren. 

Uitspraak. Gronden der spraakleer, tôt de sterke verba. 
Verlalingen uit het nederlandsch in het hoogduitsch en 
omgekeerd. Dictées. 


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15 


Geschiedenis. De Heer Blok .3 uren. 

De vaderlandsche geschiedenis (1 uur) na 1648. 

Algemeene geschiedenis (2 uren): de Middel-Eeuwen. 

Aardrijkskunde. De Heer BlJVANCK .2 uren. 

Géographie van Europa. 

Wlskwnde. De Heer Van Deventer. 

alsergeenzesde klasseis.4 uren. 

anders..3 uren. 


Algebra. 

Behandeling der geheele algebraïsche wortelvormen. Ge- 
broken wortelvormen. Binomium van Newton. Vraagstuk- 
ken, die aanleiding geven tôt vergelijkingen van den l en 
graad met één onbekende., 

Meetkunde. 

Gelÿkvormigheid van driehoeken en veelhoeken. 

De cirkel (begin). Vraagstukken. 

Natuurlijke Historié. De Heer Hoek .2 uren. 

Gewervelde dieren en van de ongewervelde : weekdieren 
en gelede dieren. 

Plantkunde: Voortzetting van de behandeling der vorm- 
leer; bespreken van bouw en functie der gewichtigste 
organen; determineeren van planten. 

DERDE KLASSE. 

Latyn. De Heer Hartman 

als er geen zesde klasse is .7 uren. 

Herhaling der étymologie. Syntaxis uit een beknopt hand- 


boek. Themata. 

Lektuur van Caesar, Sallustius, Ovidius. 

als er een zesde klasse is .4 uren. 

Leerstof als boven, behalve lektuur van Ovidius. 

De Heer Kruytbosch. 

als er geen zesde klasse is.niet. 

anders .2 uren. 

Lektuur van Ovidius. 


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16 


Grlcksch. De Heer Kruytbosch ....... 6 uren. 

De geheele buigingsleer. Eenige hoofdregels der Syntaxis. 
Themata. 

Lektuur van Xenophon, Anacreontea enz. 

Nederiandscb. De lleer Blok.2 uren. 

Stijloefeningen door ’t vertalen van gemakkelijk latijnsch, 
fransch, hoogduitsch proza. Opstellen. Lezing van stuk- 
ken uit schrijvers der 18 e en 19 e eeuw, met overzicht van 
de letterkundige geschiedenis. 

Fransch. De Heer Frantzen.2 uren. 

Voortzelling der spraakkunst: onregelmatige werkwoorden, 
gebruik der tijden en der wijzen. Vertaling uit het neder- 
landsch in het fransch en omgekeerd. Cursorische lektuur. 

Hoogduitsch. De Heer Frantzen .2 uren. 

Voortzetting der spraakkunst, sterke verba. Herhaling en 


uitbreiding van het geleerde. Vertaling uit het neder- 
landsch in het hoogduitsch en omgekeerd. 

Engeisch. De Heer Plummer ..3 uren. 

Uitspraak. Gronden der spraakleer. Vertaling uit het ne- 
derlandsch in het engelsch en omgekeerd. 

Geschiedenis. De Heer Bijvanck .3 uren. 

Vaderlandsche geschiedenis tôt heden. 


Algemeene geschiedenis: van de hervorming tôt heden. 

Aardrijkskunde. De Heer Bijvanck .2 uren. 

De werelddeeleri buiten Europa. 

Wiskunde. De Heer Van Deventer. 

als er geen zesde klasse is ..... 4 uren. 
anders .3 uren. 

Algebra. 

Wortellrekking uit getallen. Théorie der vergelijkingen. 
Vraagstukken. 

Meetkunde. 

In- en omgeschreven veelhoeken. Omtrek van den cirkel. 
Berekening der lengte van cirkelbogen. Vraagstukken. 
Begin der inhouden. 


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17 


VIERDE KLASSE. 

Latijn. De Heer Hartman. 

als er geen zesde klasse is .8 uren. 

anders .6 of 7 uren. 

Themata over de geheele syntaxis. Lektuur van Sallustius, 
Livius, Gicero, Virgilius, Ovidius. 

Grleksch. De Heer Vollgraff. 

als er geen zesde klasse is .7 uren. 

Herhaling der étymologie. Syntaxis. Leer van het ionisch 
dialect. 

Lektuur van Xenophon, Anacreontea, Homerus en andere 
schrijvers. 

als er een zesde klasse is .4 uren. 

Leerstof als boven, behalve lektuur van Homerus. 


De Heer Hartman. 

als er geen zesde klasse is .niet 

anders .3 uren. 

Lektuur van Epische poëzie. 

Alederiandsch. De Heer Blok .2 uren. 


Stijloefeningen door ’t vertalen van gemakkelijk latijnsch 
en grieksch proza, van iransch, hoogduitsch en engelsch. 
Opstellen. Lezing van stukken uit schrijvers der 18 e en 
19 e eeuw, met overzicht van de lelterkundige geschiedenis. 

Franaeh. De Heer Frantzen .2 uren. 

Yoortzetting der spraakkunsl: Bijwoorden, voorzetsels en 
voegwoorden. Vertaling uit het nederlandsch in het fransch 
en omgekeerd. 

Lektuur van klassieke en moderne schrijvers. 

Moosduttach. De Heer Frantzen .2 uren. 

Yoortzetting der spraakkunst: tijden en wijzen, voorzetsels 
en voegwoorden. Vertaling uit het nederlandsch in het 
hoogduitsch en omgekeerd. 

Lektuur van klassieke schrijvers. 

Ba*eisch. De Heer Plummer .3 uren. 

Yertaaloefeningen uit het nederlandsch in het engelsch 
en omgekeerd. Dictées. 


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18 


«esehledenl». De Heer Bijvanck .2 uren. 

Oude geschiedenis, vooral die der Grieken. 

Aar«iri|k»knnd<>. De Heer Bijvanck .1 uur. 

Oude aardrijkskunde. 

Wiskuade. De Heer Van Deventer. 

als er geen zesde klasse is.4 uren. 

and ers.3 uren. 

Algebra. 


Théorie der vergelijkingen (vervolg). Wortels uit wortel- 
vormen. Gebroken en negatieve exponenten. Vraagstukken. 

Meetkunde. 

Inhouden der rechtlijnige figuren en der cirkels. Vraag¬ 
stukken. Begin van de stereometrie. 

VIJFDE KLASSE. 

Latu». De Heer Van der Mky. 

als er geen zesde klasse is . . . . . .7 uren. 

a n d e r s... .5 uren. 

Voortgezette behandeling der étymologie en syntaxis met 
schriftelijke oefeningen. 

Lektuur van Ovidius, Livius, Terentius en andere schrijvers. 


De Heer Hartman. 

als er geen zesde klasse is.niet 

anders .2 uren. 

Cursorische lektuur van prozaschrijvers. 

Grleksch. De Heer Vollgraff . 7 uren. 

Herhaling der étymologie. Syntaxis. Lektuur van Homerus, 
Lysias, Herodotus en andere schrijvers. 

Nederlandach. De Heer Blok .2 uren. 

Stijloefeningen door ’t vertalen van latijnsch proza. Op- 
stellen. Overzicht van de letterkunde tôt hjel laatst der 
18e eeuw door lezing van schrijvers. 

Fransch. De Heer Frantzen .1 uur. 


Herhaling der spraakkunst. Synonymen. Lektuur van slukken 
uit klassieke'schrijvers. Overzicht van de letterkunde. 


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19 


Moogdultseh. De Heer Frantzen..2 uren. 

Herhaling der spraakkunst. Lektuur van stukken uit klas- 
sieke schrijvers. Overzicht van de letterkunde. 

Engeiseh. De Heer Plummer .. 2 uren. 

Lezing en vertaling van uitgezochte stukken. Opstellen. 
Dictées. 

«eschiedenis. De Heer Bijvanck.2 uren. 

Romeinsche geschiedenis. 

wiakunde. De Heer Van Deventer .5 uren. 

Algebra. 


Reeksen. Logarithmen. Exponentiëele vergelijkingen. Vraag- 
stukken. 

Mectkunde. 

Stereometrie. Vraagstukken. Goniometrie. Trigonométrie 
(viakke en bolvormige). 

Nttnar* en Sehelkunde. De Heer GaMPERT ... 2 uren. 
Natuurkunde: algemeene eigenschappen ; evenwicht enbe- 
weging van vaste, vloeibare en gasvormige lichamén ; warmte. 

Nlatuurlijke Historié, De Heer Hoek .2 uren. 

Samenstel der hoogere dieren, uitgaande van den bouw 
van den mensch. 

Anatomie en physiologie van de plant. 

ZESDE KLASSE. 

Lat||n. De Heer Van der Mey .7 uren. 

Herhaling en voorlgezette behandeling der étymologie en 
syntaxis, met schriftelijke oefeningen. 

Lektuur van Livius, Terentius, Tacitus, Vergilius, Hora- 
tius enz. 

Antiquiteiten : magistraten, wetten, provinciën enz. 

Grlekaeh. De Heer Vollgraff .8 uren. 

Herhaling der étymologie. Syntaxis. Lektuur van Thucydi¬ 
des, Homerus, Aristophanes, fragmenten uit de tragici en 
lyrici. 

Nederlnndseh. De Ileer Blok .1 uur. 

Stijloefeningen, vooral door vertaling. 

Letterkunde: enkele schrijvers wat uitvoeriger. 


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20 


Fransch. De Heer Frantzen .1 uur. 

Lektuur voornamelijk van schrijvers der 19® eeuw. 
Vertaling in het fransch van eenvoudig duitsch proza. 

HoogduKsch. De Heer Frantzen. \ uur. 

Lektuur van nieuwe schrijvers en van Lessing’s Hambur- 
gisphe Dramaturgie. Vertaling van eenvoudig fransch proza 
in het duitsch. 

Engelsch. De Heer Plummer. .. \ uur. 

Lezing en vertaling van uitgezochte stukken. Opstellen. 
Dictées. 

CSeschiedenis. De Heer Bijvanck. ...... 3 uren. 

Algemeene herhaling en behandeling meer in bijzonder- 
heden van de nieuwe geschiedenis sinds den vrede van 
Utrecht. 

Aardr(|kskunde. De Heer Bijvanck .1 uur. 

Behandeling van hoofdpunten uit de wiskundige en de 
natuurkundige aardrijkskunde. 

Wiskunde. De Heer Van Deventer .5 uren. 

Algebra. 

Herhaling en toepassing op eenvoudige vraagslukken van 
het geleerde. 

Meetkunde. 

Goniometrie, trigonométrie en de beginselen der vlakke 
coôrdinatenleer. 

ülatuur- en Schelknnde. De Heer CAMPERT ... 2 uren. 
Natuurkunde : electriciteit, geluid, licht. 

Scheikunde: uitbreiding van hetgeen in de vijfde klasse 
geleerd is. 

Watuurltike Historié. De Heer Hoek . 2 uren. 

Morphologie van de hoogere dieren; bespreking van de 
voor de geneeskundigen belangrijke lagere diervormen. 
Anatomie en physiologie van de plant. Beoefening van de 
phanerogamen. Flora van Nederland. 


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21 


OPGAVE DER LEERBOEKEN EN SCHRUVERS 


VOOR DEN 


JAARCURSUS 1881—1882. 


TOOR HET LATIJIT. 

In de le Klasse: J. N. Madvig, Latijnsche Spraakleer roor scholen (f3,15).— 
J a c o b s en D ô r i n g , Lat. Leesbock voor eerslbeginnenden » 
le deel, (Utrecht 1876) (f 1,25). — C. W. V o I c k e, le stukje. 
(f 0.50). 

• • 2e • J. N. M a d v i g, Lat. Spraakleer. — R e i t z , Lat. Thcmala, her- 

Zien door VV. G. B r* i 11, (f 1,50). — C a e s a r (Ed. Teubner) 
(fl). — Phaedrus (Ed. Teubner) (f0,20‘..— Nepos 
(Ed. Cobet) (f0,60). 

» » 3e > J. N. M a d v i g , Lat. Spraakleer. — J. J. Hartman, Beknopt 

leerboek der Latijnsche Syntaxis (fl). — Reitz, Lat. the- 
mala. — Caesar (Ed. Teubner). — Ovidius (Ed. Teubner) 
(f 1,90). — Sa lias tins (Ed. Teubner) (I 1,2Q). — M. 
Seyffert, Palaestra Musarum , 1er Theil 8e auflage (f 1). 
Andere schrijvers en stukken , die gedurende deu cursus zullen 
opgegeven worden. 

» > 4e > J. N. Madvig, Lat. Spraakleer. — Reitz, Lat. lhemala. — 

Livius <E<I. Teubner) (f0,65 elk deellje). — Ovidius 
(Ed. Teubner). — Vergilius (Ed. Teubner) (f0,90.) — 
• Sallustius (Ed. Teubner). — Aulus Gellius (Ed. 

Tenbner) (f2,15). Andere schr\jvers en stukken, die gedurende 
den cursus zullen opgegeven worden. 

» » 5e • J. N. Madvig, Lat. Spraakleer. — Reitz, Lat. themata.— 

Livius |Ed. Teubner). — Ovidius (Ed. Teubner). — 
Vergilius (Ed. Teubner). — H o r a t i u s (Ed. Teubner) 
(f0,65). — Terentius (Ed. Teubner) (f0,80). Andere 
schrijvers en stukken, die gedurende den cursns zullen opge¬ 
geven worden. 

• • 6e • J. N. Ma dv i g, Lat. Spraakleer. L i v i u s (Ed. Teubner).— Ho- 

rat i us t Ed. Teubner). — Terentius (Ed. Teubner). — 
Dr. J. W o 11 j e r, Serta Romana (f 1,90). C o r n. T a c i t i de 
vita et moribus Julii Agricolae liber, ed. J. J. Cornelissen (f 0,25). 
NB. leder leerling zal, ten minsie m het tweede jaar, mocten hcbben : Engel- 
bregt, Latijnsch Woordenboek 3e druk (f9,75) en ten minste in het derde 
jaar Ldbker, Reallexion des Class. Alleithums fur Gymn. 5e Aufl. 1877 
Teubner (f7,80*; of Lûbker, Klnssisch Woordenboek door Dr. i. I). van 
Hoevell 1858 (f9,50j. 

TOOR HET GRIEKSCH. 

Id de 2e Klasse: Pluygers, Leerboek der Grieksche taal (4e editie f3,60).— 
Grieksche oefeningen voor eeistbeginnenden van Fr. Dübner, 
laatste druk. (f 1,90). — v. d. Es, Opslellen ter vertaling 
in het Grieksch , le stnk (f 1,25). — Dr. D. M. K a n, Grieksch 
leesboek voor eerslbeginnenden, Groningen 1863 (F 1,70). 

• » 3e • Pluygers, Lbk der Gr. taal. — Ekker, Opslellen ter ver¬ 

taling Jn bat Grieksch, le Afd. (f 1,50).— Xenophontis 


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22 


Hellenica en Anabasis (Ed. Cobet) (elk f 1,20). — Anacréon- 
te a (Ed. Teubner) (f0,65). , 

lu de 4e klasse : Pluygers. — Ekker, Opst. ter vert, in het Gr. le Afd. — 1 

H o mer us (Ed. Teubner, llias fl, Odyssea fl). — Xeno- 
phon. — Lysias (Ed. Cobet) (f 1,20). Andere schrjjvers en 
stukken, die gedurciuie deu cursus zullen opgegeven worden. 

» • 5e • Ploygers. — Ekker, 2e Afd, (1,'0). H orner os. — He* 

r o do lus (Ed. Teubner) (fl ,80). Uebersicht über den Hero- ' 
dotischen Dialect von K. Abicht (Teubner 1870) (f0,30).— 
Aristophanes (Ed. Teubner) (f2). — Lucianos (Ed. 
Teubner. 3 deelen à f 1,40). Andere schrgvers en stukken, die lt 
gedurende dcn cursus zullen opgegeven worden. 

» • 6e » P 1 u y g e r s. — Ekker, 2e Afd. — Homoru 8. — Euri¬ 

pide s (Ed. Teubner) (( 3,70). — Thucydides (Ed. van 
Herwerden», laler optegeven welk deel. Andere schrÿvers en 
stukken, die gedurende den cursus zolleo opgegeven worden. 

NB. leder lecrling zal, ten miuste in het derde jaar, moeten hebben : Bost, 
Grieksch-Hollandsch Woordenboek , bewerkt door v. d. E s. Groningen, 1876. 

5e druk. (f 9,75). 

YOOR HET HEBREEUWSCH. 

(On verpl ich t.) 

In de 5e Klasse: C. L. Vosen, Kurze Anleitung zura Erlernen der Hebrâïschen 
Sprache fur Gymnasia und für das Privatstudiom. 12e uinge- 
arbeitete Auflage, Freiburg im Breisgau 1874. (f0,80). 

In de 6e Klasse: Eene Hebreeuwscbe bijbeluilgare. 

Wordt aanbevolen : W. Gese ni us, Hebràisches und Chaldii- 
sches Handwôrterbuch über das Alte Testament. Leipzig, (f 8,10). U 

YOOR HET NEDERLANDSCH* 

In de le Klasse: Dr. P. J. Cosijn, Üeknopte Nederl. Spraakknnst (f 0,90). — 

Dr. P. J. Cosijn, Oefeningen bij de Nederl. spraakk. (f 0,90).— 

A. W. Stellwagen, Slijloefeningen le deel (fO,GO). —^•Léo¬ 
pold, Van Eigen Bodem , 4e deeltje (f0,30). \\ 

• » 2e • Dr. P. J. Cosijn, Oefeningen. — Stellwagen, Stgloefeningen. s 

le deel. — Léopold, Van Eigen Bodem, 4e en 5e deeltje j 
(f0,35 en f0,40). 

• «3e • M. en L. L e o p o 1 d, Een sleutel. Rij van oorspronkelÿke sluk- 

ken, 2e dl. (f3). Andere scbrrjvers en stukken, die gedurende ^ 
den cursus zullen opgegeven worden. 

• • 4e • M. eu L. Léopold, Een sleutel. Rij van oorspronkelpe stukken. 

• • 5e • Léopold, Hoofdpersonen uit de Nederl, Letterk. (f 2,50). 

• » 6e » Léopold, Hoofdpersonen enz. als boven. 

N B. leder leerling zal moeten hebben: De Vriesen TeWinkel, Woordenlijst (1,70). 

YOOR HET FRAHSCH. 

In de le Klasse: Dubois, Grammaire française, 2 me année (f0,60). — Dubois, 

Recueil de thèmes, 2 me année (f 0,60). — Fables deLaFontaine 
(f 0,50). — H e r r i g, Premières lectures françaises, hollandscbe 
uilgave (1 0,90). 

• • 2e • Dubois, Grammaire française, 3®* année.— Dubois, Recueil 

de thèmes, 3®* année. — Fables de La Fontaine. — 1 : 

Herrig et Borguy, La France Litérnire. (f 2,75). 

• . 3e » Dubois, Grammaire française, S®*année. — Dubois, Recueil 

de thèmes. — Herrig et Burguy, La France Litéraire. — 

S n s a n, Oefeningen (f 0,90). . H 

• » 4e • Dubois, Grammaire française, 3*»® année. — Dubois, 

Recueil de thèmes. — S u s a n, Oefeningen. — H e r r i g et , « 
Rurguy, La France Litéraire. — .Marchai et Ve 1 der- . 
mao, La France Contemporaine (f 1,90). — J. Sandean, 


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23 

Mademoiselle de la Seiglière. (f0,20). Andere schrijvers en stuk- 
ken, die gedurende den cursus zullen opgegeven worden. 
lu de 5e klasse: Molière, Le Bourgeois Gentilhomme. — Herrig et Burguy, 
La France Litéraire.— Racine, Àthalie (f0,20).— Victor 
Hugo,’Heruani (f0,20). — Sardou, Patrie. - Marchai 
et V e I d e r m a n, La France Contemporaine. Andere schrÿvers 
en stukkcn , die gedurende den cursus zullen opgegeven worden. 

» • 6e • Comédies modernes. 

TOOR HET HOOGDU1TSCH. 

In de 2« Klasse : M ü 11 e r, Hoogduitsche Spraakkunst, le deel (fl). — J o h. A. 

Léopold, Deutsches Lesebuch, 1er Theil. (f 1,50). — G e 1- 
le r i*s Fabeln if0,H0). 

» • 3e » S pru y t, Hochdeulsche Sprachlehre (H,25).— Sprnyt.Oefe- 

ningen (f0,75). — Léopold, Deutsches Lesebuch, 2e Theil 
(1,50). 

• * 4e • Spruyt, Hochdeutsche Sprachlehre. — S p r u y t, Oefenin- 

gen. — Léopold, Lesebuch 2er Theil. — Obermflller, 
Leilfaden z. D. i. d. Literalurgeschichle (fl).— Schiller, 
Wilhelm Tell (f 0,15). Andere schrÿvers en stukken, die gedu¬ 
rende den cursus zullen opgegeven worden. 

• • 5e • Schiller, Braut von Messina (f0,15). — Goethe, Iphigenie 

auf Tauri9. Andere schrijvers en stukken, die gedurende den 
cursus zullen opgegeven worden. 

• » 6e » Leasing, Hamburgische Dramaturgie. — Geibel, Sopho- 

nisbe, und andere Stücke. 

TOOR HET ENGELSCH. 

lu de 3e Klasse : C o w a n en Maatjes: Engelsche Spraakkunst (fl,20). — 
Go mm 1 s English Ileader 2e Ed. (1,25). 

• » 4e . Léopold, Stofgoud (f0,30.) — Herrig, British Classical 

Authors (f 2,95). — Go mm’s Engl. Reader. 

• » 5e » Herrig, British Classical Authors. 

• • 6e • Pickwick (f 0,70). — Childe Harold (f 1). 

NB. Ieder Leerling zal een bruikbaar Handwoordenboek voor de Engelsche Taal 
moeten hebben , zoo als : K r a m e r s , Pocket Dictionary (f 1,50). — Als grooter 
Woordenboek wordt dat van Servaas de Bruin aanbevolen (f8.40). 

TOOR DE GESCHIEDE3IS* 

lu de le Klasse; J. W. G. van Oordt, Korte schets der Oude Geschiedenis. 

(10,90). — J. W. G. van Oordt, Chronologisch overzicht. 
(f 0,30). — W ij n n e , Beknopte Geschiedenis van bel Vader- 
land, (f 1,75). — H. H e r m a n s en D r. J. W o 11 j e r, Atlas 
der Algemeeue eu Vaderlandsche geschiedenis, te Groningen bg 
Wolters (compleet f2,90). 

' * 2e • J. W. G. van Oordt, Middeleeuwen (f!,60). — J. W. G. 

van Oordt, Chronologisch overzicht. (f 0.30). — W ij n n e , 
Beknopte Geschiedenis van hel Vaderland. (f 1,75). — Hu¬ 
bert», Historisch Geographische Allas der Algemeene en 

Nederl. Geschiedenis (laatste druk (f 4,50 of f5,90), of voor 

ben, die deze Allas nog niet hebben, die van H. Hermans 
en Dr. J. Woltjer. 

• • 3e > J. w, G. van Oordt, Overzicht der N ieuwe Geschiedenis. (f 2). 

• • 4e, 5e en 6e kl: J. W. G. v a n Oordt, de drie opgegeven leerboeken. 

TOOR DE ÂARDRIJKSKUADE* 

Inde le Klasse: F. Bruins, het Wereldrond. le gedeelte. 1878. (f 1,25). 

• » 2e , . » 2e » » (f 1,90). 

■ 1 3e » » » • 5e» » (f 2,75). 

» ■ 4c Klasse: H. K ie p e r t, Leilfaden der Allen Géographie (f 1,10). — Kie- 
pert, Atlas Autiquus (f3,90). 


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24 


io de 6e Klasse: de vorige leerboeken. 

Bovendien worden voor de le, 2e, 3e en 4e klasse aanbevolen : P, R. B#s, 
Schoolatlas der geheele aarde. 1877. (f2,9ü), en R. R. Rÿkens, Schoolatlas 
?an Nederland. (f 2,90). 

YOOR DE AlfTIQUITEITEN, MYTHOLOGIE ER 
HISTORIA LITTERARIA. 

In aile Klassen: Stoll, Handboek der Gr.en Rom. Godsdienstleer eu Mythologie 
door M e h I e r, (f 2). 

In de 5e Klasse. Handboek der Romeinsche Anliqniteiten door J. G. Schlimraer, 
Tweede omgewerkte eo Terbelerde druk , Groningen, Wolters 
1877, ( f 3,90). — t. d. Es, Grieksche Auliquiteiten, (Groningen 
1873). (f2). 

, . 6e • de Torige leerboeken. 

YOOR DE WISKVNDE* 

leetknnde. 

In de le klasse: J. Versluys, Nieuw leerboek der vlakke meetknnde. 1881 
(f 1,25». — Kapteyn, Oefeningen ter toepassing Tan de 
beginselen der meetkunde (f 0,75). 

• • 2e » I. C, Eger, Leerboek der vlakke Meetknnde (f 2,90). — Kap¬ 

teyn, Oefeningen enz. 

• • 3e • dezelfde boeken. 

» • 4e * P. Tan Geer, Leerboek der Meetknnde. 2e deel (f 1,85). — 

Kapteyn, Oefeningen ter toepassing enz. 

» » 5e » P. Tan Geer, Leerboek der Meetknnde. 2e deel. — Kap¬ 

teyn, Oefeningen enz. — P. Tan Geer, Lobalto*s leerboek 
der rechlltjnige en bolvormige driehoeksmeting. (f 2,25). 

• » 6e » de vorige leerboeken. Het boek overds oôrdinatenleer zal la ter 

opgegeven worden. 

NB. leder leerling moel in het bezit zÿn Tan eene passerdoos. 

Stelkunde. 

In de le klasse: Verzameling Tan Algebraïsche Traagstnkkeo Tan Dr. Ednard 
H e i s, bewerkt door Dr. D. Van Lankeren Matthes 
en 1. W. Te sc h 3e druk, Haarlem (f 1,80). 

• r 2e en de 5e klasse: helzelfde boek als in de eerste klasse. 

• • 4e klasse bovendien : Logarilhmenlafel van Witstein (f 1,30). 

t • 5e > dezelfde boeken als in de Tierde. 

• » 6e • de vorige leerboeken. 

YOOR DE NATUUR- EN SCHEIKUNDE. 

In de 5e Klasse: Beknopt leerboek der Nalnurkunde door Dr. H. vnn de Stadt. 

Eerste stuk, 2e druk. Tjeenk Willink 1881 (M,26). 

• > 6e • Het vorige leerboek. 2e stnk. (f 1,65). 

YOOR DE KATUURLIJKE HISTORIE. 

In de le Klasse: Dr. M. Sa! tarda, Plant- en DierkOnde. 5e druk, Groningen, 
Wolters (f 3,75). 

» » 2e » Het vorige leerboek. — W, F. R. Suringar, Zakflora,ofhand- 

leiding tôt het bepalen van de in Nederlaud wildgroeiende 
plantes (Leeuwarden Hugo Suringar) (f 3,75). 

> • 5e Thomé, Lehrbuch der Botanik. Vieweg & S. Braunschweig. 

(f 1,95). — Thomé, Lehrbuch der Zoologie. Vieweg & S. 
Braunschweig. (f 1,95). 

» • 6e » de vorige leerboeken. 

NB. Het wordt iederen leerling aangeraden de boeken reeds dadelijk, als zÿ nng 
nieuw zijn , in een stevigen schoolband te làten binden. Op den dnur b dit 
veel voordeeliger, boewel de aanschafüng dan ook iets aster moge kosten. 


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